Delhi, 22 septembre 1992

Publié le 21 septembre 2010 par Safran
INDEPlusieurs années de préparation mentale nous ont été nécessaires avant notre premier voyage en Inde, en mai 1988. C’était notre voyage de noces : nous nous déplacions en avion ou en Ambassador avec chauffeur parlant anglais, et logions dans les anciens palais des maharajas. L’Inde nous avait déjà séduits.C’est avec un sentiment d’appréhension et de curiosité que nous y retournons, certains d’avoir à surmonter des épreuves dont de nombreux routards se font l’écho.
Coucou ! C’est Sally et François ! Vous vous rappelez, les deux qui sont partis en principe pour 365 jours. Aujourd’hui, déjà le cinquième jour !
Nous arrivons à Delhi au petit matin le 19 septembre dernier, le soleil se lève à peine, et déjà, il fait chaud. Le taxi ne connaît pas l’hôtel York où nous avons réservé une chambre, et doit se renseigner auprès des passants qui sont déjà nombreux.Voici enfin l’entrée, dissimulée à l’ombre de la haute colonnade de Connaught Circus. Un escalier mène à la petite réception au premier étage : “Nous avons réservé une chambre au nom de Picard.” dis-je.Le réceptionniste fait non de la tête, mais il nous donne quand même une clef. Ouf, il doit lui rester des chambres libres ! La nôtre n’a pas de fenêtre mais on entend le grondement sourd de la circulation couvert par le bourdonnement de l’air conditionné. Qu’il est bon de pouvoir enfin s’allonger !Pas folichonne cette première journée : il faut commencer à récupérer le décalage horaire, s’habituer à la chaleur, au bruit, à la foule, aux marchands, aux mendiants, à la nourriture…
Les jours suivants, nous jouons aux touristes. Première visite au fort Rouge où nous nous retrouvons au milieu de groupes d’Indiens en visite.

Le Diwan-I-Aam au fort Rouge


C’est dimanche, ils viennent très nombreux en famille, traversent les divers bâtiments sans s’arrêter, jettent un rapide coup d’œil à la mosquée, puis repartent vers la sortie. Les femmes suivent leur époux d’un pas traînant qui fait onduler leurs hanches sous le sari.

Moti Masjid (mosquée de la Perle) au fort Rouge


Nous essayons de prendre notre temps : je m’assois à l’ombre par terre, le dos appuyé à une colonne, je feuillette le Guide Bleu - qu’est-ce que c’est écrit petit ! - pendant que François fixe à jamais sur la pellicule les élégantes décorations florales des incrustations mogholes. Beaucoup s’arrêtent pour l’observer d’un air à la fois timide et curieux.

Une promenade jusqu’à Jama Masjid, la mosquée, en plein cœur du bazar de la vieille ville. L’ambiance de ce quartier est difficilement imaginable, tant la foule est dense et la circulation inextricable. La chaussée est constamment bloquée par des chars à bœufs qui avancent au ralenti, des cyclo-pousse, des rickshaws qui klaxonnent, ou des hommes poussant d’énormes charges. Il est trop tard pour visiter la mosquée, nous reviendrons un autre jour.

Jama Masjid (mosquée du Vendredi) au coucher du soleil


Comment allons-nous nous organiser ? C’est plutôt vague dans notre esprit : nous avons préparé un semblant d’itinéraire après une visite à l’office de tourisme et chez Orient-Express, l’agence de voyages qui va garder notre courrier, je veux dire VOTRE courrier, celui que vous allez bientôt nous adresser !Nous avons aussi décidé de visiter le Bhoutan début décembre. Orient-Express se chargera des formalités et des visas pour nous.
Nous avons presque deux mois et demi devant nous avant le Bhoutan. A nous de nous débrouiller. On commence par Agra ? On y va en train ?Direction le bureau informatisé d’Indian Railways de New Delhi Station, réservé aux touristes.Le moins que l’on puisse dire, c’est que la situation n’est pas claire : une coupure d’électricité a plongé le bureau dans une semi-obscurité, les écrans des ordinateurs sont noirs, l’air conditionné ne fonctionne plus, la température monte de minute en minute… de même que l’impatience d’une trentaine de touristes.Dans un élan de solidarité, un routard m’explique la marche à suivre : faire la queue au comptoir n° 3 ou 4 pour acheter le billet, puis au n° 6 pour la réservation - ne pas oublier de remplir le formulaire adéquat, sous peine d’avoir à refaire la queue -, puis au n° 9 pour payer, uniquement en devises fortes. Tiens, le franc est là !Quand le courant revient enfin, branle-bas de combat chez les futurs voyageurs qui quittent leur siège de skaï humide pour essayer de reprendre leur place dans leur file. Les employés reposent lentement leur tasse de thé au lait, et reprennent leurs occupations habituelles sans entendre les soupirs d’impatience et les remarques désobligeantes.Quand la moitié du personnel quitte son poste de travail pour déjeuner d’un riz-lentilles deux mètres plus loin, des voix s’élèvent chez les laissés-pour-compte. Un homme sort alors d’un bureau et réquisitionne un autre employé pour s’occuper de nous. Dommage, celui-là aussi nous quitte dix minutes plus tard… Les files se font et se défont dans la plus grande pagaille. Chacun surveille son voisin pour écarter toute tentative de resquille.

Lorsque nous quittons le bureau des réservations, nous avons soif et faim, mais nous sommes tellement contents de les avoir, nos billets pour Agra !
Les mots en gras sont expliqués dans le glossaire.