Pourquoi le déclin de l'Occident est une idée qui dérange?

Publié le 04 décembre 2010 par Rcoutouly

Mon article intitulé  Le déclin de l'Occident, une idée neuve, dérangeante et belle dérange effectivement. J'ai eu de nombreux commentaires, presque  tous négatif et cherchant à démonter mon analyse.  Cet article a donc pour objet de répondre aux arguments de mes détracteurs.

Rappelons et résumons la thèse défendue dans cette article : nous parlons de crise depuis 35 ans, si cela dure depuis si longtemps, il ne s'agit plutôt d'un processus lent de déclin. Ce processus s'étend à l'ensemble de l'Occident (Europe, USA) auquel il faudrait rajouter le Japon. Il ne s'agit pas forcément d'un phénomène uniquement négatif. Il s'explique à la fois par la perte de la suprématie industrielle dûe à la mondialisation et par la dépendance à des ressources de plus en plus rares. 

Il est intéressant de constater que mes détracteurs appartiennent à des familles politiques très différentes, parfois antagonistes (!), que cette variété mérite qu'on cherche à classer, à établir une typologie des familles d'idées qui s'oppose à ma thèse.

Reprenons les arguments utilisés, classons-les, analysons-les avant de répondre à mes protagonistes:

A-La famille internationaliste libérale:

Non nous ne sommes pas sur le " déclin ". Simplement dans un monde ouvert le capital s´est déplacé vers les pays émergents et ce faisant , ne l´oublions pas a tiré des millions de personnes de la misére ! Les sociétés multinationales soit " Nous" , les Américains, les Anglais, Allemands etc y font venir des gens du vieux continent. Nous payons un prix sur nos territoires mais pourquoi de pas changer de résidence pour quelques années.  ....

Dans le monde moderne global il n´est plus viable de penser á rester dans son village. Il faut avoir l´inteligence d´aller ou le vent souffle ! Nous sommes au 21 éme siécle pas au 15éme ou l´homme ne quittait pas sa terre pour pouvoir acompagner ses boeufs au labourage !

(le cercle des Echos)

Analyse: L'Internationalisme fut une valeur de gauche, elle est devenue une valeur de droite. Il est intéressant de noter, dans ce commentaire, le "Nous" inclusif des sociétés multinationales. Cette famille est constituée de gens, habituée à se déplacer dans le monde entier en avion. Appartenant souvent à des multinationales, ils confondent volontiers l'occident et les sociétés multinationales qui y sont nées et qui profitent pleinement du processus de globalisation. Ces sociétés renvoient une partie de leur bénéfice dans leur pays d'origine, mais délocalisent leur production et participent ainsi à l'appauvrissement de leur "parent" étatique.

Ma réponse à ces arguments: Cette vision ne peut être accepté que par deux catégories : 1-Les personnes ayant un certain niveau de vie,  vivant dans des quartiers aisés des agglomérations, ayant le capital nécessaire pour investir ailleurs, polyglotte, appartenant aux cercles de la Jetset ou des VIP. Ils ont alors l'illusion d'une mondialisation totale, appartenant à une société globale qui ne concernent que ce petit groupe d'occidentaux, vivant entre les capitales européennes, New York, les quartiers riches despays neufs où on investit et les archipels clôts  de plaisir que constituent quelques  quartiers de Riviera, quelques îles et cités touristiques. 2-Les damnés de la terre des pays les plus pauvres qui, revenus de tout, ne croient plus qu'à l'exil dans les pays prospères et en paix de l'Occident et sont près à tout quitter pour cela, leur pays et leur famille. Tous les autres, les classes laborieuses et les classes moyennes du monde entier inscrivent leurs décisions, leurs trajectoires de vie dans une culture, un environnement et un territoire. Désargenté mais ayant des racines et des liens humains et familiaux, ils n'ont pas les moyens d'aller vers cet idéal d'un monde naïvement global. 2-La famille taylorienne avec les "trentes glorieuses" dans la tête

Tiens, pourquoi ne faites vous pas référence aux chomeurs allemands ? peut-être parce qu'il n'y a pas de désindustrialisation en Allemagne et que le taux de chômage en allemagne baisse malgré la crise et le coût de la réunification ...

La seule explication est que le salarié allemand soit encore moins bien payé que le chinois selon votre raisonnement....

La désindustrialisation aux USA ne concerne que les industries à faible valeur ajoutée et de mains d'oeuvre, les chomeurs américains actuels  étant à attribuer à la crise économique que nous vivons depuis 2 ans et non à la désindustrialisation des USA.

Croire que notre taux de chomage structurel est dû à la désindustrialisation, voilà une démarche intellectuellement pauvre ...

(le cercle des Echos)

Le déclin américain est industriel et il est seulement cela. Dans les hautes technologies, dans le domaine de "l'information" (internet), et dans bien d'autres secteurs non industriels, il caracole en tête et accroît son avance. Le Dow Jones est largement constitué d'entreprises au pire trentenaires. 

Il y a un pays -les USA- qui trace son sillon de "progrés et de prospérité"’ et le reste de l’humanité suit ce sillon.
Il suffit qu’il éternue, pour que le reste qui est derriere lui, s’écroule...
Mais l’Occident se releve à chaque fois..

