Le procès des faux leaders

Publié le 17 août 2010 par Rouabas

Nicolas Anelka, Franck Ribéry, Patrice Evra, Jérémy Toulalan et Eric Abidal sont convoqués à 10 heures par le conseil de discipline de la FFF. Elle a le pouvoir de les sanctionner pour les épisodes trop fameux du 20 juin (insultes puis grève). Que risquent-ils ? Notre éclairage.
GRIEFS ?


Mardi, ils sont cinq Bleus à se retrouver devant la commission de discipline de la FFF pour leur implication dans la grève de l'entraînement de l'équipe de France le 20 juin à Knysna lors du Mondial. Suite au rapport de la mission d'information chargée de faire la lumière sur ces sombres événements, et aux interventions de Lilian Thuram et Frédéric Thiriez au conseil fédéral, Nicolas Anelka, Franck Ribéry, Patrice Evra, Jérémy Toulalan et Eric Abidal se retrouvent mardi (10 heures) face à leur juge. Ils ont une "responsabilité objective" dans la fronde, a justifié la FFF. En clair : ils sont considérés comme les leaders, même si les joueurs ont accordé leurs violons pour dire qu'il n'y en avait pas. Les personnes qui vont décider du sort des Tricolores sont totalement inconnues du grand public : cinq personnes, dont le président Jean Mazzella, qui a signé le 6 août le PV de convocation en urgence.
QUE RISQUENT-ILS ?
La commission de discipline dispose de l'article 5 de l'annexe 2 des règlements généraux pour prendre sa décision. Ce texte réprime les "violations à la morale sportive et les manquements graves portant atteinte à l'honneur, à l'image, à la réputation ou à la considération du football, de la Fédération, de ses Ligues et Districts ou d'un de leurs dirigeants, imputables à toute personne, physique ou morale, assujettie au droit de juridiction de la Fédération". Si la commission de discipline l'estime nécessaire, elle dispose de nombreuses sanctions dans les règlements de la FFF :
- le rappel à l'ordre
- l'avertissement
- le blâme
- l'amende qui (...) ne peut excéder le montant des amendes prévues pour les contraventions de police
- la mise hors compétition
- la suspension (d'une personne physique ou morale)
- le retrait de licence
- l'exclusion ou refus d'engagement dans une compétition
- l'interdiction de banc de touche et de vestiaire d'arbitre
- la radiation à vie
- la réparation du préjudice.
Les cinq Bleus pourraient ne pas être sanctionnés de la même manière. "Il ne faut surtout pas une même décision pour tous. Ce serait la négation de la justice", avance une source proche du dossier citée lundi par l'Agence France Presse. Avec ses insultes proférées envers Raymond Domenech, Nicolas Anelka est celui qui risque le plus même s'il nie les propos rapportés par le quotidien L'Equipe, même si, dans l'esprit, la FFF a acquis la conviction que le joueur de Chelsea s'en est pris à son sélectionneur avec la même "intensité". Une suspension n'est pas à exclure. Rien ne dit que l'un des cinq mutins sera épargné.
QUI SERA PRESENT ?
Les cinq joueurs ne devraient pas tous être à Paris mardi. Franck Ribéry va rester en Allemagne et devrait être représenté par son conseiller. Le Bayern Munich a déjà annoncé son refus de lâcher son joueur. "Où se croient les responsables de la Fédération française ?" s'est agacé le président du conseil de surveillance du Bayern Uli Hoeness dans le quotidien Bild. "Anelka, ce sera la surprise, dit-on à la FFF. Si ça se trouve, il va débarquer. Si ça trouve, il n'y aura personne". En revanche, Abidal, Toulalan et Evra seront bien là. Et ils croiseront certaines veilles connaissances puisque Raymond Domenech, ancien sélectionneur, Jean-Pierre Escalettes, ancien président de la FFF, ainsi que l'ancien directeur général adjoint de la FFF, Jean-Louis Valentin, et l'entraîneur adjoint, Alain Boghossian ont aussi été convoqués comme témoin. Domenech, encore en vacances, n'a toutefois toujours pas dit s'il fallait compter sur lui.
UNE DECISION POLITIQUE ?
Citée par l'AFP, une voix de la rue de Grenelle résume le piège rendu à la commission : "Il y a deux mois, il y avait une unanimité à dire que tout cela était scandaleux, que ces joueurs ne devaient plus jamais porter le maillot, et aujourd'hui, c'est comme si un voile pudique avait été jeté sur cette affaire. On ne sait pas si c'est dû à la lune de miel entre Blanc et l'équipe de France, mais maintenant certains en viennent à dire : 'mais pourquoi la FFF s'acharne-t-elle sur ces joueurs?' Beaucoup ont tourné casaque". Les joueurs jouent de ce climat. Il fallait lire les paroles de Patrice Evra lundi dernier dans Le Figaro. Il faut décrypter le message de leur syndicat, l'UNFP, hier : "Certains joueurs sont offerts à la vindicte populaire et doivent payer pour tous les autres, alors que le mouvement d'humeur du 20 juin a bien concerné l'ensemble des Bleus. Pas quelques-uns d'entre eux". Voilà pour la thèse des cinq leaders. Pour les reste, "il est temps d'en finir avec cette histoire" assume l'UNFP. "Les joueurs, tous, ont reconnu avoir commis une erreur, ne pas avoir mesuré sur le coup la portée de leur mouvement d'humeur. A quoi servirait-il aujourd'hui, si ce n'est à satisfaire les appétits vengeurs de quelques-uns, de sanctionner à nouveau certains joueurs, pas plus coupables ou responsables, que les autres ?" L'idée de préserver les intérêts des Bleus, érigés en priorité par Laurent Blanc depuis un mois, pourrait déboucher une décision politique et symbolique inspirée de celles prises la saison dernière par le conseil de l'Ethique : une peine d'intérêt général. Et en cas de refus, une suspension de sélection.
QUAND VONT-ILS SAVOIR ?
Si l'audition commencera à 9h30 mardi matin, la commission de discipline espère rendre ses verdicts dans la soirée de mardi ou mercredi matin. Et les joueurs, s'ils sont mécontents de leur sort, ont toujours la possibilité de faire appel. Ils peuvent ainsi saisir successivement la commission supérieure d'appel, le CNOSF, le Tribunal administratif, la Cour administrative d'appel et en dernier ressort le Conseil d'Etat.