La missionnaire

Publié le 11 juin 2010 par Malesherbes

Le Canard enchaîné daté du 9 juin nous a annoncé la mission confiée au 1° avril (!) à Madame Boutin. Le document demandant l'établissement de son contrat présente quelques étrangetés.

La première est qu'il ne fait nullement référence à quelque lettre de mission qui détaillerait les tâches et objectifs assignés à une telle mission. De la part d'un Président si viscéralement attaché à la mesure de la performance de ses collaborateurs, voilà qui est surprenant.

La deuxième est que la rémunération mentionnée est exprimée par un montant net. D'ordinaire, un salaire est exprimé par un montant brut. Ceci évite de faire supporter par l'employeur l'augmentation des cotisations sociales dues par le salarié lorsque celles-ci viennent à être majorées. Simultanément, cela permet d'afficher des salaires supérieurs de quelque 20% à ce que le salarié perçoit en fait. Ce souci des employeurs de montrer ce qu'il leur en coûte de donner à leur personnel la possibilité de s'épanouir au sein de leurs entreprises les a conduit, depuis quelques années, à faire en plus figurer sur le bulletin de salaire les cotisations patronales.

Ici, cette mention de la rémunération nette montre que, aux yeux du Ministre du travail, l'important n'est pas ce que cette mission coûte à l'État mais bien ce qu'elle rapporte à l'intéressée (mot, jusqu'au renoncement de Madame Boutin, particulièrement bien adapté à la circonstance). Elle permet aussi, lorsque quelque indiscrétion la rend publique, de demeurer en deçà d'un seuil à partir duquel nombre de nos concitoyens ont le sentiment d'aborder un domaine hors de leur portée

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Une troisième singularité est que certaines restrictions s'appliquent lorsqu'un retraité exerce un travail rémunéré. Ce cumul d'une retraite et d'un salaire plantureux était paraît-il parfaitement légal. Je serais très heureux de connaître les textes qui l'autoriseraient.

Mercredi soir, Madame Boutin s'était crânement rendue au Grand journal de Canal+Jean-Michel Apathie l'a attaquée avec une vigueur dont on aimerait qu'il fasse preuve face à tout interlocuteur. Mais les réponses à la fois assurées et candides de la missionnaire montraient clairement qu'elle n'avait aucune conscience du monde dans lequel elle vit, à des années-lumières de celui de la plupart des citoyens de ce pays.

Lorsqu'on l'interrogea sur la nécessité d'un chauffeur, elle se récria avec innocence, protestant des difficultés de circulation dans Paris. Elle ignore visiblement que des centaines de milliers de Français doivent accomplir leurs tâches quotidiennes et, en outre, c'est-à-dire en dehors de leur horaire de travail et même parfois des jours ouvrables, passer des heures dans les embouteillages et parcourir au volant des dizaines, voire des centaines de kilomètres.

Dans un prochain billet, je vous ferai part de mes réflexions sur ce surprenant éclair de vérité.