Le Benarfagate ou l’affaire BA-OM

Publié le 15 août 2010 par Alexf

Sur le devant de la scène depuis une semaine, le clash entre Ben Arfa et l’Olympique de Marseille alimente tous les journaux de France et de Navarre. Du coup, je me suis dit : pourquoi pas moi?

2008, Hatem Ben Arfa signe à l'OM. Aujourd'hui il fait des pieds et des mains pour en partir. (Photo Meryl Diffusion/OM)

Oui, je vais encore tomber dans le graveleux et le sensationnel, et alors ? Oui, mon papier risque de ressembler à un article de VSD ou de Closer, et alors ? Tout le monde est en train de dire tout un tas de bêtises sur le cas Ben Arfa et moi je devrais me taire ? Jamais, monsieur, jamais ! Soyons honnêtes (quand je commence comme ça, c’est rarement bon signe quant à ce qui suit), le petit Hatem, je ne l’ai jamais aimé. Même dans « A la Clairefontaine » il me prenait déjà le chou avec son air supérieur et son côté enfant battu ; aujourd’hui rien n’a changé. Petit éclairage rapide : Hatem, arrivé à l’été 2008 à l’OM, ne joue que par intermittence, et, malgré un talent bien visible, Didier Deschamps et les dirigeants olympiens lui annoncent gentiment en fin de saison dernière que les chemins des deux se séparent ici, qu’on s’est aimé, oui, mais qu’on en aime un autre, et qu’il est donc temps que chacun rejoigne son amant et officialise la relation.

Du côté de l’OM, l’amant se nomme Didier Drogba, anciennement surnommé « l’arbre qui cache la forêt », du fait de la capacité qu’il a eu à faire oublier à lui tout seul que les 10 autres joueurs sur le terrain étaient des chèvres durant la seule saison qu’il a passé sur la Cannebière. Car on l’oublie souvent, Luis Fabiano n’est rien d’autre qu’un placébo : tout le monde voulait Drogba, personne n’a pu le payer, un agent arrive avec Fabiano, et hop, voilà le meilleur joueur du monde que tout Marseille attendait. Je le dis et je le redis, niveau statistiques, Mamadou Niang c’est Ronaldo à côté de Luis Fabiano, qui n’a marqué qu’une fois plus de 15 buts en Europe (marquer 30 buts avec un club brésilien, je suis sûr que même Everton et Souza, les ex-Nicolas et Pimprenelle du PSG y sont eux aussi arrivés). Le seul truc c’est qu’au même âge, le brésilien vaut au moins deux fois plus cher, et à ce prix-là, on ne sait pas vraiment sur quoi on tombe… Luis Fabiano est donc un Canada Dry.

Du côté de Ben Arfa, et pour schématiser, un club fait des pieds et des mains pour attirer l’international français, et ce club, c’est Newcastle, fraîchement remonté en Premier League après une saison au purgatoire. Les Magpies ont même fait une offre pour HBA, un prêt payant d’une saison, qui bizarrement à l’époque a séduit les dirigeants marseillais (qui, aujourd’hui ne souhaitent plus prêter, et seraient peut-être un peu plus ouverts si on leur proposait un achat ferme). Eh oui, car il ne faut pas non plus l’oublier, Jean-Claude Dassier, le Benjamin Castaldi qui sert de président de l’OM, avait fièrement annoncé dans Stade 2 à l’issue de la première journée de Ligue 1 qu’en gros le cas Ben Arfa était réglé et le joueur devait partir pour l’Angleterre. Sauf qu’il n’avait pas tourné 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Dommage… Car un prêt payant de HBA, ça rapporte moins qu’une vente sèche de Niang, et… ah tiens, Fenerbahçe propose 8ME pour l’attaquant sénégalais, et le club aurait bien besoin de ces fonds pour faire venir sa nouvelle star brésilienne (qui, bien entendu, n’est pas Brandao). Mieux encore, le club a une vraie raison : Mamad’ est au club depuis 5 ans, il a la priorité (c’est pas une bonne raison ça ?) et surtout rien ne garantit qu’on pourra le vendre aussi cher dans un an, alors autant en profiter : Niang va filer en Turquie, se faire plein de blé dans un club qui ne joue que les compétitions nationales. « Un dernier challenge de haut niveau » a-t-il lancé, fièrement.

