Rocketship - A Certain Smile, A Certain Sadness (1996)

Publié le 01 juillet 2010 par Novland

Tout cela n’est qu’imagination, méprise, mauvaise humeur ? Y-a-t-il quelque chose de réel derrière ces doutes ? J’ai la mauvaise habitude de tourner autour de mon sujet alors qu’il serait si simple pour moi, et les autres, de me contenter d’un bref et laconique : « écoutez c’est très bien, c’est machin qui chante, il est né en 1972 » , rien de plus, rien de moins, les rivages du factuel.
Mais voilà tout cela devient maladif et frôlant l’inquiétant, je ne peux pas m’empêcher de noyer le poisson dans une brume plus qu’opaque ; comme s’il était possible ne noyer un quelconque poisson dans de la brume, lui qui lorsqu'il pleut ouvre la bouche pour absorber les gouttes d'eau nouvelles, lui qui comme moi (nous) sans ces eaux-là, rien à lire et à écouter, ne pourrait plus vivre !
Tiens aujourd’hui n’ayant prévu aucune activité piscicole et hydropathe, le soleil de bonne heure frappant les murs, la chaleur fondant des murs, montant du sol, me cernant comme un incendie, je me suis permis de chercher un peu de fraîcheur là où elle se trouvait : l’ombre d’un arbre douteux et de la musique rafraîchissante dans les oreilles ; du vert intense, une masse de vert intense et un filet de mélodies aériennes au creux des ormeaux
N’ayant que très peu de compétences arboricoles je ne saurai vous décrire l’arbre improbable qui me faisait l’offrande de son ombre portée, pour ce qui est de la « musique » disons que j’ai la compétence confuse, mais plus persistante et donc un peu plus de faibles aptitudes à vous en parler, alors parlons-en, nous pouvons y aller ? Vous êtes encore tous là ?
Bien que ce ne soit pas avéré et tamponné pour l’homme moyen qui attend l’autobus sous le chêne centenaire, la pop et le shoegaze sont faits pour bien s’entendre, les Rocketship, qui ne sont pas l’homme moyen et n’attendent aucun autobus, sont très conscients de cette entente-là, en tous les cas ils en jouent dans toutes leurs chansons passant de la distorsion au sucre, du petit fracas au chuchotement, de la sixties-pop précieuse à l’indie-pop affectueuse, du bruyant ( Carrie Cooksey ) à l’atmosphérique ( Heather, Tell Me Why )… Comme les Rocketship sont également et à l’inverse de l’homme ordinaire, doux, mais tenaces, nous voilà dans un invariable balancement entre du légèrement abrasif, du coulant un peu joli. Des couches de synthétiseurs analogiques enrobant quelques moutons de guitares parfois évasifs nous voilà aussi et ainsi avec quelque chose d’organique au coin des oreilles ; quelque chose de toujours tendre, de non essentiel, mais d'émouvant au creux de l’estomac. Par commodité on évoquera l’esprit, plus que la forme, de My Bloody Valentine, on ne regardera finalement pas trop ses chaussures, mais plutôt la plage - les Rocketship californiens comme hypothétiques inventeurs du beachgaze ? - on se souviendra un peu de la pop écossaise en anorak, un peu de Stereolab mais surtout des merveilleux Papas Fritas, écoutez et réécoutez Let's Go Away ou We're Both Alone, c’est presque aussi beau, du même tonneau non cynique. Un certain sourire, une certaine tristesse. Le bonheur des tristes, même à l’ombre.