Le peintre

Par Albanlao

Le peintre était concentré. De la toile une affreuse tête de Méduse prenait progressivement forme. Rien pourtant de cette monstruosité ne semblait le perturber. Ni le rouge sang inquiétant qui bavait de chaque côté des yeux, ni l'horripilante lividité cadavérique du teint qu'elle prenait.
À l'autre bout de l'atelier, près de l'évier, une petite étagère abritait tubes de peintures et pinceaux divers. Tout était extraordinairement ordonné.
Deux grandes fenêtres en vis-à-vis éclairaient la pièce. Sur les murs, les fils électriques pendouillaient lamentablement.
L'ensemble déconcertait par la froideur qui s'y dégageait.
Les coups de pinceau se faisaient de plus en plus brusques, de plus en plus rapides. Une soudaine furie s'était emparée de son corps tout entier et ses mouvements s'apparentaient désormais à une sorte de danse primitive savamment chorégraphiée. On était proche de l'hystérie.
Il me parla plus tard d'inspiration...
La Méduse prenait vie tandis que s'apaisait la frénésie du peintre. Le contentement se lisait dans son regard, comme s'il venait juste de faire l'amour. La sérénité s'ensuivit et même les fils électriques qui pendouillaient paraissaient moins tristes...