Mise en abime.

Publié le 06 décembre 2010 par Alexcessif

D’un commentaire inspiré par et de quelques mots déposé sur un blog ami, d’un mail annonçant la maladie d’une amie, virtuelle ce qui n’exclut pas un fort taux de sincérité, d’une nouvelle abonnée amenant du talent dans le sexe de la vie ou du sexe dans la vie du talent ( bienvenue Gicerella) seule la mise en abime peut combler mon envie de dire à toutes à la fois. Avec ses ponts sémantiques reliant les genres, la mise en abime permet les incipits multiples, autant  d’appâts si l’on prend garde à ne pas se précipiter dans les prolégomènes d’une abyssale préface. Chacune, chacun, se fera sa religion et sa philosophie, chaque texte agissant scolastiquement pour compléter la compréhension de son voisin. Voici ce que sont devenus ces quelques mots : On y va ? Follow me ! sigame!(on peut passer par dessus l’arc en ciel ovaire the rainbow de « je reste assis […] sécher ».Pas indispensable).
"Du temps j’ai fait le tour. J’ai goutté des citrons acides et des oranges amères, pourtant je n’ai que des saveurs de miel, des odeurs de jasmins et des notes bleues dans la mémoire.  « - Enzo, ne touche pas au chien tu ne le connais pas ! » Elle est gaulée  la daronne du nain ! Je devrais me tenir à carreau. C’est pas cool pour celle qui m’attend à l’hôtel : j’étais un  Ramadés  emmuré de solitude, quand Aïda m’a  rejoint au tombeau sur l’aria des trompettes (Aïda ; Trompettes ; Verdi, ça va tout le monde est là ?) « - Enzo, Elliot. Elliot, Enzo. Voilà,  les présentations  sont faites !  Le poker menteur de la séduction peut  démarrer entre celle qui se fait remarquer et celui qu’un peu de training de la libido ne dérange pas. Deux cartes : -   c’est quoi ce numéro ? dit-elle avisant le carré de papier numéroté sur la table. -   Mon dossard pour demain. Je reste assis. Elle a bien le temps de voir que je suis un leurre aux yeux plus grands que les cannes. Il fait chaud, la petite mousse de chez Heineken est fraiche et Novembre ressemble à Mai: tee-shirt pour moi, jupe courte pour elle qui justifie les joies de l’épilation. Elle s’assoit en vis à vis, croisant haut les jambes. Je regarde ailleurs ignorant le code vêtement : « cherche papa pas trop moche pour Enzo et traverser le reste de ma nuit ». Le regard dilaté comme une chatte cherche la lumière dans ses yeux plus impudiques que  sa jupe j’entrevois de l’humide, du sphincter joyeux et de la vulve disponible. L'autre Lui prenait par surprise le pouvoir dans ses pensées et il perdait parfois la clé de son champs clos de désir et de besoin. Par la servitude de l'un et l’assuétude de l'autre, il réduisait souvent les femmes à une affaire d'entrejambe. Il connaissait pourtant l'impasse du temps et de son arithmétique impitoyable faite de centimètre et d'annèes. 
N’empêche, faut pas laisser sécher. C’est elle qui  relance de dix : -   C’est quoi un dossard ?   -   Une formalité. Ça permet de participer à la course entre Lourdes et Tarbes. -   21 kilomètres ? A pieds ? -   Non à roller. -   Pourquoi ? -   Parce que je peux encore un peu. -   Putain, mais t’as quel âge? -   56 et le souvenir des amis d’ailleurs qui n’en peuvent plus. -   Alors vous n’êtes pas d’ici ? (retour au vouvoiement. C’est mort !) -   Non, juste de passage et je me fais vieux. Je vois : Brelan de dames ! L’iris dans ses yeux se rétracte comme une chatte qui en a assez vu et l’orchidée entre ses jambes se referme sur le pistil. Me voilà recalé au casting : A elle il faut de l’indigène et pour moi elle a 10 ans de moins et vingt centimètres de mieux. Je me couche, chuis monté trop  fin avec ma paire de valets. -   De toute façon, demain il pleut !conclut-elle en se levant soudain indifférente, s’éloigne saisissant le bras d’Enzo comme une laisse. Dommage !  se dit le vieux renard, elle était assez verte et bonne pour le goujat. 
