Ouf ! Nicolas Sarkozy ne sera pas le «maître du Monde»…

Publié le 30 juin 2010 par Kamizole

Un scandale de plus ! Nicolas Sarkozy possède au plus haut degré l’art de semer «affaires», scandales et polé-miques sur son passage tel le Petit Poucet jalonnant son chemin de petits cailloux. J’espère bien que cet énième coup fumant, comme tant d’autres - qui mettait gravement en cause l’indépendance de la presse vis à vis du pouvoir et donc, en dernière analyse, un des piliers de la démocratie - lui reviendra en pleine poire comme un boomerang.

Pour n’avoir pas eu le temps d’en rendre compte – la Sarkozie devenant le régime du scandale permanent, il me faudrait travailler 25 heures sur 24 pour lire et écrire en temps réel sur tous les sujets qui me hérissent le poil ! - je n’en étais pas moins outrée. Nicolas Sarkozy prétendant influer sur le choix des investisseurs qui reprendraient Le Monde menacé par la faillite. Avec force manœuvres peu ragoûtantes qui sont sa marque de fabrique.

  • ACTE PREMIER
  • A lire notamment sur Le Point (8 juin 2010) sous la plume d’Emmanuel Berretta Sarkozy appelle le patron du Monde. Il prend le téléphone pour se plaindre à Eric Fottorino d’un édito du Monde… - déjà un scandale en soi mais il serait coutumier du fait - édito guère méchant, paraît-il mais ce n’est qu’un prétexte : il convoque le directeur du Monde à l’Elysée pour parler de la reprise du Monde… Eric Fottorino n’était pas content du tout, on s’en doute ! Ben voyons ! Sarko est tellement habitué à traiter journalistes et directeurs de presse comme des larbins. Ce qui me fiche en rogne, c’est ce mépris pour tous ceux qu’il juge inférieurs, les importants comme les plus petits. Envers lesquels au demeurant il n’éprouve que de la haine : je la lui rends bien !

  • ACTE DEUX
  • A l’Elysée dont rendent compte aussi bien Emmanuel Berretta dans le Point du 11 juin 2010 RECAPITALISATION - Sarkozy met la pression sur le patron du Monde que Leila Abboud dans une dépêche de l’agence Reuters (11 juin 2010) Le Monde-Sarkozy ne voudrait pas d’une offre “de gauche”… C’est dire que le blason de Nicolas Sarkozy à l’international ne risque pas d’être redoré !

    Des commentateurs voyant dans l’offre de reprise du Monde par le trio dit «BNP» : Bergé, Niel, Pigasse - trop à gauche - «une machine de guerre pour le parti socialiste en vue de l’élection présidentielle de 2012». L’indépendance des journa-listes est une idée qui ne leur vient même pas à l’esprit.

    Il est bien connu que l’actuel locataire de l’Elysée n’aime les médias qu’à sa botte et rêve très sûrement d’une France où les groupes de presse et de l’audiovisuel n’appartiendraient qu’à Lagardère, Dassault, Bolloré, Bouygue et tutti quanti. Le président se «berlusconise» accusait récemment la gauche sur cette affaire, allusion au président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, propriétaire de plusieurs grandes chaînes de télévision. Nicolas Sarkozy n’est propriétaire de rien – il n’est que locataire de l’Elysée quand bien même semblerait-il l’oublier – mais les ressemblances avec Berlusconi ne manquent pas, nullement à son avantage. Enfin, le retour en arrière de presque 20 ans avec la nomination des présidents des chaînes publiques en Conseil des ministres était déjà une sérieuse entorse à la liberté de l’information autant qu’à la démocratie dans un Etat de droit.

    Pour ceux qui douteraient encore de sa volonté de se représenter en 2012 : il met en marche sa propre machine de guerre. Il restera à savoir si elle sera aussi efficace qu’entre 2006 et 2007. A l’époque où précisément au Monde Alain Minc (au Conseil de surveillance) et Jean-Marie Colombani à la direction faisaient la pluie et le beau temps dans la ligne éditoriale en faveur du candidat Sarkozy. Les temps ont bien changé et il suffit de voir les tonnes d’articles des quotidiens et hebdomadaires – toutes tendances confondues - qui accompagnent chaque nouveau scandale. Il en tombe à la pelle ces derniers temps. Drôle de pluie d’orage ! Qui rafraîchit passablement l’atmosphère politique !

