Flying Saucers Rock'n'roll (4)

Publié le 26 août 2010 par Zebrain

1977-2000 :

Le rock'n'roll vient enrichir la science-fiction

À la fin des années 70, le monde du rock, divisé en tendances de plus en plus figées dans leurs clichés — progressif, hard, jazz-rock, etc. — éclate soudain sous l'impact du mouvement punk, dont le mot d'ordre, faut-il le rappeler, est No Future ! Lequel mouvement n'est pas très productif en matière de SF, malgré son côté précataclysmique ; il aura néanoins une influence vestimentaire sur le cinéma, comme on peut le voir dans Mad Max. Hormis Sang Futur, déjà cité, il 'y a guère que John Shirley, chanteur et précurseur des cyberpunks avec Transmaniacon (1979), et surtout La Balade de City (1980), qui fasse le pont.

Le retour de styles de rock anciens parfois remis au goût du jour, tels que garage punk US des années 60, fright-rock, rockabilly/psychobilly, surf instrumental, qui se poduit en parallèle amène une résurgence de l'esthétique des films de série B des années 50, déjà exploitée par le Rocky Horror (Picture) Show ou Roky Erickson, le chanteur des 13th Floor Elevators, dans son album Roky Erickson & the Aliens (1980), qui comporte des titres évocateurs comme « I walked with a Zombie », « Two-Headed Dog » ou » Creature with the Atom Brain ». Une autre tendance apparaît au tournant de la décennie, représetée par des gens comme Devo, Tubeway Army et autres groupes new wave technophiles et amateurs de SF — ainsi Human League, au nom tiré d'un jeu de plateau de SF, se réclamait de J.-G. Ballard —, auxques ont peu ajouter les B-52's et leurs histoires de petits Martiens.

Rien de tout cela ne transparaît dans la SF, sauf peut-être à travers quelques textes isolés. Au contraire, c'est sur les années 60 que choisit de se pencher George R.R. Martin en 1983 avec Armageddon Rag, remarquable thriller surnaturel mettant en scène le Nazgûl, un groupe imaginaire visiblement très inspiré des Doors, dont le chanteur a été abattu en plein concert en 1969. Le rock'n'roll est traité dans ce roman sous un angle aussi bien sociologique que mythologique, et l'on peut en voir certains passages comme de véritables documents surl a période concernée. Un livre qu'il faut avoir lu si l'on ne veut pas mourir idiot.

Bien que les auteurs cyberpunks qui déboulent sur le devant de la scène à partir du milieu des années 80 aiment pour la plupart faire baigner leurs textes dans une ambiance de déglingue très rock'n'roll, peu d'entre eux traitent le sujet directement, du moins au début ; il faut attendre la deuxième moitié de la décennie pour voir la SF prendre en compte l'influence sur le rock'n'roll de la nouvelle révoluton technologique qui est en train de se produire. tandis que la house primitive frissonne un peu partout dans le monde, Norman Spinrad signe, avec Rock Machine (1987), sans doute le grand livre sur la musique populaire du futur : des assemblages de pixels peuvent devenir des stars mondiales, la musique est entièrement synthétique, mes drogues électroniques ont remplacé les hallucinogènes… Certes, c'est au retour des bonnes vieilles sixties que Spinrad nous convie, mais la manière dont certains branches du mouvement techno ont su prendre en compte l'héritage de cette période au cours des années 90 indique qu'il avait simplement senti dans quel sens soufflait le vent.

Roland C. Wagner