Donc, pourquoi pas 62 ans. Ou 70. Parce que de toute façon, l'âge légal de départ à la retraite ne change absolument rien au fond du problème. Sauf pour les fonctionnaires et assimilés. On s'explique : dans le privé, l'âge moyen d'entrée sur le marché du travail est de 25 ans. Sachant qu'on ne peut pas échapper à des périodes de chômage entre deux boulots précaires, rajoutons, à vue de nez, deux ans (et on est gentils) de non-cotisations à la caisse d'assurance chômage. Dans la recette, on fait mijoter 40 ans pour le minimum légal de cotisations, et ça nous donne un délicieux retraité bien rissolé qui peut partir de la cuisine à, au minimum, 67 ans.
Parce que ce qui compte, réforme ou pas, ce n'est pas l'âge légal de départ à la retraite, mais bien le nombre d'années de cotisations. Cette réforme contre laquelle deux millions de Français se sont mobilisés n'est qu'un écran de fumée. Même si on décide demain que l'âge légal de départ à la retraite est fixé à 12 ans, il faudra encore cotiser 40 ans pour y avoir droit.
A l'île de la Réunion, on est bien placé pour le savoir. Des dizaines de milliers de retraités réunionnais, qui ont bossé comme ouvriers agricoles ou nénènes dès l'âge de 14 ans, en sont réduits à survivre avec le minimum vieillesse (un peu moins que le RMI). Parce que malgré le statut de département français de la Réunion, il n'était pas obligatoire de déclarer ses employés de maison, par exemple, jusqu'au début des années 80. Une "spécificité" de plus, au nom de l'emploi. Bon, on ne va pas faire notre "Témoignages". Le Pirate, pour une fois est d'accord avec Sarko : la retraite à 62 ans est indolore, puisque de toute façon, on va tous bosser jusqu'à 75 ans. Est-ce que Paul Vergès, journaliste (oui, c'est son métier officiel) octogénaire, a envie de prendre sa retraite ? Le travail, c'est bien connu, c'est la santé...
François GILLET