La presse ivoirienne redoute que se joue "un scénario zimbabwéen"

Publié le 03 décembre 2010 par 237online @237online

Écrit par Le Monde   

Vendredi, 03 Décembre 2010 18:56

ééééé–éé–éèéé
Au lendemain d'une journée aux multiples rebondissements, la presse ivoirienne hésite, vendredi 3 décembre, entre la confiance dans les institutions judiciaires du pays – qui doivent désormais se prononcer sur la validité du scrutin du 28 novembre –, et l'inquiétude que le pays ne rebascule dans une nouvelle vague de violences. La veille, alors que le camp de l'ancien premier ministre, Alassane Ouattara, comptait ses morts après l'attaque d'un de ses locaux, le candidat d'opposition a été proclamé vainqueur de la présidentielle par la Commission électorale indépendante ; puis a vu cette annonce invalidée par le Conseil constitutionnel, saisi de plaintes du camp du président sortant, Laurent Gbagbo. Alors que le pays est toujours sous couvre-feu, les tensions s'exacerbent, d'un côté comme de l'autre.
Le Nouveau Réveil, quotidien résolument anti-Gbagbo, décrit un climat politique délétère, craignant que ne se répètent en Côte d'Ivoire les scénarios zimbabwéens et kényans de violences post-électorales. Le journal observe "le même contexte (les élections), les mêmes palabres (le refus d'accepter la victoire de l'adversaire), le même scénario : le président sortant use de toutes les méthodes pour conserver frauduleusement le pouvoir". Le journal ne se déclare guère surpris par le refus de Laurent Gbagbo de reconnaître la défaite : "Tout Ivoirien sait que l'homme, désormais obsédé par le pouvoir, a du mal à s'imaginer ex-président. Il est venu au pouvoir pour y rester, en jouir comme il l'entend, y mourir comme il l'entend." D'autres journaux d'opposition font comme si le Conseil constitutionnel n'avait pas à se prononcer sur la validité des résultats, à l'image de Nord-Sud, qui relaie un appel "à installer Ouattara" ou du Patriote, qui s'exclame, enthousiaste, en "une" : "Ouattara, enfin un homme d'Etat."

De l'autre côté de l'échiquier politique, Fraternité Matin – quotidien appartenant à l'Etat – s'inquiète des conséquences économiques des tensions politiques. "Depuis le 27 novembre, on observe un calme plat en affaires. Les commerces sont, en général, fermés. Quand ils ouvrent, prudence et peur d'éventuels pillages sont de mise. Le transport est quasi paralysé parce que les véhicules de transport communaux et intercommunaux se font rares, raconte le journal. En cette période où le commerce intérieur des fèves de cacao connaît traditionnellement son pic ascendant, c'est au contraire à la morosité qu'on assiste." Pour Frat'Mat', "le coût économique et financier de ces semaines gâchées sera sans aucun doute élevé" et pèsera sur la santé économique du pays.

SITUATION QUASI-INSURRECTIONNELLE

Le pays navigue à vue et les inconnues politiques pèsent sur la Côte d'Ivoire, analyse le quotidien burkinabé Le Pays. "Depuis le 28 novembre 2010, le rythme cardiaque des Ivoiriens s'est emballé", tandis que "le pays risque de glisser vers une situation quasi-insurrectionnelle si on n'y prend garde". La semaine à venir, qui verra le Conseil constitutionnel se prononcer sur les recours déposés par le camp Gbagbo contre l'élection de son rival, sera cruciale. Mais la décision du juge constitutionnel ne mettra pas fin aux tensions pour autant, estime Le Pays, qui s'interroge : "Cette décision en dernier recours sera-t-elle acceptée par tous ?"

De nombreux titres de la presse africaine en doutent et dressent un portrait peu amène du président sortant : "un assoiffé de pouvoir qui veut se scotcher à son fauteuil à tout prix, dût-il entraîner son pays dans le gouffre, décrit L'Observateur paalga, quotidien de Ouagadougou. On se demande si, grisé par les nombreux sondages, plus ou moins crédibles, qui le donnaient toujours gagnant, le locataire en fin de bail au palais de Cocody n'a pas présumé de ses forces en se convainquant qu'en face, c'était 'maïs'." Pour L'Observateur, "l'entêtement de [Laurent Gbagbo] risque de créer une situation d'insurrection. Et les nouvelles, ces dernières 24 heures, n'étaient pas rassurantes, notamment avec le saccage d'un siège du Front populaire ivoirien [FPI, parti de Gbagbo] et l'attaque d'un bureau du Rassemblement des républicains [RDR, parti d'Alassane Ouattara] qui aurait fait huit morts. Si on ajoute à cela les manifestations des jeunes à Bouaké, on voit que le pire est à craindre."