La faute d’orthographe, une faute professionnelle

Publié le 02 juillet 2010 par Halleyjc

Le journal La-Croix continue de m’enchanter par la diversité et la finesse de ses articles, tous journalistes confondus.

Voici une très belle analyse d’un phénomène à la fois nouveau et ancien : la faute d’orthographe.

  • Elle concerne bien entendu les Guadeloupéens logiquement habitués aux fameux créolismes.
  • Elle concerne encore plus les Saint-Martinois doublement concernés par anglicismes et créolismes.
  • Elle concerne enfin le Blogueur qui est soucieux d’être poli à l’endroit de ses lecteurs.
  • Elle concerne bien entendu l’Expert de Justice qui ne peut pas déposer son Rapport d’Expertise sans une méticuleuse relecture à la recherche des fautes d’orthographes.

C’est en général le rôle dévolu de ceux et celles que nous appelons les petites mains au regard neuf qui sont souvent les seuls à pouvoir dépister l’accord non respecté, l’écriture d’un mot, et aussi dans la foulée les doublons, les contresens et autres petites bévues, les contradictions d’un paragraphe à l’autre bref tout ce qui peut nuire à la qualité d’un texte.

Pendant que j’écris ce petit édito, j’ai la hantise de faire des fautes d’orthographe, que mon regard préoccupé par le sens à donner à mon texte est bien incapable de repérer….

Denise PETRON écrit : Un courrier parsemé de fautes et c’est l’image même de l’entreprise qui est ternie.

Et nous pourrions à notre tour affirmer :Un rapport d’expertise parsemé de fautes et c’est l’image même de l’Expert de Justice qui est ternie.

Voici l’adresse de La Croix que je vous invite à consulter au petit matin.

http://www.la-croix.com/

Voici quelques extraits du texte de Madame Denise PETRON.

De plus en plus de salariés utilisent leur droit à la formation pour se remettre à niveau en orthographe et contribuer ainsi à donner, dans les lettres et les courriels, une meilleure image de leur entreprise.

Les programmes de formation des Experts de Justice n’abordent pas encore ce sujet. (NDB)

Eric est penché sur sa feuille, concentré, très concentré. Pour un peu, on verrait la sueur perler à son front. Accorder ou non le participe passé, telle est la question. La phrase – « les maisons se sont bien vendues » – n’est pourtant pas d’une extrême complexité. Mais ce technicien titulaire d’un double CAP – en électrotechnique et en plomberie – le dit lui-même, l’écrit n’a jamais été son fort…Pas à pas, Éric progresse dans l’exercice. Et il s’en sort plutôt bien, grandement aidé par les consignes de la formatrice, Anne-Marie Gaignard, qui a mis au point sa propre méthode de remédiation orthographique.

Mon correcteur d’orthographe me fait un petit clin d’œil sur le mot remédiation… et je suis perplexe « remédiassions » ou « remédiation ». (NDB)

Nommée Défi 9, celle-ci a pour objectif d’éradiquer, en neuf étapes, les fautes les plus courantes (les accords, les terminaisons en « er », le pluriel des nombres et des couleurs, les féminins se terminant par « é », etc.). Mise au point initialement pour aider les enfants, cette méthode ludique sert de base à des stages d’une journée organisés une fois par mois à Paris et qui séduisent de plus en plus de salariés fâchés avec le français.

Un courrier parsemé de fautes et c’est l’image même de l’entreprise qui est ternie

Et pourquoi pas une mise au point pour les Experts de Justice… adaptée aux contraintes du genre.

Éric, par exemple, a lui-même sollicité son employeur, l’office HLM de Seine-et-Marne, pour bénéficier de cette formation. « Je suis de temps à autre amené à rédiger des courriers et des fax, explique ce quadragénaire. J’ai beau me relire pour essayer d’éliminer les fautes, il en reste toujours. Les collègues me font parfois des remarques, sur le ton de la plaisanterie. Mais je sais que les destinataires de mes courriers doivent bien se marrer aussi », dit-il dans un sourire qui cache mal un sentiment de gêne, si ce n’est de honte.Comptable au sein d’une banque, Micael se sent, de son côté, beaucoup plus familier des chiffres que des lettres. Seulement voilà, lui non plus ne peut se passer de l’écrit. « Ne serait-ce que pour obtenir les données à traiter, j’ai besoin d’adresser des mails à mes collègues », raconte-t il. À 23 ans, il a donc choisi d’utiliser son droit individuel à la formation pour participer à ce stage – d’un coût de 625 € – et combler ses lacunes en français. « Je ne voudrais pas donner de moi-même une mauvaise image, en particulier vis-à-vis de ma hiérarchie », confie-t-il.

Un courrier parsemé de fautes, et c’est une crédibilité professionnelle qui, potentiellement, se trouve mise à mal. Pour peu que ce courrier soit adressé à des clients, c’est l’image même de la société qui est ternie… « Dans mon domaine, l’événementiel, nous travaillons souvent dans l’urgence, témoigne Ut, 22 ans. Un jour, j’ai adressé sans le relire un mail à un de nos bons clients qui m’a répondu avec bienveillance que je devrais soigner mon orthographe. J’étais très mal à l’aise », se souvient-elle.

Des insuffisances en français, de plus en plus fréquentes selon certaines études

Enfant, sous l’œil attentif de ses parents, Ut avait appris consciencieusement les règles de français. Mais, dit-elle, l’écriture de SMS et la prise de notes en sténo lui ont, depuis, donné de « mauvaises habitudes ». Et la jeune femme, inscrite en alternance dans une école de commerce, constate chaque jour que son cas est loin d’être isolé.

Ces insuffisances en français, de plus en plus fréquentes si l’on en croit certaines études, peuvent s’avérer un véritable handicap au moment du recrutement. « Candidats à l’embauche dans des entreprises, plusieurs de mes amis ont dû passer des tests d’orthographe. En cas d’échec, ils n’auraient pas pu signer de contrat », souligne Ut.

Parce que, à l’heure des nouvelles technologies et du « tout-urgent », les courriers externes sont de moins en moins rédigés ou visés par des secrétaires, nombre d’entreprises, voulant préserver leur image, optent pour le « zéro tolérance » à l’égard des fautes d’orthographe.

D’ordinaire, Bruno adressait discrètement ses courriers professionnels à sa femme pour qu’elle les corrige avant l’envoi. « Mais un jour, j’ai dû produire sur-le-champ, en présence de mon supérieur, un rapport destiné à l’Autorité de sûreté nucléaire, qui a renvoyé le document en émettant des interrogations sur les compétences de l’auteur », raconte cet inspecteur en soudage, alors employé dans une centrale. « Cet épisode m’a coûté mon CDD, qui n’a pas été renouvelé », assure-t-il.

Denis PEIRON