Anthologie permanente : Joë Bousquet

Par Florence Trocmé

Livre II 
 
L’hirondelle de cendres. 
 

 
L’esprit ne parle qu’à regret. Pour se charger de mots, la pensée la plus claire doit refuser d’abord de se transformer en images, s’arracher à ce qu’elle serait dans notre sommeil ; et peut-être l’effort de la traduire par des mots fraude-t-il le sommeil où nous enfoncerait son développement en images. 
La pensée m’endort, c’est elle qui m’éveille. 
Toute pensée à des ailes de songe. 
Et on soutient que la pensée est mortelle. Les ailes de songe sont-elles des ailes de cendre ? 
Mais les mots chargés d’une pensée continuent à porter l’hypothèque de l’imagination ; et même s’ils subissent des transformations purement verbales, purement poétiques ; ils soulèvent des voiles dans notre esprit. La beauté des mots réside dans leurs 
 
« les phénomènes engendrés 
par la chute deviendront les
moyens du rachat. » (Baude-
laire.) 
Ma parole est la pensée de
ma pensée.
 
 
changements dont nul ne se produit que nous ne lui fournissions une âme.  
[...] 
 
Or, tout le temps que ma méditation se poursuit, j’entends en moi la rumeur du style que je veux créer. La clarté de la pensée y fera plus chantante la vibration du mot et lui donnera tant de profondeur qu’on le verra revêtir les propriétés d’un miroir. 
Puisque la pensée se reflète dans le miroir du langage.... 
 
III  
 
[...] 
Il n’y a qu’une définition de la poésie : elle est l’accueil que l’homme fait à la vie.  
 
Joë Bousquet, Mystique, Gallimard, 1973, p. 119 et svt.  
 
Joë Bousquet dans Poezibao : 
Bio-bibliographie, extraits 1,notes sur la poésie 
 
 
 
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