Le coucou

Publié le 22 juin 2010 par Malesherbes

Notre Président est incapable de renoncer à son footing quotidien, qu’il se trouve en voyage dans une capitale étrangère ou que règne une chaleur à tomber, comme certain jour de juillet 2009 à Versailles. Et, comme tout sportif, il bénéficie des services d’un coach, et même de plusieurs, appelés plus communément conseillers. Ceux-ci se sont appliqués à lui faire améliorer son image. Ils ont apparemment réussi à lui faire limiter ses perpétuels mouvements d’épaules et à réprimer le rictus béat d’autosatisfaction qui fleurissait sur ses lèvres même dans les circonstances les plus graves, comme par exemple lorsqu’il rendait hommage à des soldats morts en Afghanistan. L’écart grandissant de popularité qui le sépare de son Premier ministre a vraisemblablement permis à ses conseillers de le convaincre d’adopter une posture plus présidentielle et de laisser François Fillon en première ligne.

Sur l’épineux dossier des retraites, il s’est donc prudemment tenu en retrait (c’est bien l’endroit !), se contentant, après un simulacre de négociations, de faire annoncer qu’il rendrait les ultimes arbitrages. Moi qui pensais que la tâche de fixer les lois revenait à la représentation nationale ! Afin de regagner la première place sur le podium, il eut cette idée singulière de profiter du 70° anniversaire de l’appel du 18 juin pour revêtir l’habit du général de Gaulle.

Comme moi-même, Nicolas Sarkozy est né trop tard pour avoir pu manifester son amour de la France en risquant sa vie pour la défendre. Mais il est assurément le moins qualifié pour se réclamer du gaullisme, même s’il serait temps que nos politiques prennent conscience du fait que plus de la moitié des Français n’ont pas connu le Général. Je vois également deux éléments majeurs qui devraient lui interdire de tenter cette captation d’héritage.

Le premier est que, si de Gaulle a fait sortir notre pays du Commandement militaire intégré de l’OTAN, Sarkozy l’y a fait retourner de sa propre autorité, sans laisser se prononcer d’autres instances élues de notre pays et surtout, sans réelle contrepartie. C’est ainsi qu’actuellement, des soldats français meurent en Afghanistan sans que la France participe effectivement au processus de décision dans les opérations qui y sont conduites.

Le deuxième est que le Président de Gaulle mena une vie privée fort discrète et fut toujours d’une extrême rigueur dans la distinction entre les frais liés à sa fonction et ses dépenses personnelles. On ne saurait en dire autant d’un Président qui accepte des cadeaux de riches industriels ou de dignitaires étrangers, qui augmente sa propre rémunération dans des proportions scandaleuses, qui tente de faire élire son fils, étudiant au parcours universitaire chaotique, à un poste de responsabilité, qui pèse de tout son poids dans les délibérations relatives aux égouts de sa belle-mère et qui, sans peut-être être vénal, manifeste en toute circonstance un amour inconsidéré pour l’argent.

A mon sens, nulle part cette inadéquation tragique entre l’homme et sa fonction ne se manifeste mieux que dans cette vidéo, ici,qui le montre incapable du moindre recueillement lors de son pèlerinage ( !) au plateau des Glières. Il est bien tel le coucou, cet impudent, qui s’installe sans vergogne dans le nid d’un oiseau d’une tout autre envergure.