Le songe de Don Bosco

Par Contrelitterature

par Jordi Jonas

1. Les Trois Blancheurs


   Le 30 mai 1862, Don Bosco eut en songe une vision prophétique.
Il vit la mer, et là, rangés en bataille, des vaisseaux innombrables remplis d'armes de toutes sortes, livrant bataille à un grand et majestueux vaisseau représentant l'Église.
   Soudain, apparaissent deux colonnes : l'une, la plus grande, porte une lumineuse hostie, et l'inscription : « Salut des croyants » ; c'est la première blancheur. L'autre, où sont gravés les mots: « Secours des Chrétiens », est surmontée d'une statue de la Vierge Immaculée, avec un chapelet : c'est la seconde blancheur.
   L'assaut tourne à l'avantage des agresseurs mais le Pape, tout de blanc vêtu – c'est la troisième blancheur – à la proue du grand vaisseau, convoque par deux fois les capitaines des vaisseaux auxiliaires afin de délibérer des décisions à prendre : ces deux délibérations représentent les conciles Vatican I et Vatican II.
   Observons qu’une des significations fondamentales de ce rêve prophétique est la suivante : une bataille a lieu autour de la primauté de Pierre, c'est-à-dire pour le primat de la papauté dans l’Église universelle.
   Dans le songe, le Pape est finalement frappé à mort, mais son successeur obtient la victoire en amarrant solidement le Vaisseau aux deux Colonnes. Un tableau, exposé dans la Basilique Maria Auxiliatrice à Turin, rappelle ce célèbre songe des « Trois Blancheurs », reçu peu avant le début du premier Concile du Vatican.


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   Ces « Trois Blancheurs » – la Sainte Eucharistie, la Sainte Vierge et le Saint-Père – sont les trois secours fondamentaux des chrétiens, à la fois appuis, protections et réconforts dans les souffrances et les épreuves.
   Mais l'union de ces trois « blancheurs » est plus que cela : elle est reflet visible de la Trinité sur terre, car si l'Eucharistie est le Fils en personne, la Vierge Marie, selon le mot de saint Maximilien Kolbe, est la quasi-incarnation de l'Esprit-Saint, et quant au Pape, il est notre doux Père de la terre.
   En sorte que la fidélité aux trois blancheurs est l’expression achevée de la fidélité à l’Église du Christ.


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   La première blancheur est l'Eucharistie, le Pain vivant descendu du ciel. L'Eucharistie c'est Jésus lui-même, Jésus sous les blanches espèces : « Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour le salut du monde » (Jn 6, 51)

   L'Eucharistie est le plus grand des sacrements : elle contient non seulement la grâce, mais l'Auteur de la grâce. C'est le sacrement d'amour : elle est le fruit de l'Amour qui se donne. Elle a pour effet principal d'augmenter en nous l'amour de Dieu, et des âmes en Dieu.
   La réception de l'Eucharistie s'appelle « communion » parce qu'elle est union intime du cœur de Dieu et du cœur de l'homme – union qui déifie notre âme, en augmentant en elle la participation à la vie divine. Au-delà de toutes les nourritures du corps ou de l’esprit, elle est pour nous une nourriture divine ; Jésus s'offre réellement – offre son corps et son sang – comme aliment, subsistance de notre âme.

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   La deuxième blancheur, c'est la Très Sainte Vierge Marie, la Mère de Dieu. Dieu n'ayant pas choisi d'autre moyen que Marie pour venir à nous, nous ne pouvons trouver un plus sûr chemin pour revenir à Lui. Son Fils lui-même, sur la croix, a confirmé sa double maternité : Mère de Dieu, en Le donnant aux hommes, Mère des hommes en nous donnant à Dieu.

   « Femme, voici ton fils ; fils, voici ta Mère » (Jn 19, 26-27)

   Vraie Mère des hommes, Marie nous enfante à Dieu. Nous pouvons, en effet, Lui confier en toute occasion, toutes nos peines et toutes nos joies, toutes nos défaillances et tous nos succès. La remercier pour toutes ses intercessions en notre faveur auprès de Dieu, et pour toutes les grâces qu'Elle nous obtient de Son Fils Jésus. Et surtout L'écouter en toutes choses, afin qu'Elle nous guide toujours plus sûrement sur les pas de notre Frère Aîné.
   Tout au long de l'histoire de l'Église, Marie a ainsi accompagné les hommes, n’hésitant pas à les conseiller, en ne cessant de leur porter la Lumière de Dieu à travers ses petits prophètes : en tant que Fille du Père, la Lumière du Père ; en tant que Mère du Fils, la Lumière du Fils ; en tant qu'Épouse du Saint Esprit, la Lumière de l'Esprit. Et c’est Pontmain, Lourdes, La Salette, Fatima, Garabandal et Medjugorje – et tant d’autres lieux où elle apparaît, se faisant Mère présente auprès de Ses enfants.

