Nos droits de l’homme sont absurdes. Ils se contredisent entre-eux. D’ailleurs ils sont illogiques par construction : comment peuvent-ils être absolus, alors que le droit est par nature relation ?
Il n’en a pas été toujours ainsi. A l’origine étaient les Grecs. Ils pensaient que le monde avait un ordre, modelé sur celui du cosmos. La justice c’était, lors d’un différend, rechercher cet ordre par une discussion (dialectique) entre partis concernés. Car chaque parti représente un aspect de la vérité. Un monde juste était un monde où chacun avait son dû. La justice est une répartition équitable.
Cette vision s’est heurtée à celle de la Bible. Les hommes sont égaux et il n’y a pas d’ordre cosmique. Exit la relation sociale comme chose concrète, seul compte l’individu. Puis arrivent les Lumières. Elles érigent l’homme en principe premier et veulent en déduire « scientifiquement » le droit. Les droits de l’homme modernes sont formulés par Hobbes et Locke.
Hobbes veut justifier l’absolutisme des Stuart, Locke le statut de la classe fortunée. Jusqu’à nos jours les droits de l’homme ont servi à défendre des avantages acquis. Ce qui ne s’est pas fait sans victimes.
Commentaires
Il est important de rappeler les vices d’une lecture littérale des droits de l’homme. Notamment le danger de penser que l’individu est tout et de nier la dimension sociale de l’humanité. Cependant je ne suis pas sûr que M.Villey ne trahisse pas leur esprit. Ils ne sont pas présentés comme une loi de la nature, mais comme un idéal, un désir de l’humanité.
Comme la science ils ont été manipulés. Mais l’hypocrisie de ceux qui les détournent ne peut être longtemps masquée. Elle érode progressivement leur légitimité.
D'ailleurs, la déclaration de 1948 parle de devoirs, d’ordre public, de morale, de bien-être général, pas uniquement de droits individuels.
Surtout, je crois que M.Villey pêche contre l’esprit du droit grec et romain, la dialectique. Et si nous devions construire un édifice à partir des revendications, apparemment contradictoires mais justifiées, de l’Homme et de la Société, non prendre l’un ou l’autre comme absolu ?
Compléments :
- Progression vers les Lumières. Et autre livre, plus léger, de M.Villey, sur le même sujet.