    Emmanuel Berretta avait bien prévu la fin du film – pas vraiment “happy end” pour Sarko ! - «Par son intervention dans ce dossier, Nicolas Sarkozy pousse, en vérité, la société des rédacteurs du Monde (la seule vraie décisionnaire) à adopter cette candidature (Pigasse, Bergé et Niel) de préférence à toutes les autres». Selon une journaliste du Monde – qui préfère rester anonyme - citée par l’Express (25 juin 2010) Vote massif des salariés du Monde pour Pigasse-Niel-Bergé tout s’est joué lorsque les candidats à la reprise – le trio Pigasse-Niel-Bergé d’un côté et Claude Perdriel, associé à Orange et l’espagnol Prisa, de l’autre – ont défendu leurs projets respectifs devant la société des rédacteurs : “Les uns proposaient un projet cohérent, alors que les autres étaient divisés”.

    On pourrait donc leur retourner aisément la remarque stupide de Nicolas Sarkozy qui qualifiait ce trio de «drôle d’attelage» - avais-je lu le 11 juin sur un article de Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts pour Libération Sarkozy pris la main dans «le Monde». Ah ! Ouiche alors : pensez donc, des chevaux en liberté qu’il ne pourra mener à sa guise. L’offre concurrente se caractérisant par des chevaux de retour tirant chacun à hue et à dia !

    C’est bien ce que j’en avais déduit en dépouillant une masse d’articles au fur et à mesure des rebondissements. Notamment que Stéphane Richard – PDG d’Orange et fort ami de Nicolas Sarkozy et d’Alain Minc – guignait essentiellement «la pépite que représente Le Monde interactif (la filiale Internet du groupe)», dixit Emmanuel Berretta qui ajoutait qu’Arnaud Lagardère qui en possède 34 % n’aurait aucunement l’intention d’en être délogé, s’opposant de surcroît à la montée en puissance du Nouvel Observateur dans le capital du Monde et prétendant au contraire jouer les gardes-barrières (Le Point du 11 juin 2010) en rappelant ses droits : «Pourquoi les candidats se pressent pour racheter un journal en papier voué à mourir alors que l’avenir du Monde passe par le site… Or le site, c’est nous à 34 %»

    Mais l’interprétation juridique de l’article 8 du pacte d’actionnaires du Monde, lequel stipulait que «Lagardère et l’espagnol Prisa possèdent un droit d’agrément en cas de projet de transfert ou de modification du capital social et des droits de vote de la Société au profit de tout tiers, autre qu’un partenaire financier, présent significativement dans le secteur des médias en France ou à l’étranger» n’est pas forcément en faveur de Lagardère ou de Prisa dans la mesure où le Nouvel Observateur est déjà présent dans le capital du Monde… Elle explique en revanche que l’Italien Carlo De Benedetti (L’Espresso) ou le Suisse Ringier (Le Temps) sollicités par Claude Perdriel aient jeté l’éponge : il leur fallait passer sous les fourches caudines de Lagardère et de Prisa…

    Cette clause ne pouvait d’ailleurs pas non plus jouer contre le trio BNP : en effet aucun des trois hommes “n’est présent significativement dans le secteur des médias en France ou à l’étranger”. Matthieu Pigasse tire ses revenus de son rôle d’associé gérant de la banque Lazard-France, son modeste investissement dans les Inrocks – pas spécialement copains de Sarko – ne peut être considéré comme significatif. Pierre Bergé ne jouerait aucun rôle dans la presse et quant à Xavier Niel, il tire ses revenus des télécommunications et ses partici-pations dans de petits sites de la presse alternative – Mediapart et Bakchich, pas non plus vraiment amis de Sarko ! – ne peuvent pas non plus être considérées comme «significatives»

    Emmanuel Berretta résume parfaitement les raisons de l’hostilité de Nicolas Sarkozy à la reprise du Monde par le trio trio composé de Matthieu Pigasse, Pierre Bergé et Xavier Niel : «Le premier, banquier d’affaires, est un soutien affiché du PS. Le deuxième a toujours été un fidèle compagnon de route de la gauche. Quant à Xavier Niel, sa fortune (qui ne dépend d’aucune commande publique) et son tempérament libertaire le rendent incontrôlable».

