Le coeur régulier, Olivier Adam

Par Kenza
«J'ai tant d'admiration pour ceux qui se relèvent.»
Quatrième de couverture« Vu de loin on ne voit rien », disait souvent Nathan. Depuis la mort de ce frère tant aimé, Sarah se sent de plus en plus étrangère à sa vie, jusque-là « si parfaite ». Le coeur en cavale, elle s’enfuit au Japon et se réfugie dans un petit village au pied des falaises.
Nathan prétendait avoir trouvé la paix là-bas, auprès d’un certain Natsume. En revisitant les lieux d’élection de ce frère disparu, Sarah a l’espoir de se rapprocher, une dernière fois, de lui. Mais c’est sa propre histoire qu’elle va redécouvrir, à ses risques et périls.
Grâce à une écriture qui fait toute la place à la sensation, à l’impression, au paysage aussi bien intérieur qu’extérieur, Olivier Adam décrit les plus infimes mouvements du coeur et pose les grandes questions qui dérangent.Editions de l'Olivier
Biographie  Olivier Adam est né en 1974, a grandi en banlieue parisienne et vécu à Paris avant de s'instaler à Saint-Malo. Il est l'auteur de nombreux romans et nouvelles, dont Passer l'hiver ( bourse Goncourt de la nouvelle), Falaises et Á l’abri de rien ( prix Roman France Télévisions et prix Jean-Amila-Meckert), Des Vents contraires (prix RTL/Lire). Il écrit également des livres pour la jeunesse, publiés à l'école des loisirs. Plusieurs de ses livres ont inspiré des films : Poids léger, mis en scène par Jean-Pierre Améris en 2004, Je vais bien, ne t’en fais pas, réalisé par Philippe Lioret en 2006 et primé aux Césars en 2007, et Maman est folle, une adaptation pour la télévision de Á l’abri de rien par Jean-Pierre Améris en 2007. Parallèlement à l’adaptation de ses livres, Olivier Adam a récemment collaboré avec les cinéastes Alain Raoust (L'Été indien, 2008) et Philippe Lioret (Welcome, 2009).

Yoshitoshi (1839-1892)
Mount Yoshino midnight-moon - Iga no Tsubone

 Extrait
  Je connais ses théories. Tout est affaire de forces à reprendre. C’est cela qu’il nous permet de faire ici. Nous reposer. Reprendre des forces. Réfléchir. Retrouver la force de réfléchir et d’envisager les choses dans le calme, faire le tri, se délester, choisir. Et pour ça, la première chose, c’est de dormir. Ensuite il faut manger, le plus simplement possible. Puis marcher, s’asseoir et se laisser envahir. Par la lumière, les bruits, les parfums, sentir sa peau et tout ce qui la touche, l’effleure, la caresse. Respirer. Je connais sa chanson. Ses vieux trucs de moine bouddhiste. Et je sais qu’il a raison. Je sais que c’est ce dont j’ai besoin. Me délester, sentir. M’oublier, m’ouvrir. Recueillir. Laisser le soleil chauffer ma peau, l’air pénétrer mes poumons, l’eau se diluer. Sentir battre en moi un cœur régulier. C’est ce que je m’applique à faire ici. Même si je n’y parviens pas toujours. Trop souvent ça bourdonne, et le sang bout, je me sens frénétique et vibrer pour rien, une guêpe piégée par un verre à l’envers. Natsume me regarde en souriant tendrement, sans ironie, comme s'il était content de me voir, comme s'il m'aimait. Nous avons un peu parlé ces derniers jours lui et moi. Ces dernières nuits, devrais-je dire. Et plus je passe de temps auprès de lui et plus les choses s'obscurcissent, plus Natsume me semble impénétrable, surface lisse à laquelle on se heurte sans violence. On dirait qu'un lac immense et calme se déploie  à l'intérieur de lui, des étendues fluides, lumineuses et souples. Dans ses paroles il n'est question que de lumière et d'arbres, de patience, de l'instant et de la sensation, du monde et de qu'il offre, de temps de lenteur de détails de surfaces de soleil de peau de souffle d'horizon de transparence, ses mots ne disent rien d'autre que la présence entière et délivrée à l'ici et au maintenant qui est notre seul horizon, une présence réconciliée au monde aux autres et à soi, aux arbres aux rayons de soleil à la terre à l'eau à la nuit aux parfums, une présence paisible et bienveillante.
Olivier Adam est nominé au prix
Goncourt 2010
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