Tony Joe White: Black And White (1969)

Publié le 28 décembre 2007 par Are You Experienced?

"I was in Corpus Christi, Texas. I was playing in a club down there, and had really just gotten back from France. I'd been over there for about eight weeks. I'd had that song that hit, "Soul Francisco".[...] Yeah, out of the blue. And then all of a sudden I was in Europe, and never been anywhere but Louisiana and Georgia in my whole life. And so here I am in Paris. But anyway, I got back to America, and back to Corpus, and then all of a sudden they said "Polk Salad" was kicking in. So I went, "Man!"" (Tony Joe White)
Where: Recorded at Monument Studios, Nashville, TN
When: 1969
Who: Tony Joe White (guitar, harmonica, vocals), Chip Young (guitar), David Briggs (keyboards), Norbert Putnam (bass), Jerry Carrigan (drums), Jim Isbell (drums)
What: 1. Willie And Laura Mae Jones 2. Soul Francisco 3. Aspen Colorado 4. Whompt Out On You 5. Don't Steal My Love 6. Polk Salad Annie 7. Who's Making Love? 8. Scratch My Back 9. Little Green Apples 10. Wichita Lineman 11. The Look Of Love   
                            
How: Produced by Billy Swan
Up: petit groove sympa avec triangle et tricotage de Fender sur basse enflée ronronnante et vaporisation de cordes, la voix chaude de Tony se place avec souplesse et majesté ("Willy), accompagnement rythmique au minimalisme de génie, en gratte au son clair, une montée avec les cordes en soutien de Tony, un souffle de flûte, une frappe de bucheron derrière, les cordes  deviennent toutes voluptueuses, des cuivres en renfort, White, sans effort, tient tout son monde à bout de guitare avec un groove de quelques rares notes, retour du triangle et du riff, plus appuyé, un simili solo avorté, les cordes descendent en flammes, les cuivres resurgissent, les drums s'excitent pour accueillir des choeurs soul à souhait, tonalités angoissées du chant de Tony, toujours impérial derrière sa petite guitare, quelques giclées terminales de wah-wah gloîtreuse sur d'interminables frisettes de caisse claire, Tony is God? ["Willie and Laura Mae Jones"]...
 
début en wah-wah et cordes tirées vers le blues, un shuffle en son clair impeccable, une voix basse caressante, unique ("I've never been to San Francisco..."), un peu de clavier, des congas pour un beat un peu latino et une basse grasse, Tony balance des zébrures de Fender wah-wahisée, encore un groove tenu sur quelques notes, des cocottes aussi bien sûr, la voix féline de Tony par-dessus tout ça, un petit bijou du bayou, moins de deux minutes ["Soul Francisco"]...


