Prague, 21 août 1968

Publié le 26 juillet 2010 par Petistspavs

L'été sera narcissique ou ne sera pas. Pendant mes vacances, je m'amuse à publier à nouveau quelques billets dont le souvenir s'est imposé un peu par hasard. Loin d'un best of, je vous livre ces billets en espérant qu'ils vous  feront passer un moment agréable.

Présentation : C'était l'époque où je participais à mon humble niveau à un combat très simple (tous les jours, je précédais mon billet par le visuel de RSF). En quelques mots : il ne faut pas que la Chine utilise les jeux olympiques pour durcir son contrôle sur ses opposants, ses ouvriers, ses intellectuels ; il ne faut pas que la France, "pays des droits de l'Homme" cautionne le régime par une présence officielle à la Cérémonie d'ouverture. A Paris, comme en Grèce, des journalistes avaient été inquiétés sur le parcours de la flamme par la police française, sous l'amicale pression de gros bras venus de Chine... Cohn-Bendit avait eu les mots qu'il fallait pour dire à quel point, en assistant officiellement aux cérémonies, Sarko s'était déboutonné et nous avait entraîné dans le déshonneur.

J'avais totalement oublié les trois ou quatre vers que j'avais écrit entre Coup de Prague et JO de Pékin... Ce billet est daté du 21 août 2008.

Nous sommes le remords du monde, nous sommes le souvenirNous sommes le sang qui innonde le creux vague de l'avenirEt les pures Amours d'une blonde expirent comme fin du sourireSur nos lèvres moribondes.


Les amours d'une blonde
Milos Forman (1965)

Cette année-là, le Printemps levé avant-terme d'un souffle chaud de poésie sur ses bourgeons désirants fut anéanti en plein mois d'août, à Prague, alors que le monde regardait de l'autre côté. Jean Ferrat chantait encore le joli mai alors qu'un orage de fer d'acier de sang grisait notre avenir d'un hiver sans fin. Et le doute glacé éclipsait le soleil d'été.

Au printemps de quoi rêvais-tu ?

(Texte de Jean Ferrat, 1968)

Au printemps de quoi rêvais-tu ?
Vieux monde clos comme une orange
Faites que quelque chose change
Et l'on croisait des inconnus
Riant aux anges Au printemps de quoi rêvais-tu ?

Au printemps de quoi riais-tu ?
Jeune homme bleu de l'innocence
Tout a couleur de l'espérance
Que l'on se batte dans la rue
Ou qu'on y danse
Au printemps de quoi riais-tu ?

Au printemps de quoi rêvais-tu ?
Poing levé des vieilles batailles
Et qui sait pour quelles semailles
Quand la grève épousant la rue
Bat la muraille
Au printemps de quoi rêvais-tu ?

Au printemps de quoi doutais-tu ?
Mon amour que rien ne rassure
Il est victoire qui ne dure
Que le temps d'un Ave, pas plus
Ou d'un parjure
Au printemps de quoi doutais-tu ?

Au printemps de quoi rêves-tu ?
D'une autre fin à la romance
Au bout du temps qui se balance
Un chant à peine interrompu
D'autres s'élancent
Au printemps de quoi rêves-tu ?

D'un printemps ininterrompu

Les amours d'une blonde


Ecouter Jean Ferrat