Billet en ré mineur: points de suture et sourire en suspension.

Publié le 22 juillet 2010 par Lababouchk

Ce n’est un secret pour personne : après la vivisection, la sieste et le lancé de babouches… la chasse au sample ainsi que la quête du pur et bon son restent mes sports préférés. J’aime le hip hop et je pourrais écrire à son sujet autant que je l’écoute. J’en connais sess prémices devenus les classiques qui me font frémir. Mais avouons que les temps sont rudes pour ce noble art de plus en plus maltraité. Il n’y a pas de mal à en vivre et de faire de sa passion un métier, du moment que les protagonistes ne se perdent pas en route. Je ne reproche pas aux têtes d’affiche, de faire de leur musique un business rentable. Du moment qu’ils ne se prennent pas pour des emblèmes ou des porte-drapeaux... Inévitablement, ils leur faudra répondre à une demande, celle des majors qui formatent, vulgarisent et veulent nous faire croire qu’elles démocratisent le hip hop. Vaste farce. Tout art, toute création, toute production finit par se retrouver aux limites de ses possibilités. Rester underground est difficile quand l’appât du gain tente plus d’un MC à vendre son âme à l’industrie musicale. Ma résolution musicale de l’année : bruler mon t-shirt « Le rap c’était mieux avant ». Le rap, son essence n’ont jamais déçu l’auditeur car ce sont les rappeurs qui en réalité étaient mieux avant. Ils étaient plus passionnés, intègres, créatifs et moins opportunistes. C’est quand je me dis qu’une épistémologie du genre est nécessaire et que je pense souvent avoir fait le tour de ce microcosme que je me prends souvent une claque des plus réconfortante. Au détour d’un MC ou d’un beatmaker je me laisse surprendre! C’est là, la première politesse artistique : savoir se renouveler tout en étant constant. Il arrive que l’on tombe sur la perle qui élève la discipline, celle qui par ses mots, ses prod nous charme. C’est bien là ce que fait le Super8, en s’attaquant doucement aux fondations. Il joue avec la musicalité pour nous livrer un produit cohérant et abouti. Ses sonorités teintées de poésie et sa mélancolie mettent en exergue foultitude de sentiments.

Le Super8 est l’activiste d’un art spécial, celui de faire valser le BPM. Assurément il n’est pas juste humain mais extra terrien car créateur des choses du quotidien. Sa musique a une structure qui va crescendo, une puissance qui te prend aux tripes et qui monte jusqu’à l’apothéose. Il a l’art thérapeutique d’un clinicien à la frappe chirurgicale. Il vous fait du bien en se donnant du mal, il vous fait du mal en se faisant du bien. Son langage millimétré reste un paradoxe car il fait se rencontrer l’humilité et le charisme. Si je devais résumer sa musicalité, je dirai que c’est comme prendre l’ascenseur d’un grand hôtel. La volupté s’empare du lieu à mesure que l’ascension progresse. Chaque étage gagné nous laisse croire qu’on a volé un peu de lucidité. Et au moment où l’on pense que c’est la rupture, que cet éphémère voyage prend fin, le hasard fait qu’orné d’un faste d’antan, on se retrouve face à notre propre reflet. L’entreprise du Super8 est aussi éclairée que courageuse. C’est une forme d’exutoire qui nous propulse dans un univers fait de solitudes, de peines, de joies et de douleurs. Le Super8 a la sensibilité des artistes maudits, un style sans aucune exigence fait d’originalité et d’accessibilité. Il œuvre en luttant contre le réel et s’acharne à vouloir le dissoudre. Ainsi, son art n’offre pas de réponse mais posent beaucoup de questions. Un artiste distille toujours une part de lui dans son œuvre mais ne se montre qu’à travers elle. C’est ça le Super8 mais aussi l’offrande de l’évasion, en réalité banalité du quotidien qu’il a su magnifier.

J'aurais voulu écrire le Super8 en rime mais le sentiment n'en a pas. C'est l’écho venu du plus profond des coulisses de mon âme, de mes victoires, de mes défaites. Que Dieu bénisse l’Amérique et l’inventeur du mode repeat car l’art du Super8 est de ceux qu’on peut écouter en boucle la nuit et ce jusqu’à que le soleil vienne percer l’horizon. Il sait retranscrire les tourments dans une perpétuelle ode à la demi-saison, aussi gourmande, inattendue, que pénétrante. L’ambiance est calme, douce, envoutante. Il sait aussi manier les mots, les asservir pour en faire des armes sur-stylisées de destruction massive. L’alchimie provient de la justesse et du mystère dont il sait se défaire pour sortir de l’obscurité et gagner la lumière. La force du Super8 est qu’il sait me surprendre car sa musique ne m’a pas parlé, non je l’ai ressenti. Sa musicalité m’a fait pleurer, planer, sourire. Elle m’a procuré l’évasion et parfois le spleen assuré. Si la magie opère, c’est aussi en partie grâce à la passion qui se dégage et suinte à chaque rime, à chaque beat crapuleux. C’est la langue étrangère d’un exilé malgré lui, en plein apprentissage de ses identités secrètes. Sa musique est l’écho de ce qu’il est. Sans aucune déformation, une sorte de réconciliation de la forme au service du fond.

Faites, une minute de bruit pour ce Super talent au double-H à 1000 lieux sous la mer de la facilité.

MYSPACE : LE SUPER 8