La France, la diplomatie et les droits de l'Homme: Quand Sarkozy déçoit André Glucksmann

Publié le 22 décembre 2007 par Danielriot - Www.relatio-Europe.com

Le philosophe critique la politique étrangère de Sarkozy


Le philosophe, qui avait soutenu Nicolas Sarkozy pour la présidentielle, estime que le coup de fil de celui-ci à Vladimir Poutine est une "faute de goût" : "On ne traite pas l'homme du KGB comme un pote". Il critique aussi le "décorum grotesque" de la visite de Kadhafi. Logique.

André Glucksmann

Le philosophe André Glucksmann, longtemps situé à gauche mais qui avait soutenu Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle, dénonce  le soutien du président à Vladimir Poutine, et se réjouit de la polémique suscitée par la visite de Kadhafi, dans une interview à Libération.

Après avoir appelé à voter, en mai 2007, pour le candidat Sarkozy, qui prônait une politique étrangère de rupture, centrée sur la défense de la démocratie et des droits de l'homme, André Glucksmann tire aujourd'hui le bilan de l'action diplomatique du président, qu'il juge éloignée de ses promesses de campagne.
"Faute de goût" et "crédulité"
S'il accorde un bon point pour la signature du traité simplifié de Lisbonne et la réconciliation transatlantique, André Glucksmann fustige l'attitude conciliante du président vis-à-vis de Vladimir Poutine : "Inutile de croire séduire Poutine en lui passant la main dans le dos", déclare-t-il. Il dénonce notamment les félicitations de l'Elysée après la victoire de Poutine aux législatives, et se réjouit du "tollé soulevé par l'intempestif coup de fil au maître du Kremlin" : "On ne traite pas l’homme du KGB comme un pote. Il eût été plus honorable d’agir comme Angela Merkel, Gordon Brown ou George Bush, qui boudent ostensiblement."
André Glucksmann pointe une "faute de goût", et s'interroge sur la "crédulité" du président français : "La faute de goût est une erreur tactique dans laquelle sont tombés, tôt ou tard, tous les responsables occidentaux, de gauche comme de droite. […] Sarkozy est-il crédule ? J’espère qu’il a retenu la leçon et refuse de s’engluer à l’avenir dans la fascination traditionnelle, si française, pour l’autocratie russe".


"Décorum grotesque"


Quand on lui demande s'il a été gêné par l’accueil réservé au colonel Kadhafi pour sa visite en France, André Glucksmann regrette un "décorum grotesque" et des "débordements" qu'il aurait fallu "limiter": "Je critique le décorum grotesque et pas le principe de la visite", précise-t-il, ajoutant: "La libération des infirmières bulgares torturées depuis huit ans valait le séjour de leur bourreau puis 'libérateur' à Paris (J’eusse préféré qu’il fût limité dans ses débordements)". Il se réjouit des vives réactions que cette visite a provoquées: "Bravissimo ! La presse et l’opinion se sont réveillées", souligne-t-il.
"Quatre ans de vigilance"

André Glucksmann rappelle que la défense des droits de l'homme ne doit pas se limiter à "des poses angéliques à effet nul": "Les droits de l’homme sont une politique, ou rien. Rien, c’est-à-dire une prédication, une manière de prendre des poses angéliques à effet nul, une religion. Qui dit action politique dit action au cas par cas". Il précise que son soutien à Nicolas Sarkozy ne signifiait pas qu'il "entrai[t] en religion" : "Quand j’ai publié que je votais pour Nicolas Sarkozy, j’ai clairement dit que je n’entrais pas en religion."
Il conclut en prônant la "vigilance" : "Toute politique est risquée, et l’action pour les droits de l’homme travaille dans l’incertain. Il est trop tôt pour en dresser un bilan.[…]Reste quatre ans. Pour moi, quatre ans de vigilance".