Paso Doble n°184 : Archéosyndicalisme

Publié le 19 octobre 2010 par Toreador

« Hydre à la Joie | Home

Par Toréador | octobre 20, 2010

A las cinco de la manana…

Les aventuriers de l’Arche perdue

Réussir à faire de l’archéologie une aventure, c’est le don d’Indiana Jones … et de Sarkozy.

Au départ, le débat avait commencé de manière rationnelle, en essayant  de faire l’union sacrée autour d’une réforme que des milliers de rapports, d’études et de diagnostics avaient présenté depuis des années, des décennies, des siècles comme inévitable.

Les syndicats ont agi intelligemment en essayant de dévier le missile des retraites de sa trajectoire et en jouant sur la pénibilité et le travail des femmes. Le PS avait fait mine de pondre un éléphant rose censé être techniquement viable.

Et puis, le gouvernement est arrivé à bout de ses cartouches et il n’est resté que l’os de la réforme : le recul de l’âge. C’est à ce moment que les syndicats auraient dû se retirer la tête haute et laisser le macchabée dans son sarcophage.

Le Temple maudit

Au lieu de cela, le message social s’est brouillé et l’on a invoqué tous les bons et mauvais génies du panthéon social pour vaudouiser la réforme : mobilisation démagogique des lycées pour faire « la jonction », divergences entre centrales, et réveil inopiné des populations surprotégées, les « Barons Samedi » que sont les dockers et les cheminots du Sud-Est.

La France est aux mains des plus radicaux. Un petit millier de travailleurs surpayés est prête à paralyser le pays en misant sur la dégradation de l’environnement et un nouveau Noël 1995, martingale des caïds de l’action sociale.Imprécations et incantations, il ne manque que la poupée de la mondialisation à torturer pour que le tableau soit complet.

En face, le jeu se complique pour Sarkozy : on ne peut pas changer de gouvernement en pleine épreuve de force. Au lieu d’une fin de quinquennat paisible, Sarkozy a choisi le défi : tant les conclusions de la commission Attali que les annonces sur le bouclier fiscal dessinent un générique de fin de mandat axé sur des réformes budgétaro-fiscales à haut-risque. Si on était vicieux, on pourrait même imaginer que Sarkozy a choisi de prendre au mot la Gauche à propos de l’injustice et du cadeau fait aux riches… et d’en rajouter une couche en faisant mine de céder sur l’accessoire pour escamoter l’essentiel, l’ISF.

Or, pour avoir les moyens d’une politique extrêmement dure d’un point de vue budgétaire – la fin de la prise en charge à 100% des maladies de longue durée, le gel du point de la fonction publique et la suppression de l’ISF sont trois sujets potentiellement explosifs - le gouvernement a besoin d’un scalp et ce scalp est celui des adversaires de la réforme des retraites.

La dernière croisade

Je ne doute pas de la fermeté du gouvernement par rapport aux dockers, routiers et autres bloqueurs de raffineries. Les arrestations en marge des manifestations lycéennes montrent que le Ministère de l’Intérieur a décidé de montrer les dents, malgré les dérapages au taser constatés la semaine dernière.

Sarkozy joue sur du velours : sa réforme est sur le principe justifiée et faire peur au cadre libéral (qui n’apprécie pas le gréviste cégétiste) et au bourgeois conservateur (qui s’horrifie de voir des casseurs et s’inquiète du niveau élevé de risque terroriste) n’aura pas que des désavantages en 2012.

En d’autres termes, j’ai beau regarder dans mon crâne de cristal : le bras de fer engagé par les plus radicaux sur la réforme des retraites à mon sens est plus qu’une erreur, c’est une faute – un un combat perdu d’avance, parce quà contre-temps. Quand bien même la CGT et Sud arriveraient à faire plier le gouvernement, le principe de réalité les rattrapera tôt ou tard.

A part euthanasier nos vieux, je ne vois guère de solutions.

Tags: 2012, Bouclier fiscal, commission-Attali, fin du quinquennat, Indiana Jones, ISF, réforme des retraites

Sujets: Paso Doble | No Comments »

Commentaires