Naissance et retrouvailles /Safi Ba

Publié le 10 juin 2010 par Bababe

Après le précédent billet, dans ces yeux d'enfants, renaît la vie et peut-être celle d'un de leurs grands-père qui vient de disparaître.

La séquence du marabout attribuant au nouveau venu au monde, « le prénom du livre », le karaw à base de mil et de lait caillé et, pour porter le bébé au dos, le pagne tissé traditionnel couleur cola (wudere goro) offert par une grand-mère …

Toutes ces pratiques anciennes que j’avais perdues de vue me rappelèrent une autre coutume que les proches du nouveau-né s’accordent : ajouter un autre  prénom de leur choix.

C’est spontanément que j’osais le vieux prénom Banel, en souvenir d’une tante.

Si ce choix enthousiasma une autre tante à côté de moi, quelqu’un déconseilla de rajouter un second prénom à celui précieux de Hapsatou, donné au bébé ;  prénom d’une des épouses du prophète

Si la question « de quel droit donnes-tu  un prénom ? », ne m’avait pas été opposée, j’aurais pu plaider que le prophète dans sa grande générosité, ne serait sûrement pas allée à l’encontre de cette réhabilitation de liens familiaux  avec le prénom d’une vieille tante disparue.

Devant la rigidité du droit, la coutume  se plie.

Je ravalais le prénom de ma tante et me tournais vers un jeune homme dont notre hôte venait de dire qu’il ressemblait  à un almuudo. Plus je l’observais et l’écoutais, plus il me donnait l’impression d’une remarquable aptitude  à « oublier » complètement ses connaissances et son environnement habituel, et à plonger sans effort dans  le moule d’un autre monde.

Il passait avec souplesse d’un univers à l’autre, d’une façon si naturelle et si instantanée qu’il semblait vivre simultanément plusieurs vies, sans contradictions ni heurts. C’est comme si cet ingénieur  déminait tout ce que L’Ecole des Mines avait réussi à emmagasiner en lui pour concentrer son attention sur ses copains présents, et partager avec eux le souvenir de la saveur de l’eau du guirbé (outre) rafraîchi par le vent chaud du ceedu (saison sèche),  ou de l’eau du loondé (canari) pétri par les mains de Aissé  Maabo…

C’est sûrement cette faculté de se détacher  qui lui permet  de  décoller sans peine ses yeux de l’éblouissante et toute puissante  Amérique où il vit,  et de savourer  la beauté simple du jeeri  ou les charmes  des pierres d’Aîoun El Atrouss (« les yeux du bélier »).

Il y en a qui pourraient s’étonner du fait qu’Ibrahima Aba trouve que la Mauritanie est un beau pays ; ils arriveront difficilement à faire porter les laideurs de ce pays à ses innocents paysages.

Je ne possédais pas cette faculté d’Ibrahima Aba, et  je m’émerveillais devant ses fillettes causant  naturellement dans un anglais aux sonorités américaines. Ma fascination était telle que mon français, mon peul, mon wolof, ces trois langues que je pratique couramment, dans leur fierté offensée, me boudèrent pour  m’être extasiée face à une langue dans laquelle je peine à comprendre même « ar mi warma » (viens que je te tue).

S’il est vrai qu’aucune langue n’a plus de valeur qu’une autre, et qu’il n’y a rien de plus normal que de parler la langue du pays où on est né et on a grandi, l’image du pays en question joue  considérablement dans notre appréciation. Cette langue est sublimée ou minimisée en fonction de la puissance  et du prestige du pays.  .

Enfin,  ces enfants sur la photo, que le hasard a réunis, et dont les yeux nous parlent, sont parvenus à jouer, à communiquer, sans ces préjugés qui enchaînent les adultes.

 

 Mariam Touré  confiait à ma curiosité comment, sa fille Louela Ba avec des expressions qui étonnaient parfois ses interlocuteurs, mobilisait les électeurs durant  la campagne d’Obama.

Je  partage avec Loueila le fait d’être fan d’Obama. Nous avons l’une et l’autre nos raisons que la raison sait bâties sur l’amour et les rêves ….

 Safi Ba