    Xavier Niel – le seul que Nicolas Sarkozy ait attaqué de front – présente donc deux tares rédhibitoires à ces yeux ! Incontrô-lable et n’ayant nul besoin de la manne de l’argent des grands marchés publics, contrairement à la plupart des grands patrons des médias et de l’audio-visuel.

  • PREMIERE SALOPERIE :
  • Nicolas Sarkozy - jamais à une saloperie près ni d’arguments en-dessous de la ceinture - lui a donc trouvé le plus grave des défauts en l’appelant l’homme du «peep-show» confondant volontairement spectacle porno et minitel rose où effecti-vement, Xavier Niel s’est enrichi. Et alors ? Je ne suis nullement branchée cul mais je ne vois là rien de répréhensible. L’actualité nous donnant à profusion des exemples d’enrichissement occulte - et au détriment des finances publiques, qui plus est ! - qui me semblent bien plus répugnants.

    Et avouez : Sarko en père-la-pudeur ! à peu près aussi tordant et crédible qu’une mère maquerelle qui donnerait des leçons de morale ou ferait réciter le rosaire à ses filles en attendant le client dans le salon d’un claque

    De plus, libertaire et frondeur, Xavier Niel – fondateur de Free - finance des sites comme Mediapart ou Bakchich particuliè-rement sévères avec le chef de l’Etat… Médiapart ne doit pas être en ce moment plus en odeur de sainteté à l’Elysée que Niel – vade retro satanas ! – avec les révélations en cascade sur les affaires mettant en cause Liliane Bettencourt et les Woerth !

  • DEUXIEME SALOPERIE :
  • Lu, entre autres titres sur 20 minutes que Nicolas Sarkozy serait intervenu dans le dossier de la recapitalisation du «Monde». Gros chantage à l’appui : pour le cas où le trio Bergé-Niel-Pigasse reprendrait Le Monde Nicolas Sarkozy aurait averti «que l’Etat, via la CDC, pourrait ne pas apporter le soutien financier prévu pour la restructuration de l’imprimerie du Monde, évaluée à 20 à 25 millions d’euros» et dont il était prévu que l’Etat financerait les deux tiers des frais sociaux générés par cette restructuration.

    Ce qui faisait écrire à Philippe Cohen le 11 juin 2010 sur Marianne2 Le Monde : Sarkozy dans le jeu de quille, confusion, report probable que «cette information indiquerait que le président n’hésite pas - très «amicalement» - à se servir des pouvoirs étatiques pour faire un chantage sur le repreneur du groupe Le Monde»… Quelle élégance !

    Que cela m’offusque, c’est évident. Mais cela ne me surprend guère tant il y a belle heurette que je sais Nicolas Sarkozy capable de toutes les vilenies pour avancer ses pions et satisfaire ses intérêts, y compris les plus personnels. Le sens de l’Etat non plus que de l’intérêt général ne l’étouffant guère. Je ne sais qui a osé parler «d’amicale pression sur Eric Fottorino» : je n’y vois que la marque de la plus grande des hostilités et une brutalité toute sarkoïdale.