accords sereins, un peu las, Tony embraye tout de suite au chant sur une basse discrète, charleys bien appuyés, puis bord de la caisse claire frappé doucement en soutien classe, Tony commente en notes rares, deux ou trois accords rehaussés de piano et, magie de Mr White, un souffle épique, puis le bouillon monte, les drums piquent une crise, Tony tout énervé aussi, patates en bouche, distille des arpèges cool pour le pont et les cordes, plein ont essayé de refaire ça depuis ["Aspen Colorado"]...
un shuffle wah-wah discret, grosse batterie, chant syncopé, Tony fait sa broderie, puis ça part direct sur une nouvelle wah-wah en son clair bien torturée, besoin de rien le Tony, une guitare et ça tourne comme du Creedence Clearwater Revival, un break en beat senti des drums, du piano pour la tapisserie mais c'est Tony qui fait le swing de la chose, s'emmanche un solo spontané de wah-wah ponctué de grognements "uh!" et "Lord!", une vraie mélasse qui menace de déborder de la casserole, Tony rugit, encore un classique ["Whompt Out On You"]...      
c'est parti pour un nouveau shuffle parfait en son clair, Tony embraye le chant illico, appuie sur la wah-wah grassouillette sur une rythmique basse-batterie pro, fait tourner tout seul comme d'hab, s'énerve, crie un "Don't Steal My Love!" comminatoire de puma blessé, part dans un solo de wah-wah crémeuse qui s'embourbe dans les graves, magnifique, charge encore plus et remue la boue, un deuxième solo déjà, Tony en gueule, une longue incursion dans les graves, un régal de groove, des dérapages aussi, un orgue de passage essaie de s'y coller, abandonne, Tony balaye tout, un solo unique, puis reprend ses histoires, toujours bien remonté, que la batterie sur la fin ["Don't Steal My Love"]...
des accords lancés comme ça sur une basse bien présente à la  "Gimme Some Lovin'", petites ponctuations à la guitare souveraine, Tony en mezzo voce balance une autre histoire ("I'm down in Louisiana..."), les cuivres se greffent tranquille, la batterie déboule, refrain superbe, on pense au King pour le groove du chant bien sûr, en forme les drums, Tony tout à son son swing du swamp étrangle ses cordes, remet un coup de refrain imparable à tortiller du cul, en concert avec les cuivres, sort l'harmonica, fait la basse avec sa Fender pour aller plus vite, lâche des "uh!" jamesbrowniens, fait tourner son boogie d'alligator, la wah-wah dérape sur la fin en rugissement ["Polk Salad Annie"]... 
Johnny Taylor convoqué pour un riff pêchu, à la wah-wah bien sûr, chant plus limpide que d'ordinaire, une batterie tout à sa caisse claire, un riff soul-rock qui swingue, des choeurs féminins et les cuivres qui éclatent des commentaires staxiens, un petit rythme bancal et hâché sur des nappes de claviers, Tony pas déstabilisé branche la wah-wha pour le pont en montée, s'autorise des audaces au chant, un passage en basse-drums martelés, tout se déchaîne comme de bien entendu, wah-wah en fusion aux premiers postes sur les choeurs soul, une voodoo soup sudiste ["Who's Making Love?"]...
Slim Harpo, cette fois-ci, son clair et cordes glissées pour un rythme blues clair à la Tony, une louchée d'harmonica pour l'intro, la Fender reprend le lead et nous fait shuffler tout ça, Tony se sent bien et ça s'entend, toujours cette voix aux basses radieuses et confiantes, drums tout en cymbales, retour de Sa Majesté Wah-Wah Ire, c'est parti pour le swamp jive, ça cocotte à fond, le son se fait aquatique, un feeling rare, Tony tient une note sustainée à mort en wah-wah pour raviver son funk bayou, décharge tout en gueulant, ralentit un peu sur la fin, un art sidérant ["Scratch My Back"]...
du piano, des petites cloches, une basse au coeur gros comme ça, la guitare discrète en renfort derrière, des violons sirupeux, c'est la voix superbe de White qui est au centre ici, crooner sudiste au larynx de velours, les nanas en choeurs derrière, piano, flûte et tout le bazar pour faire classieux, des micro-interventions à la guitare pour faire crasseux, et toujours cette voix ["Little Green Apples"]... 
intro en cordes dégoulinantes, un tout petit peu de guitare, une ballade grandiloquente portée par la seule voix de Tony, tout en émotion sur un hamac de cordes symphoniques, Tony qui pose sa guitare dans un coin, fait le chanteur et fait presque oublier sa Fender absente ["Wichita Lineman"]...
Dusty Springfield, Dionne Warwick et Burt Bacharach derrière tout ça, un titre puissant, presque une balade sixties vintage avec effet washboard et basse en descente slow, Tony travaille sa voix sur les violons et le piano, belle compo, les cuivres viennent bavarder, Tony a laissé tomber sa Fender, un peu de gratte sèche, une flûte pour le solo, un beat vaguement calypso derrière, on touche au single pop avec violon au romantisme suraigu, mais Tony soulève la crinoline par des souffles sensuels ["The Look of Love"]... 
Down: Encore un illustre génie inconnu du grand public, trop nourri de JJ Cale...