Sur la route, MUTEK 2010

Publié le 23 juin 2010 par Jekyllethyde

C’est avec plus d’heures de son dans les oreilles et dans le coeur que de repos dans le corps, que mon périple à Mutek se termine déjà. Et, alors que je regagne mon chez moi en ce dimanche matin dans le « Downtown Montréalais », j’ai peine à faire taire cette petite voix qui me murmure tout doucement à l’oreille « back to reality chérie… Ca y est c’est fini, il va falloir que tu patientes sagement jusqu’à l’année prochaine maintenant »…

Il faut comprendre que pour nous, Montréalais et amateurs de musique électronique, Mutek c’est LE rendez-vous annuel. Un peu comme s’il nous donnait l’impression éphémère d’être ailleurs… Comme par exemple dans cette bien grande et fascinante Europe !

Cette année c’était donc près de 150 artistes provenant de plus de 12 pays différents qui nous faisaient vivre « live » ce que nous écoutons depuis Juin dernier. Je pense entre autre à la dame de la seconde génération du dubstep, Miss Ikonika qui nous a propulsé vers l’Angleterre avec un son Uk Funky, parfois garage parfois 2 step. Un set hyper dansant et bien mené, qui cependant aura peiné à faire décoller une audience bien trop figée… Alors simple gêne ? Ou inhabitude de bouger sur des rythmiques plus saccadées ? Toujours est-il que j’ai été un peu déçue par la foule, moi qui pensais que ce soir-là, le dancefloor allait être sale ! Enfin dans tous les cas, moi je l’ai sali !



Juste avant, le groupe King Midas Sound également signé sur le prestigieux label Hyperdub, nous a donné un spectacle tout à fait vaporeux et envoûtant avec leur dub / trip hop profond et obscur, digne d’une certaine époque des années 90 alors que des groupes comme Massive Attack et Portishead étaient en pleine ascension. J’ai aussi fait le soir-même la délicieuse découverte de Demdike Stare et leur musique ambiante et psychédélique. Fait intéressant : l’un des membres du groupe, Sean Canty fait également partie du label Finders Keepers que j’apprécie énormément pour leurs compilations originales de musique d’avant-garde surprenante, psycho, funk, folk, pakistanaise et j’en passe. Collectionneurs et mélomanes, allez vite jeter un coup d’oeil sur leur site, vous y trouverez sans aucun doute de vrais petits bijoux.

Le lendemain, c’est dans un univers plutôt festif que plus de deux mille personnes se sont adonnées à une nuit de célébration de la House Music au sens large ; de la Tech-House à la Chicago en passant par Détroit, croyez-moi, ils se donnèrent sans compter… Et c’est le moins qu’on puisse dire lorsqu’on regarde le prix du billet qui lui n’était vraiment pas donné.



En début de soirée, Guillaume and the Coutu-Dumont, établi à Berlin mais Québécois d’origine, était de retour à Montréal avec ses quatre musiciens pour nous prouver que la musique Dance n’est pas uniquement construite à partir d’ordinateurs, de synthés et de drums électroniques mais qu’elle peut également prendre de multiples formes au travers de la voix, les guitares, le piano et le saxophone. Plus tard, mon coup de coeur de cette année : Henrick Schwarz fera vibrer le Métropolis avec ses compositions extactiques et ses remixes tels que « Feeling you » de Stevie Wonder et « Wanna be startin something » de Michael Jackson qui restera selon moi l’un des moments les plus intenses de cette édition 2010. A tel point que j’eus l’impression d’être de retour dans un passé pas si lointain, quelque part dans les années 80/90, dans un club tel que la réputée « Hacienda » à Manchester !



Juste avant cette nuit de trance puissante, je m’étais rendue au concert de l’énigmatique Australien Ben Frost pour un voyage introspectif qui m’a littéralement emporté – une expérience unique à la hauteur de sa réputation ! Accompagné de ses machines et d’une guitare, il parvient à nous faire vivre sa musique de façon cinématographique, nous racontant à travers cet enchevêtrement de grincements et autres ronflements une histoire qui vous laisse sans voix – Simple spectateur silencieux d’un moment inoubliable.

D’autres artistes tels que Dj Koze et Minilogue au parc Jean-Drapeau ont également merveilleusement réussi à faire bouger les popotins des pickinqueurs et ce malgré la pluie et la chaleur assommante.



Enfin j’ai pu également assister à la prestation du sympathique et talentueux Bowly. Jeune producteur montréalais de funky / house / bass music, récemment signé sous le label Berkane Sol, qui nous a proposé ses pièces inédites dans une salle bondée et remplie d’énergie positive !

Une seule grosse déception, avoir loupé la performance extérieure de Nathan Fake à cause des milliers de cyclistes qui ont envahi l’île de Montréal ce jour-là…. Il semble cependant que le show était sympa et bien expérimental. En effet, imaginez une foule assise en plein centre-ville équipée de casques d’écoute en train de planer sur la musique du protégé de l’excellent label Border Community !



Pour la dernière soirée, Theo Parrish a magnifiquement conclu cette édition de Mutek et ce malgré les problèmes techniques de son qui ont duré une bonne vingtaine de minutes. Il n’était pas très content ce Theo ! Mais ça ne l’a tout de même pas empêché de nous caresser les oreilles comme pour nous border avant la fin du trip. En passant de The Police par Moodyman, il nous a joué une sélection spéciale de disques vinyles tel un vrai collectionneur sait si bien le faire. Il fut fort intéressant de voir que malgré l’omniprésence de la technologie à Mutek, le disque vinyle détient encore sa place sur l’échiquier techno !

Après le succès de son dixième anniversaire l’an passé, Mutek a réussi une fois de plus à se surpasser pour cette 11ième édition qui nous aura permis de découvrir de jeunes artistes en première nord-américaines, ainsi que des anciens qu’on a peu de chance de voir dans ce beau coin de pays. Et ce, sans compter la possibilité de pouvoir assister à un spectacle extérieur et gratuit de Senior Coconut en donnant une bonne claque à dame nature qui nous aura déchargé une tonne de pluie durant tout le week-end.

Bravo !

Nina Choquette

Photos Yeraldine De Que

Mutek website