    Nicolas Sarkozy aurait tenté de faire valoir «les actionnaires tout à fait présentables» déjà présents au capital du Monde : Lagardère et le groupe espagnol Prisa. Pour moi, Lagardère, c’est au contraire le parfait repoussoir ! Qui n’a jamais hésité à limoger directeurs de publication et journalistes qui auront eu le malheur de déplaire à Sarko pour les raisons les plus diverses. Quant à Orange – filiale de France Télécom – il suffit de penser aux suicides en série chez l’opérateur historique de la téléphonie pour se faire une petite idée de ce qu’eût été la vie des journalistes et employés du Monde Interactif…

    La prise de pouvoir par Lagardère au Monde, ce fut naguère le vœu d’Alain Minc quand il présidait encore le Conseil de surveillance du Monde. On se souvient que la Société des rédacteurs du Monde eut alors les plus grandes difficultés à ce qu’Alain Minc prît la porte quand bien même l’avaient-ils mis en minorité. Il s’accrocha à son poste aux limites du raisonnable comme bernique à son rocher. Il me paraissait évident à cette époque qu’il cherchait uniquement à tempo-riser pour faire monter en puissance Lagardère dans Le Monde.

    Comme le soulignait Emmanuel Berretta : «Éric Fottorino a bâti sa légitimité de patron auprès de ses journalistes en stoppant l’offensive du groupe Lagardère sur Le Monde. Le président de la République n’a pas pardonné cette offense faite à son ami Arnaud Lagardère»… Toujours le petit vengeur ! La mesquinerie faite homme. Parfaitement répugnant.

    Quant à l’offre du groupe Prisa (El Païs) – conseillé par Alain Minc qui se serait montré très actif ! - elle n’était pas plus crédible. Dans la mesure où le groupe de presse espagnol croule sous une dette encore plus énorme – 5 milliards d’euros - que celle du Monde… et qui plus est, le groupe serait tombé entre les mains d’un fonds américain (Liberty acquisition). Comme le soulignait Emmanuel Berretta, il paraissait peu probable que les rédacteurs du Monde soient favorables à un fonds américain… Si encore c’eût été l’offre unique et de la dernière chance, peut-être : la situation financière du Monde était tellement dégradée que les salaires risquaient de n’être pas payés début juillet…

    J’avoue ne pas comprendre l’acharnement mis par Claude Perdriel pour cette reprise et toutes ses tentatives de trouver des repreneurs. Que ce fût Orange et/ou Prisa, ni la solution avortée avec Carlo de Benedetti, propriétaire du groupe l’Espresso (La Repubblica). Selon Emmanuel Berretta Nicolas Sarkozy n’aurait été nullement hostile à l’entrée de cet Italien de 76 ans dans la sphère du Monde car, éloigné de Paris, il n’aurait aucun intérêt particulier à favoriser la candidature de Dominique Strauss-Kahn ou Martine Aubry.

    De même que la candidature de Claude Perdriel – 75 ans – lui paraissait comme un moindre mal, notamment dans la mesure où Denis Olivennes serait dans le coup : «il y aurait comme une corde de rappel» ! C’est sans doute en raison de ses liens supposés amicaux avec Nicolas Sarkozy que Denis Olivennes s’est fendu d’une interview au Point le 22 juin 2010 “Je ne suis pas sarkozyste” dans laquelle il affirme être de gauche depuis l’âge de 12 ou 13 ans. «Ce sont les valeurs reçues de mes parents et transmises à mes enfants. Je n’ai la carte d’aucun parti, parce que c’est incompatible avec ma liberté de pensée. Et plus encore maintenant avec mon travail dans la presse »… Il serait – comme Claude Perdriel – mendésiste. C’est fou comme Pierre Mendès-France fait aujourd’hui un tabac dans la «gauche moderne» ! Il n’est plus là pour les contredire…

    «Je déteste le sectarisme. Si l’actuel gouvernement fait des choses bien, je le dis», poursuit-il… Alors, là ! Une loupe n’y suffirait pas ! Pour trouver quelque chose de bien dans les actions de ce gouvernement et de Nicolas Sarkozy, il faudrait au moins un microscope à balayage électronique très puissant. et encore !

    A priori, si la candidature Perdriel-Orange-Prisa l’avait emporté, selon Emmanuel Berretta dans Le Point du 20 juin 2010 Le Monde : l’Espagnol Prisa se rallie à Claude Perdriel, le PDG du Nouvel Obs qui souhaitait évincer Eric Fottorino avec qui visiblement le courant ne passe pas et prendre lui-même les commandes du Directoire, avait décidé d’écarter son manager, Denis Olivennes, de tout poste exécutif à la direction du Monde. Visiblement un gage de bonne foi en direction des journalistes et salariés du Monde. Savoir si la promesse aurait été tenue et combien de temps, est une autre paire de manches.