Mais retournons à Marseille. Ben Arfa, lui, vient de se faire enc… (vous aurez deviné ce mot, que les Marseillais utilisent régulièrement pour ponctuer leurs phrases et qui n’est pas « putaing »). Dassier a vendu Niang, mais il n’avait pas réfléchi au fait que DD comptait sur lui pour jouer à gauche avec Fabiano dans l’axe. Du coup, on ne peut pas laisser partir Ben Arfa, sinon on est obligé de laisser André Ayew être titulaire, et OK c’est une star (ils l’ont dit à la Coupe du Monde), mais pas trop quand même, donc faut pas charrier, Hatem va rester, et il ne dira rien, grâce à la jurisprudence Valbuena qui dit que « je suis en instance de transfert » et « le coach ne m’aime pas » ne sont pas des facteurs qui entrent en compte dans la réussite ou non d’une saison, et que l’on peut quand même partir faire grève en Afrique du Sud malgré ces handicaps. D’ailleurs HBA a bien compris tout ça, et, s’il n’a pas été à Knysna, les clashs, il connait, comme en témoigne son transfert de Lyon à l’OM en 2008. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le voilà en grève, un jour, puis deux, et il menace maintenant de ne jamais revenir, quitte à perdre une saison. Fin du résumé.

Franchement, du côté de l’OM, on s’est bien payé sa tête avec ce vrai faux départ, au point même que je comprends la réaction du joueur, à qui on avait laissé miroiter un « rêve » en quelque sorte et que l’on retient maintenant contre son gré, et à la suite d’une vulgaire erreur d’appréciation et de management. Ils auraient dû s’en douter du clash, même dans Football Manager les joueurs à qui tu promets un bon de sortie tirent la tronche si tu ne leur donne pas… Une parole est une parole, et ce n’est pas parce que c’est Ben Arfa que ce principe devrait ne pas tenir. De toute façon, on le retient parce qu’on a fait une erreur, et non parce qu’on compte sur lui, c’est idiot. Ensuite, j’ai lu partout : c’est honteux, il fait grève, il se fait passer pour un esclave alors qu’il gagne 3ME par an, mais quelle honte. Démago. Ce n’est pas parce qu’on gagne (très bien) sa vie en pratiquant un sport qu’il faut se laisser faire. Que je gagne 100000E en 10 ans, en 1 an ou en 1 mois, je me serai exprimé comme il s’est exprimé, et c’est faux de dire qu’un smicard aurait ravalé sa fierté, comme j’ai pu le lire à droite à gauche. Tous les jours, des salariés vont au clash avec leurs employeurs, et ils ne sont pas tous footballeurs. Tous les jours, des salariés démissionnent parce qu’ils ne se sentent plus à leur place dans leur entreprise, ou parce qu’ils ont un problème avec leur(s) supérieur(s). C’est d’ailleurs le seul point sur lequel je ne suis pas d’accord avec lui, la grève : oui, c’est injuste, mais dans ces cas-là, on peut démissionner, racheter son contrat peut-être, mais faire grève (qui n’en est d’ailleurs pas une, c’est juste une « absence ») c’est bête, et ce ne sont pas les mondialistes qui me contrediront. Après, peut-être cherche-t-il le licenciement, mais à mon avis, il y a peu de chances que cela arrive…

On a aussi entendu : « oui mais franchement, moi, rien faire avec ce qu’il est payé, ça me va ». Encore plus démago. Rien de plus horrible que d’être au placard, et ceux qui y sont pourront en témoigner (déjà que rien faire au bureau pendant une journée peut-être horrible). Ensuite, tout le monde semble croire que Ben Arfa n’est attiré par rien d’autre que par l’argent. J’ai envie de dire une chose : pourquoi ne serait-il pas intéressé par le foot ? Et si faire grève ça lui posait un problème ? Mettez-vous à sa place, vous être au trou dans votre boîte et une autre boîte vient vous voir en vous promettant la promotion que vous attendez depuis 2 ans, vous faites quoi ? Vous commencez à vous y voir et tout le tralala. C’est pareil pour Hatem, rien de plus, rien de moins. Et après on lui casse son « rêve ». Enfin, on nous a aussi bassiné sur le « maillot » : « il n’aime pas le maillot ». Là encore, aucun rapport, ce qu’il n’aime pas ce n’est ni les marseillais, ni Marseille ni l’OM, c’est l’attitude des dirigeants et du club. Le seul vrai problème de Ben Arfa, c’est qu’il a des antécédents et qu’il s’exprime avec les mauvais mots, et que donc tout le monde lui tombe dessus. Mais tout joueur qui aime le foot aurait fait pareil, et bizarrement on ne dit rien de tous ces joueurs qui préfèrent être remplaçant dans un club de Ligue 1 en ne jouant qu’un match dans l’année plutôt et en jouant le reste avec la CFA comme un bon vieux foot du dimanche que d’être prêté dans les échelons inférieurs et y être titulaires. Etre bien payé mais sans trop en faire, le pied. Bref je ne cautionne pas le comportement, mais je comprends l’homme. Un point, c’est tout (mais les 3 points, c’est mieux).

Alex.