La culture du meilleur (moyen): Internet et acquisition des savoirs

Publié le 11 juillet 2010 par Veroniquer

Lecture ce matin d'un article du New York Times: The Medium is the Medium, signé David Brooks (8 juillet).

Il y est question d'études menées auprès d'étudiants et d'enfants scolarisés, soulignant l'importance de la lecture et d'environnements (familiaux, culturels) riches en livres, qui favorisent une meilleure réussite scolaire et une meilleure éducation/acquisition des savoirs.

Il y est donc aussi question de l'influence de l'usage grandissant d'Internet et du Web sur l'acquisition des dits savoirs auprès du même public. Extrait de la conclusion (traduction rapide et libre):

Right now, the literary world is better at encouraging this kind of identity. The Internet culture may produce better conversationalists, but the literary culture still produces better students.

Actuellement, l'univers de la littérature est encore le meilleur moyen pour développer ce type d'identité (ie: savoir distinguer ce qui est plus important de ce qui l'est moins). La culture Internet peut sans doute favoriser des communicants, mais la culture littéraire produit toujours de meilleurs apprenants.

Il s'agit aussi bien-sûr d'interrogations sur culture classique (occidentale) vs culture numérique, Internet vs Livres ...

Excepté le fait que...

- ce "meilleur" accolé à l'éducation mérite que l'on s'y arrête: je connais peu dans le détail le cursus scolaire américain, mais - je ne sais pas vous - je ne trouve pas qu'il soit "meilleur" pour explorer et affronter le monde, d'être assommé tout au long de sa scolarité de grandes lignes, de par cœur, de prêt-à-apprendre, au détriment de: apprendre à penser, à réfléchir, à questionner, à être curieux! Combien d'enfants sont laissés de côté ou inexorablement catégorisés et orientés à cause de cela... Il est nécessaire d'acquérir des bases qui passent par ces biais - que faire sans la grammaire, etc - mais, au-delà je ne suis pas sûre que le "meilleur" ainsi nommé soit une fin en soi.

- et surtout - en réponse à l'article - Internet (et le Web) y sont définis comme moyens d'accès à l'information (news, tendances, controverses) sans hiérarchisation, sans autorité, irrespectueux le plus souvent...

Ah! quel horrible salmigondis que ce Web débridé qui ferait souffler un vent de révolte sur nos chères têtes blondes, les nourrirait de potins et d'ordure, au détriment de cette belle culture classique dotée de grands auteurs et de grands textes!

Voyons! Les auteurs importants (les anciens) et les textes magnifiques sont à lire - et d'ailleurs, hum, rappelons que les quelques sempiternels mêmes auteurs étudiés sur les bancs de l'école ne sont pas toujours d'une époustouflante variété - et, vous ne le savez pas encore, mais nous pouvons aujourd'hui les lire grâce à cette culture numérique.

Digitalisation des bibliothèques, mise en ligne de textes jusqu'alors inaccessibles ou rares, accompagnés - ô surprise - d'images, d'illustrations, de vidéos.

Partage de connaissances - liens qui pointent vers/recommandations des autres - cours des plus prestigieuses universités en ligne, publications scientifiques, colloques et conférences, blogs (d'écrivains, de penseurs, d'experts), etc. Et surtout: nouvelles possibilité de comparaison, de mise en parallèle, en juxtaposition de plusieurs éléments sur un même sujet. Ceci est une vraie richesse et peut-être, aussi, la voie vers une nouvelle façon de penser.

La simultanéité, le rapprochement (de sources, d'époques) mises côte à côte - littéralement sur un écran d'ordinateur - peut aussi générer autre chose. Un autre regard.

Le seul "danger" - en la matière - que j'y vois, est plutôt celui d'une fuite de l'ennui, de l'oisiveté. On peut c'est vrai, si l'on veut, s'étourdir et générer sans cesse un flot/flux surprenant, étonnant, distrayant. Et, oui, il faut savoir laisser du temps pour: décanter, reposer, voir, s'ennuyer...

Et - enfin - il ne faut pas confondre: savoir "hiérarchiser" s'apprend oui, et c'est important, mais ce n'est pas cette culture numérique qui engendre l'absence de cela.

Il faut l'avoir compris avant, sur les bancs de l'école justement, et pas tout à fait comme vous l'entendez Mr Brooks.

Enfin, avantage ici n'est-ce pas, cela n'engage que moi...

Article: The Medium is the Medium - David Brooks - New York Times (8 juillet 2010).

Illustration: Imagine - copyright photoXpress.com