    Le soutien de Nicolas Sarkozy aurait d’ailleurs plus qu’embar-rassé Claude Perdriel - soucieux de son indépendance - selon Emmanuel Berretta qui rapporte un déjeuner de presse Poker menteur autour du Monde (Le Point du 16 juin 2010). Le PDG du Nouvel Observateur paraissant alors tout à fait sûr de l’emporter en dépit des mises en garde de son partenaire Orange (France-Télécom) : «Attention, c’est loin d’être fait», sans doute plus réaliste.

    Claude Perdriel distribuait déjà les rôles :«France Télécom se substituera au groupe Lagardère dans la filiale Internet. Arnaud Lagardère a accepté de sortir du Monde. Du reste, il discute avec Stéphane Richard, patron d’Orange. C’est leur affaire, pas la mienne.” France Télécom confirme que des discussions ont été engagées entre Arnaud Lagardère et Stéphane Richard sur la valorisation des parts du premier dans Le Monde interactif. Lagardère en exigerait 40 millions d’euros. Orange serait plutôt disposé à ne verser que 30 millions d’euros. Deuxième bug : Lagardère dément toute discussion». Qui croire ?

    Les salariés du site du Monde avaient bien de quoi se sentir lésés comme l’écrivait Emmanuel Berretta le 22 juin 2010. Qui s’inquiétaient du silence des deux investisseurs potentiels notamment sur l’avenir du Post.fr. Claude Perdriel n’ayant au demeurant jamais caché son hostilité à son égard depuis son lancement. Il avance que le site perdrait 1,5 millions d’euros. Chiffre que je ne suis pas en mesure de vérifier.

    Non plus que je connaisse la position du trio BNP sur le sujet. Il m’étonnerait toutefois qu’elle soit hostile à la branche inter-active du Monde dans la mesure où j’ai lu sur Marianne2 que ce fut Jacques Rosselin, associé de Pierre Bergé, fondateur de Courrier International – et de Vendredi ! – qui l’avait incité à se lancer dans cette aventure…

    Les salariés du Monde interactif s’irritaient également de la prétention d’Orange «de piloter le virage numérique du groupe» ce à quoi ils rétorquaient avec une sorte d’humour acide teinté de colère : «Avec le premier site d’information généraliste de France et des projets innovants, comme le Post, entièrement développés en interne, le Monde Interactif a-t-il vraiment besoin qu’on l’aide à “prendre le virage du numérique”, comme le souhaite Stéphane Richard» ? (le patron de France Télécom). Qui, de mon avis, n’a rien à secouer du Monde et des autres titres “papiers” du groupe. Pas plus qu’Arnaud Lagardère au demeurant qui enterre Le Monde papier sans autre forme de procès.

    Souhaitait-il à terme dépecer la bête ? La question se pose en effet quand les salariés du Monde interactif relevaient que «la société des personnels du Monde Interactif et la société des rédacteurs du Monde Interactif sont absentes du projet de “pôle d’indépendance” présenté par Perdriel, Prisa et France Télécom».

    Mieux : je viens de découvrir, au hasard d’une recherche de photos sur Google que Stéphane Richard, diplômé d’HEC et Inspecteur des finances avait commencé sa carrière en 1991 comme conseiller technique auprès du ministre délégué à l’Industrie et au Commerce extérieur… Lequel n’était autre que Dominique Strauss-Kahn… Je ne saurais dire s’il était plutôt à gauche pour autant mais cela semblerait bien le situer dans cette mouvance des technocrates passés du public au privé que critiquait récemment Serge Halimi dans un article du Monde diplomatique Le gouvernement des banques. J’ai aussi appris qu’en 2003 il avait été nommé directeur général de Connex – branche transports de Veolia qui nous «roule» très bien – ce qui nous ramène tout droit au sieur Proglio qui défraya dernièrement la chronique avec son double salaire à EDF et sa retraite très dorée… Le monde très fermé des multinationales est très petit, n’est-il pas ?