   « Je viens à vous, dit-elle le 1er septembre 2009 à Ned Dougherty, en tant que Notre-Dame de la Lumière, car Je souhaite répandre à travers le monde la Lumière de mon Fils, votre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, en ces temps difficiles pour l'humanité. Mon voyage avec vous, et parmi vous, à travers les âges, M'a permis d'assigner à Mes enfants, [ceux] qui ont été attentifs à écouter et à répondre à mon appel, la mission [que voulait pour eux] Mon Fils... »

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   La troisième blancheur, c'est le Chef visible de l'Église, le Pape, le successeur de Saint Pierre. Là encore, c'est Jésus lui-même qui l'a confirmé à cette place par Sa parole : « Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt 16, 18-19).

   Nous devons vouer à Pierre, aujourd'hui notre bon pape Benoît XVI, un amour franc et fervent à l'image de celui que lui manifestait sainte Catherine de Sienne, avocate du Pontife Romain qu'elle nommait le « Doux Christ en la Terre ». Bien plus, nous devons comprendre que le Pape est le dernier représentant du Père ici-bas – alors que toute autre paternité est désormais largement et très systématiquement bafouée –, et ainsi nous ne devons pas hésiter à donner à notre Pape bien-aimé ce titre de combat : « Doux Père en la Terre ».
   Un amour franc et fervent, mais aussi fidèle comme celui de saint Antoine-Marie Claret, promoteur de l'infaillibilité pontificale au Concile Vatican I. Ce dogme, daté de 1870, qui fait partie du dépôt de la foi de l’Église est « lié dans les cieux », et doit donc être cru sans discussion : il assure au Pape le charisme d'infaillibilité comme Docteur suprême de l'Église, lorsqu'il exprime un avis en matière de foi et de morale.

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   L'expression « trois blancheurs » manifeste ainsi le lien intime et providentiel entre Notre Seigneur Jésus-Christ vraiment présent dans la Sainte Eucharistie, Sa Très Sainte Mère et Son Vicaire infaillible, légitime successeur de l'Apôtre Saint Pierre. Cette conjonction des trois blancheurs, est vraiment reflet visible de la Trinité sur terre, et est tellement essentielle à la foi catholique que nous sommes assurés être sur la bonne voie, dès lors que nos cœurs les tiennent toutes trois embrassées.

 

2. Une rapide lecture historique du songe


   Au début du rêve, l'assaut donné au grand vaisseau tourne à l'avantage des agresseurs. C'est alors qu'apparaît à la proue de ce grand navire l'homme en blanc qui en assume le commandement. Et c'est le Pape. D'où il devient désormais fort clair qu'il s'agit de la Nef de l'Église.
Le chef du grand vaisseau (le Pape) convoque alors à son bord les capitaines des vaisseaux auxiliaires (les Évêques) afin de délibérer sur les décisions à prendre.
   Il nous faut ici nous reporter à l'histoire. Le songe de Don Bosco est du mois de mai 1862. Or, le 6 décembre 1864, Pie IX appelle à Rome, en Concile, les évêques de la Chrétienté : et cela afin de remédier « par un moyen extraordinaire à la détresse extraordinaire de l'Église ». Notons, car le fait a son importance, que Pie IX fut élevé au Siège de Pierre à l'instant même où Marie, à La Salette, venait pleurer sur les maux qui allaient s'abattre sur le monde et sur l'Église.
   La tempête, un instant apaisée, se ranime dès lors plus violente, obligeant chacun des capitaines à regagner son navire. Et chacun se replie donc. Faut-il voir là une image de l'état des Églises nationales à l'époque de Pie IX ? Par exemple, pour l'Église de France, l’image de ce qu’elle est devenue sous les effets cumulés du jansénisme, puis du gallicanisme, du philosophisme et de la Révolution, la poussant à la contestation de Pierre ? Probablement...


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   Le 18 juillet 1870, le Concile vote la Constitution « Pastor aeternus », consacrant le dogme de l'infaillibilité pontificale. Le lendemain de ce jour éclate la guerre franco-allemande. Le 9 octobre, Rome, arrachée par violence au Pape, est annexée au Royaume d'Italie. Le 20 Octobre, le Concile n'ayant pas terminé ses travaux, est renvoyé sine die... Et c'est ainsi que Vatican II devait un jour continuer Vatican I.
   Le songe se poursuit. Une accalmie se fait sur la mer et l'hostilité des ennemis paraît fléchir. La grande Nef reprend sa route. Le pilote suprême en profite pour appeler de nouveau les autres pilotes à son bord. Et c’est Vatican II. Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul I...
   Mais voici que la tempête se déchaîne une fois encore, plus violente que jamais. Vatican II fut en effet le prétexte – prétexte et non pas cause – de la plus affreuse subversion qui se soit jamais élevée contre l'Église.  