(AgoraVox)

 

Analyse: Nourri d'une vision du monde qui est celle que l'on enseignait dans les cours de géographie de la fin du XXéme siècle (c'était il y a dix ans seulement!), ces lecteurs croient encore à l'idée d'une Europe, première puissance commerciale du monde et des Etats-Unis, première puissance industrielle. Cherchant à se rassurer, ils cherchent partout des exemples et des chiffres qui prouvent que leur grille d'analyse reste la bonne.

Accroché au flux continu et dévorant d'informations bruts que déversent les médias, ils sont dans l'incapacité de mettre en relation le faisceau convergent de faits, chaque jour plus important, qui montre que la puissance américaine s'affaiblit.

Ma réponse à leurs arguments: L'exemple allemand reste un modèle qui fait référence. Mais cela tient-il vraiment à un modèle économique allemand singulièrement performant? Il faut chercher la réussite de l'Allemagne plutôt à son rôle stratégique dans le processus de globalisation industrielle et du partage du travail qu'il nécessite. En réalité, le succès allemand provient, en grande partie, de sa suprématie dans le domaine des machines-outils. Pour développer les ateliers des pays émergents, il faut des machines perfectionnés que ces pays ne savent pas fabriquer. Qui peut le faire? L'Allemagne, le pays ayant la réputation la plus forte de rigueur, de solidité et d'organisation. Le modèle allemand n'est donc pas extensible.

Certes, on me répondra que ce partage du travail vaut pour d'autres secteurs. Mais au fur et à mesure que les pays émergents vont acquérir des nouvelles technologies, ils nous enlèvent des pans nouveaux de notre tissu industriel. Ainsi, il ne reste plus (pour combien de temps?) à la France qu'une suprématie dans le domaine du luxe et de l'aéronautique, après qu'elle est perdue en 30 ans, celle qu'elle possédait, par exemple, dans les secteurs de la viticulture et de l'automobile.

Les Etats-Unis bénéficient encore de quelques effets de rentes dont la plus spectaculaire (et donc trompeuse!) est leur domination absolue dans le monde des flux de communication. Mais le matériel de haute technologie est fabriqué ailleurs

La suprématie du dollar cache la réalité d'une situation où cette monnaie sert de refuge et de mode de circulation à des capitaux issus des pays émergents et des pays pétroliers.  Elle permet de camoufler les faiblesses croissantes de l'économie réelle américaine et pousse aux menées spéculative qui nous ont mené à la crise de 2008

3-La famille de droite, atterrée par le "socialisme" à la française:

Croire que la mondialisation ne fera gagner que les pays du Sud et perdre ceux du Nord, voilà une démarche intellectuellement pauvre, manichéenne, et totalement fausse (le commerce n'a jamais appauvri personne : B. Franklin)...

Croire que la crise actuelle en France est dûe au capitalisme,  à la mondialisation, et en déduire un discours malthusien, manichéen et désespéré, voilà une démarche intellectuellement pauvre ...

Croire encore une fois, comme depuis 30 ans en France (Mitterrand, contre le chômage, on a tout essayé) que nous pourrons peut-être nous en sortir avec des remèdes de polichinelle (le développement durable, le bio, la décroissance, etc...), voilà une démarche intellectuellement pauvre (et qui nous plonge dans le chomage de masse depuis 30 ans).

Hélas, pour que la France s'en sorte il n'y a qu'une solution : libérer l'énergie créatrice et enterepreneuriale de notre population, comme le font les américains qui attirent tous les génies du monde (pour s'en rendre compte : % des prix nobels américains sur le total lors de ces 50 dernières années).  

(le cercle des Echos)

En Europe, ce ressenti du déclin est peu partagé par les scandinaves, par les irlandais ou les ibériques (au moins jusqu'à il y a peu), voire par les allemands et les européens de l'Est. Il ne reste plus beaucoup de monde à nous accompagner dans notre sort funeste. Les Italiens qui sont nous cousins, les Anglais, qui y sont habitués historiquement, les Wallons évidemment. Bref, le déclin est d'abord Français.

(le cercle des Echos)

Mon analyse: Ces lecteurs font reposer nos problèmes français sur les "rigidités" de notre société : rigidité du marché du travail, coût excessif du travail, école inefficace, services publiques coûteux, etc...

A leurs yeux, le modèle absolu reste celui des Etats-Unis mais l'exemple britannique reste fort. Pendant 20 ans, les événements semblaient leur donner raison : les pays qui libéralisaient semblaient mieux s'en sortir. Les voilà donc décontenancés car nos "maux" (dettes, pauvreté et chômage) sont maintenant partagés par tous.

Il est étrange de considérer, par exemple, l'Irlande encore comme un modèle alors que ce pays subit une crise de liquidités sans équivalent.

Ma réponse à leurs arguments:

Longtemps, on a pu considérer le chômage comme un mal français. Aujourd'hui, il est partout, aux Etats-Unis comme dans tous les pays européens. Il n'y  a donc plus de modèle anglo-saxon mais une faillite généralisée d'un système occidental où, quelque soit, le type de gouvernance, "libéral" ou "socialiste", les pays sont en difficultés. Il ne s'agit donc plus d'opposer des modèles économiques divergents mais plutôt de chercher les points communs qui "ne marchent pas" dans les deux systèmes.