Le lion

Publié le 15 septembre 2010 par Jlhuss

« Grand mammifère carnivore, grand félin à pelage fauve, à crinière brune et fournie, à queue terminée par une grosse touffe de poils, vivant en Afrique et en Asie. »   

Carnivore  suffisait, tout est dit. Robert fait ensuite diversion en parlant chiffons et lointains voyages, alors que seule fascinent la mâchoire terrible et le goût du sang, qui s’exercent fort bien près de chez nous, parfois même en de drôles de zèbres…

On imagine la frustration des fauves dans l’arche. Comment Noé a-t-il pu pendant quarante jours soumettre ces sanguinaires au régime sec ?  Sans compter qu’à terre il a fallu encore  laisser aux antilopes le temps de se reproduire assez. Deux ans ? Quatre ans ? Le lion ronge son frein, et nous notre perplexité.

On dit que le rugissement du lion s’entend jusqu’à neuf kilomètres. Ça permet de voir venir. Si finalement vous choisissez la fuite, je ne vous conseille pas la première à droite après le baobab : elle mène droit chez le guépard, qui n’est pas moins chasseur que le lion et court plus vite.

L’ennui avec les fauves en général, c’est que la mansuétude n’est pas trop dans leur nature.
Sénèque soutient que c’est pire chez  l’homme :
« Nihil  feras ad nocendum nisi necessitas pellit. Rien ne pousse les bêtes sauvages à nuire, que la nécessité. Aut fame aut timore coguntur ad pugnam. C’est par la faim ou la peur qu’elles sont poussées au combat. Homini perdere hominem libet. Pour l’homme, perdre l’homme est un plaisir. »
Pas gai, mais ça se comprend : notre philosophe fréquentait Agrippine et Néron. Telle mère tel fils, une chienne n’engendre pas des chats ni un félin des enfants de choeur. On assure pourtant qu’aux temps jadis il se trouva plusieurs lions pour ne toucher ni à Daniel ni à Blandine. Ou ce n’est pas flatteur pour ces derniers, ou Dieu veillait.

On voit aussi, comme chez Kessel, des lionceaux téter le biberon sur des genoux de fillettes, jouer à la balle, se laisser gratter entre les oreilles. Bientôt ça se gâte, il leur faut du steak cru. C’est toute la surprise de l’adolescence, ou le problème de l’acquis et de l’inné, insoluble, je vous le laisse.

Notez qu’une fois repu, le lion dort des heures comme un chat. Il suffit d’être ailleurs quand la faim le prend. Vous n’allez pas lui reprocher d’être lui-même , de s’assumer, de vivre authentique ! Surveiller mieux vos gazelles.

Ou bien dressez-le. C’est une des grandes fiertés de l’homme : faire passer le roi formidable en un cercle enflammé,  l’inviter de la voix et du fouet à marcher sur les pattes arrière comme un caniche, lui ouvrir la gueule des deux mains et y fourrer la tête, tous caprices vexatoires qui sentent la revanche quand on a lu La Guerre du feu.

Utopie d’un monde sans lions, sans loups, sans prédateurs, sans tyrans. Comme me disait l’autre jour un gnou à Toiry : « La république radieuse des animaux, c’est dans Disney. S’il faut un roi, autant le moins vulgaire  : le lion dans la jungle et Monsieur de la Panouse ici. »

*

Arion

** Chaque fois un proverbe inédit  viendra clore le croquis, à la sagacité du lecteur d’A©tu ou à son goût de l’absurde.

Proverbe du jour  : Mieux vaut un  lion dégriffé qu’une  panthère acrylique.