Qu'est-ce qu'un frenchie ? Un Français ? Oui, certes, mais ce mot n'est pas un simple synonyme de " Français " : c'est un cri d'amour et d'admiration.
Ne nous leurrons pas : le frenchie est un pur produit du marketing politico-idéologique qui participe à la très vaste entreprise de décérébration du peuple, au moyen d'un patriotisme aussi inoffensif en apparence que pernicieux dans la réalité. Pas question, bien sûr, de clamer haut et fort que les Français sont les plus beaux, les meilleurs en tout, qu'ils ont toujours raison et que les autres sont des peigne-culs tout juste bons à les admirer et à baver de jalousie. Non, ça c'est du chauvinisme à la papa, du chauvinisme rustique, un peu rance, complètement démodé.
Le fin du fin aujourd'hui c'est de pratiquer une xénophobie insidieuse déguisée en admiration attendrie attribuée aux autres, les " estrangers ", les nazes, les ploucs, tous ceux qui n'ont pas la chance d'être français.
Un type de chez nous ouvre une épicerie à New York. La belle affaire ! Et voilà la presse nationale qui se rengorge de plaisir telle une poule qui caquète et te toise du regard après avoir pondu majestueusement son œuf : il va de soi que tous les New Yorkais en raffolent, se précipitent ventre à terre chez lui, sont béats d'admiration et d'amour pour cet extraordinaire petit frenchie. Il n'y a que les Gaulois pour être si forts, si intelligents, si aimés !
Mais on n'est pas encore arrivé au bout de ce petit voyage dans la connerie ordinaire : le frenchie n'a même plus besoin d'être français. Il suffit qu'il ait une vague relation avec notre beau pays pour lui être annexé, à condition bien sûr qu'il puisse flatter notre indestructible vanité. Jackie Kennedy était américaine, née là-bas, elle ne parlait pas notre langue, elle n'avait même jamais foutu les pieds ici avant d'être la femme du président, mais qu'importe ! Elle est née Bouvier, ses ancêtres étaient français et ça suffit à notre bonheur : on l'adopte car elle est belle. Résultat : tous les Américains, mais aussi tous les Européens, Asiatiques, Africains etc. sont amoureux de la frenchie.
Il y a quelques années un couple de patineurs, j'ai oublié leur nom, avaient la double nationalité, franco-canadienne ou quelque chose comme ça. Ils étaient canadiens quand ils merdaient, frenchies quand ils gagnaient une médaille.
Tous les hommes sont frères mais ma sœur a intérêt à épouser un frenchie, un vrai, un né natif d'ici. Le frenchie est le dernier avatar, le déguisement le plus sophistiqué du réflexe universel d'exclusion : " nous " c'est forcément mieux. Le sentiment du " nous " induit toujours l'existence du " eux ". " Eux ", les pauvres, les malchanceux, ne sont que des " autres ", des " moins bien ", il est donc on ne peut plus normal de les traiter selon leur mérite. Leur mérite ? Quel mérite ?
Maurice Claqueboudin