Le petit chat est mort

Publié le 17 juillet 2010 par Fred Desbordes


Une ombre est passée dans son regard, un quart de seconde pour se reprendre et ressentir. Ce soir le petit chat est mort. Abandonné dans son linceul de sang, seul sur la route. Il manquera peut-être, on n'en sait rien. Il y a juste ce chat sur le bord de la route que je photographie pour me souvenir que nous sommes tous des chats à la merci d'une autoroute.

Ma poitrine a fait boum boum, et moi j'étais juste là, à contempler cette bête morte que je ne connais même pas. Mon coeur tressaute et puis s'en va. Vagabondant comme un auto-stoppeur de chocs en chocs, de croisées en chemins. Transformé en vaste botin mondain, capable de débiter des lignes de codes, adresses et numéros de téléphone pour les filles en mal de jolis refrains.

Et je reste là, à contempler tout ce qu'il y a saisir. Spectacle assourdissant de la vie qui s'élève et des voix qui s'évanouissent en murmures, des bras qui se mélangent et de tous ces désirs.

Ce soir le petit chat est mort et le botin a fait du bon travail. Réunissant quelques âmes éparses au prix de quelques pages arrachées. Numéros de téléphones échangés, bras dessus dessous mélangés. Et de nouvelles histoires qui s'écrivent déjà.

Le botin tourne ses pages et détaille au passage, tous ces mariages, divorces, histoires d'un jour ou pour toujours; oui je glisse mes doigts mouillés sur le bord de mes pages, souris et passe à autre chose.