   À partir de là, le rêve prophétique de Don Bosco nous montre le Navire assailli de toutes parts et de toutes les manières. Les vaisseaux ennemis vomissent le feu de toutes les gueules de leurs canons, et foncent sur lui, le frappant de leurs étraves cuirassées.
   Don Bosco vit aussi d'autres armes, les pires peut-être : ce sont des livres, des écrits. Et il est bien vrai qu'à partir du Concile se déchaînèrent toutes sortes d'attaques contre l'Église, soutenues par des moyens médiatiques sans précédent. Grosso modo, on peut dire que ces attaques venaient de tous les bords : à sa droite, l'Église eut à subir les assauts des sédévacantistes et des lefèvristes ; à sa gauche, la poussée moderniste et libérale ; en coulisse, le terrible travail de sape de la franc-maçonnerie, y compris de la franc-maçonnerie ecclésiastique (au service du mondialisme) ; et frontalement, les incessantes désinformations médiatiques.
   Nous sommes alors à l'époque de Jean-Paul II. Les deux colonnes sont toujours là, dressées immobiles sur la mer en furie. Et le Pape, tenant ferme la barre, s'efforce toujours de maintenir la Nef entre elles deux.

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   Vient Benoît XVI, confronté pour sa part à deux chantiers principaux : la réforme liturgique qui vise à retrouver la rigueur du mystère, et la recherche d'une unité de l'Église qui réalise la prière de Jésus : « Que tous soient un, Père, comme Toi et Moi sommes un ».
   Il rencontre évidemment dans cette voie toutes les oppositions vécues par ses prédécesseurs, mais amplifiées par le sécularisme généralisé, et unifiées désormais par l’énoncé ouvert du projet mondialiste. On remarquera que ces attaques tendent à créer une fausse Église, au service du projet mondialiste de religion mondiale, et du coup à liquider le caractère sacrificiel de la messe, en réduisant l'Eucharistie à un symbole.
   Et voilà pourquoi de nos jours la Vierge Marie parcourt le monde entier pour annoncer à ses petits prophètes « la grande profanation » qui vient, profanation dont le prophète Daniel nous a déjà prévenus : à la fin des temps, dit Daniel, « l'abomination de la désolation » sera visible dans le temple du Seigneur, car l'homme impie y entrera pour « abolir le sacrifice perpétuel » (Dn 11,16).
Et voilà pourquoi Marie dit à Darly Chagas, son petit prophète du Brésil, le 16 mai 2009 :

« Priez pour la Sainte Église fondée par Jésus-Christ, vous approchez du temps du martyre des chrétiens, en particulier le Saint-Père, assistez-le avec des prières, faites ces choses, cet acte d'amour, pour l'aider à tenir ferme entre ses mains la Sainte Eucharistie, car l'ennemi va encourager ceux qui ouvrent leur cœur pour le servir, à commettre la grande profanation. »

   La tempête encore se déchaîne, la plus violente qui fut jamais. La barque de Pierre est à nouveau secouée, et de plus en plus rudement. Sous nos yeux s'accomplissent la suite et la fin du rêve de Don Bosco.
   Les attaques sont désormais concentrées sur les trois blancheurs elles-mêmes, et dans la mesure où elles sont indissociables, toutes les trois sont attaquées : la Vierge Marie est attaquée, le Pape est attaqué, l'Eucharistie est attaquée.
   S'agissant de la papauté, le rêve raconte finalement l'histoire de son encerclement par les forces (maçonniques et associées) qui visent fondamentalement sa destruction. Prophétisant ainsi leur défaite finale.

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   Quel est l’enseignement essentiel de ce songe ? Il nous dit que la fidélité aux Trois Blancheurs, aux trois inséparablement, constitue la condition incontournable pour se maintenir dans la fidélité à l'Église. Si l'une des trois fait défaut, la foi elle aussi défaille.
   Car quelque acharnement que mettent les ennemis de l'Église en leurs assauts, et quelques très grands dommages qu'ils infligent, ils ne peuvent venir à bout de la grande Nef, puisqu’il est écrit : « Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle ».

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   La signification pratique qui se dégage pour nous de ce rêve prophétique est donc claire et nette : il n’y a qu’une voie sûre pour le petit reste, la fidélité aux trois Blancheurs, l’attention apportée à la présence des trois – inséparablement.

   « Il est visible et clair, déclarait Debora, petite prophétesse italienne de l'Eucharistie, en 2008, que la nouvelle ère, préparée par la Madone, sera une ère qui se construira sur ces trois réalités : Jésus Eucharistie, le primat de Pierre et la présence de la Madone ».