"Le Sexe Fort" Hieros et Mo

Par Manus

Dans une toute autre catégorie, celle de l'érotisme, les éditions Léo Scheer, proposent "Le Sexe Fort" , 2010, de Hieros et Mo.

Hieros et Mo sont les fers de lance - si je puis dire - du sadomasochisme actuel.  

Alors qu'aujourd'hui, dans ce milieu, les hommes choisissent la soumission et les femmes le rôle de dominatrices, ce livre présente exceptionnellement une race en voie de disparition : des hommes dominateurs.

Le dialogue entre ces deux joueurs, ainsi que divers témoignages de femmes soumises composeront cet ouvrage pour le moins perturbant.

C'est par les portraits des différents joueurs que le premier chapitre débute, ce qui permet au lecteur de se situer avec aisance dans les dialogues en place, et de cerner avec plus de précisions les témoignages qui suivront.

Que l'on adhère ou non à ses pratiques, les auteurs de ce livre auront eu le mérite d'éclaircir un nombre considérables de mystères que le commun des mortels se pose sur certains sujets tabous.

Les sadiques ou les masochistes, sont-ils des malades mentaux ?  Comment les acteurs délimitent-ils les frontières à ne pas transgresser ?  La torture infligée (recoudre les lèvres par exemple) n'est-elle pas ce début qui conduirait vers le meurtre ?

Pourquoi cette recherche du plaisir au travers de la souffrance, de l'humiliation, et de la dégradation, voire de la torture ?

Tant de questions auxquelles ils répondent avec une sincérité désarmante, se mettant littéralement à nu devant le lecteur, sans fouet ni cordages, l'âme en offrande.

L'avantage de ce livre, c'est qu'il permet de faire tomber les clichés.  Par exemple, lorsque l'on songe à une femme soumise, l'image d'une femme molle, fragile, se dessine à nous.  Or, Hieros semble apporter des distinctions rien qu'à l'évocation de ce terme.  Il situe la nuance entre deux types de soumises.  Celles qui s'épanouissent "dans la réalisation stricte des ordres reçus", et puis les autres, "les grands fauves".  "Elles ne veulent pas être soumises mais dominées.  La différence est considérable.  Cette domination ne se décrète pas mais se gagne à force d'inflexibilité et de dureté.  Il faut avec elles une expérience certaine et une absolue confiance en soi pour briser encore leurs refus, leur mauvaise volonté et leur tendance systématique et presque sadique à couper les couilles de celui qui prétend les dominer.(...)"

Ce sexe à outrance, cette déviance sexuelle, ces obsessions, tel que le SM véhicule comme mots, seraient, selon les auteurs, empreint d'amour, de respect, de reconnaissance, de séduction, et bien entendu, de désir, pour que l'envie de dominer puisse voir le jour.

A ce sujet Hieros dit : "C'est à sa générosité qu'elles mesurent la force d'un dominateur.  Une générosité qui force le don, certes, et le respect, mais une vraie générosité mentale, physique et sentimentale.  On ne séduit pas davantage les femmes, au contraire, mais on les séduit différemment, plus profondément, plus durablement peut-être."

A les lire, tous ces intervenants, on comprend qu'au travers du SM, ils explorent la femme en profondeur, se sondent eux-mêmes en découvrant leurs limites; et la douleur infligée avec délectation, provoquera la jouissance de l'un qui entraînera la reconnaissance de l'autre, le tout harmonieusement joué par des notes offertes avec mesure et intensité.

Il en résulte un lien qui se creuse, lentement mais sûrement, dans les profondeurs souterraines de l'âme, gouffre qui conduit à l'Enfer, où Voie du Salut tendant vers un amour véritable, unique, exceptionnel ?

Aucune question n'étant laissée au hasard, Hieros et Mo s'avancent vers celles de l'ordre du psychologique.  Forcément.  Nombre parmi nous pensons que le "problème" se situe à ce niveau.  Ils y répondent.  Pudiquement.  Mais de manière authentique.  Par leurs réponses, ils ne cherchent nullement à convaincre de la stabilité de leur santé mentale; ils proposent simplement que les lecteurs lisent ce qu'ils ont à dire, qu'on les écoute, et qu'après, seulement après, on se fasse une opinion, en tâchant, si possible, de ne pas les juger, car ces auteurs auront été vrais du début jusqu'à la fin.

De manière générale, du moins celles qu'ils ont connues, ces femmes soumises donc, auraient semble-t-il, manqué de tendresse, d'amour, de caresses, et d'estime, surtout.  Chacune a son histoire propre, de la femme battue à celle violée, de sévices sadiques psychologiques, mais toutes ont cette racine commune de retrouver dans le SM les codes qu'elles ont côtoyés durant leur enfance.

En passant par leurs témoignages sur leur comportement sadique, en continuant l'analyse sur la recherche et le besoin de cruauté de l'un, et en parcourant toutes ces lignes sur le fait de prodiguer de la souffrance à l'autre, le lecteur oscillera entre dégoût et compassion, rejet et compréhension, mais de gré ou de force, sera amené à les écouter, à s'ouvrir à ce monde underground, et qu'il le veuille ou non, à les respecter, même au comble de l'horreur et du dégoût.

Je terminerai par Mo, qui dit à la page 124 : " C'est un échange d'ondes.  Nous cherchons la même chose.  Je te conduis où tu veux que je te conduise tout en te poussant sur des chemins où tu as peur d'aller sans oser le faire. (...)"

Le Sexe Fort ?  Un livre dont le lecteur ne sortira pas indemne.

Panthère.