    Enfin, je dirais brièvement que si le groupe Le Monde est aujourd’hui dans une situation financière aussi catastrophique, je suis persuadée que c’est le résultat d’une stratégie d’acquisitions de titres de presse – aussi bien quotidienne que magazines - tous azimuts aussi aberrante que celle qui mena Jean-Marie Messier à sa perte. Une véritable fuite en avant obsessionnelle. Sans doute révélatrice de l’appétit sans mesure des ogres ultralibéraux. Menée à marche forcée par Alain Minc et Jean-Marie Colombani et sans beaucoup d’égards – le mot est faible ! - pour les patrons de presse et journalistes qui tombaient sous leur coupe. Mais c’est une autre histoire qui nous entraînerait trop loin.

    Si Nicolas Sarkozy n’attaque pas Matthieu Pigasse, c’est Alain Minc qui s’en chargerait dans les dîners en ville. Petite vengeance, il n’aurait pas de mots assez durs contre son ancien poulain : ce serait en effet grâce à son carnet d’adresses que Pigasse se serait hissé dans la Banque Lazard où il aurait amassé la petite fortune qu’il compte investir dans la reprise du Monde (de 20 à 25 millions à lui seul). Minc se plaindrait de l’ingratitude de Pigasse… «Le banquier que l’on s’arrache» selon Le Monde du 25 juin 2010 Matthieu Pigasse, le banquier candidat à la reprise du Monde.

    Cet ancien énarque de 41 ans qui a fait ses premières armes à Bercy aux côtés de Dominique Strauss-Kahn et a ensuite travaillé aux côtés de Laurent Fabius comme directeur de cabinet adjoint n’a pas sacrifié ses idées de gauche en devenant banquier. Familier du monde de la presse par ses attaches familiales et autres, en 2005, il avait œuvré en coulisses au rachat de Libération par Edouard de Rothschild. Il aurait de surcroît «l’obsession de l’utilité sociale» : une tare assurément aux yeux de Nicolas Sarkozy et Alain Minc – dont il avait en 2007 tenté de prendre la succession à la tête du conseil de surveillance du Monde… un casus belli supplémentaire ?

    A ceux qui s’étonnent de son intérêt pour ce secteur en perdition, il rétorque que «Lazard m’a permis de gagner de l’argent et j’ai l’obsession de l’utilité sociale». Son ami Gilles Finchelstein, avec lequel il a écrit «Le Monde d’après : une crise sans précédent» assure que «La presse, c’est à la fois une passion personnelle, un engagement citoyen et un investissement socialement utile».

    En tant que lectrice du Monde depuis plus de 45 ans – je lisais l’exemplaire que recevait mon père bien avant d’acheter mon premier numéro : ce fut à l’occasion de la «Guerre des 6 jours» en juin 1967, l’année de mes 20 ans ! – ayant de surcroît mon blog sur la plate-forme du Monde.fr, ce qui ne tient nullement du hasard ! Je ne peux que me réjouir de voir Le Monde repris par le trio Bergé-Niel-Pigasse.

    Non pas seulement parce qu’ils sont à gauche car je suis persuadée que contrairement à Alain Minc, Jean-Marie Colombani, et ce que suppose Sarko, ils respecteront l’indépendance des journalistes auxquels je ne demande pas d’être «de gauche» mais tout simplement honnêtes intellectuellement et savoir comme les journalistes de Mediapart, Bakchich et Rue89 en apportent la preuve, renouer avec le véritable journalisme d’investigation.

    Je ne cacherais pas que si Perdriel et Orange – faux nez de Sarkozy – et surtout Lagardère en embuscade avaient pris les rênes du Monde, j’aurais très certainement abandonné mon abonnement au Monde papier – 30 euros pour se faire enc… c’est bien cher surtout pour une retraitée aux revenus modestes – et repris mes billes : les archives du blog, pour aller planter ma tente sous d’autres cieux. Forcément plus cléments car je doute que l’on m’eût tolérée bien longtemps dans le Monde de bénis-oui-oui qu’ils nous eussent vraisemblablement concocté.