André Kertész

Par Vanessacoraretti

"J’interprète ce que je ressens à un moment donné. Pas ce que je vois mais ce que je ressens"
La photo-philosphie d’André Kertész et le ton de l’exposition est parfaitement résumé dans cette citation du photographe.

Né en 1894, il n’a cessé de voyager tout au long de sa vie. De son pays natal, la Hongrie, il garde le goût de la campagne et de ses habitants, des animaux, des choses simples. La première partie de l’exposition est consacrée à cette période de sa vie. Les clichés y sont extrêmement petits. Il faut donc s’approcher avec patience au plus prêt pour découvrir alors des trésors de simplicité et de poésie qui préfigurent déjà l’immense talent artistique du photographe.
Les sujets photographiés sont principalement ses amis, sa famille, sa fiancée Elisabeth (que d’amour se dégage de ses portraits !), ou de son jeune frère Jenö.
Les photos prises de ce dernier en 1919, juste après que le photographe ait été mobilisé pendant la guerre, sont magnifiques. Kertész le met en scène en train de sauter, en satyre ou encore tel Icare.
Il s’affirme déjà comme un artiste inspiré par ses sentiments et émotions.

La deuxième partie de l’exposition traîte de la période parisienne de Kertész.
Il a vécu à Paris de 1925 à 1936 au sein d’un cercle de compatriotes émigrés. A l’époque, il réalise une série de portraits de la danseuse Magda Fôrstner (le fameux "Satyric Dancer"), du sculpteur hongrois Etienne Beöthy ou de l’artiste néerlandais Piet Mondrian.. Des portraits et des vues d’ateliers décalés et virtuels dont il deviendra le maître. Il évoque plus qu’il ne montre, donne vie à ce qui est immobile.
Durant cette période, l’artiste arpente les rues de Paris à l’affût d’évènements s’y déroulant. Les photos deviennent de plus en plus métaphoriques.
Il commence également à travailler pour la presse et participe à plusieurs expositions photographiques dont "Film und Foto" à Stuttgart en 1932.
 

Kertész revendique néanmoins son indépendance, et son oeuvre, nourrie de ses émotions, avec ses jeux de miroirs, de reflets subtils, d’ombres et de doubles (comme dans son célèbre cliché "la Fourchette"), d’éclairage nocturne, de déformations optiques (ses fameuses Distorsions), l’installe comme acteur de l’avant -garde photographique mais ce n’est pas pour autant que ces expériences photographiques sont comprises par la profession et rencontrent un succès auprès du public. Bien au contraire…

En 1936, il part s’installer à New York motivé par un contrat pour l’agence Keystone qu’il rompt très vite. De plus en plus déprimé par l’incompréhension que suscitent ses Distorsions même outre Atlantique, les images de Kertész de cette période sont empreints de mélancolie et de tristesse.
Son emménagement dans un appartement au deuxième étage donnant sur Washington Square, modifie sa pratique photographique. Désormais il guette avec zoom ce qui se passe sur les terrasses aux alentours, les places et sur les toits (fantastique série de Cheminées).
Il a vécu 50 ans à New York qu’il n’a cessé de photographier "dans" la ville. Les clichés sont géométriques, graphiques, solitaires. Magnifiques !

Ce parcours chronologique et linéaire se termine par la fin de sa vie. Après la mort d’Elisabeth en 1977, il s’intéresse au Polaroid qui lui permettre une démarche encore plus introspective. Ces 53 Polaroids regroupés dans un petit livre "From my Window" dédié à Elisabeth, sont sans aucun doute, les plus poétiques et boulversants de l’exposition. Ils représentent la mémoire et les souvenirs du photographe.

Cette importante exposition (plus de 300 oeuvres) est parmi les plus émouvantes que j’ai pu voir et est un parfait hommage à André Kertész rendu aujourd’hui enfin célèbre pour son extraordinaire apport au langage photographique du XXème siècle.

A voir absolument !

Jusqu’au 6 février 2011

Tous les jours sauf le lundi
Nocture le mardi jusqu’à 21h

Jeu de Paume
Place de la Concorde