Du temps j’ai fait le tour. Contraint et pressé d’échéances, voilé d’obscurité dans ses impasses, j’aimerais cependant revivre les bonheurs d'abondantes lumières ou de pâles veilleuses, rendre grâce encore et mieux à celles qui ont calmé mes colères et m’ont donné des enfants, moi qui ne savait qu'échanger d’un troc dérisoire seulement le plaisir de l’effet mère dans ma vie de marteau-piqueur, solder mes comptes avec le temps qui se charge de choisir à ma place quand je décide de pas grandir et de garder à l'écoinçon* d'un rêve l'illusion de tous les possibles en m’excluant de tous les probables, régler son ardoise à celui qui déforme les corps, dérobe les phanères* et distribue des maladies au petit bonheur la malchance. Mais je ne suis pas de la race des sabliers et de la matière des femmes de verre. Je ne sais garder au chaud dans mes flancs les grains qui glissent entre mes doigts quand je referme mes petites mains. Des mains inaptes à défaire les noeuds gordiens. * le coin * les dents, les cheveux.
Elle lisait*. La tête calée dans ses aisselles il profitait de ses seins lourds et de la pesanteur qui lui faisait l'offrande d'une aréole à ses lèvres. Parfois le bouton rose roulait et s’affirmait entre ses dents.Une envie subite de parfum le captura. Des fleurs de cette senteur attireraient plus d’hommes chez les fleuristes et en direction de « l’origine du monde » il s’inclinât docile et se lova comme un fœtus entre ses jambes. L’une était droite, l’autre, repliée à 90°faisait un triangle charmeur dont le genou formait le sommet. Dans la tiédeur d’un petit 37.2 le matin, à l’écoinçon de l’hypoténuse se nichait un triangle de soie poivre et sel plus subtil, énoué de la pilosité drue dépeinte par l’ami Gustave, qui masquait le sommet galbé d’une fissure. Le pistil dissimulé dans la pulpe de l’alchémille fendue  était inaccessible. A joue contre cuisse et bouche contre lèvres, il respirait fredonnant « ovaire the rainbow » paisible et heureux, repentit et admiratif devant le camaïeu allant du rose vif au rouge sombre. Le pistil fit son boulot de pistil et devint  fruit*. La chair devint juteuse quand il insérât ses lèvres dans le pli charnu puis les dents élargirent le sillon, mordirent son ourlet, la pointe de la langue rendit son verdict acide et les papilles à contribution  se régalèrent à pleine bouche comme un chaton à sa toilette. Elle reposa doucement son livre. * « Calle réal » de M.J.B Madera qui ne la laissa pas de bois. *chuis pas sûr que l’alchemilla Fissa, rosacée des Pyrénées ne donnât jamais des fruits, mais bon !
Détrempé et sans soleil, pas d’arc-en-ciel sur le quai de la gare. Les potes déguisés en sportif sont déjà prêts pour la confrontation. Le transfert des participants se fait par train entre Tarbes et Lourdes. M’arrachant douloureusement  aux douceurs de la couette pour une partie de frime aux frimas humides  de Novembre, je suis en civil, mon barda sur l’épaule au milieu des hommes sandwich porteurs bénévoles de pub. Nous aurons une heure arrivés à Lourdes et deux kilomètres à pieds pour rallier la gare arrivée et le départ de l'épreuve au funiculaire du pic du Jer. Il sera bien temps de se changer et de profiter de la pluie. Dans le sas coureurs, quelques visages connus  attendent le départ: J.J de Roll’landes et son équipe de Labenne (40) nous avions fait ensemble un podium au record de l’heure sur le circuit de Mérignac, Les mecs d’Irùn rencontrés aux Vingt quatre heures du mans, Françoise du SAM qui m’invita aux quatre heures de Conforexpo. Des souvenirs qui remontent à trois ans. Les handis partiront à 9.50, les rollers à 55 et les runner à 10h. Les pédestres sont déjà partis depuis une demi-heure et à 10 kilomètres en amont. Pour faire une bonne montre c’est comme dans la vie faut des alliances. Pas de la joncaille, la montre c’est le chrono et l’alliance c’est pas la corde au cou. Comme à vélo, il faut trouver le bon groupe avec un ouvreur qui coupe le vent  et des relayeurs qui se remplacent. Contrairement à cette discipline où l’ouvreur se crame, saute et prend son tour de repos à l’arrière, le roller permet le contact : Le coupeur de vent donne le rythme et la trajectoire, les suiveurs poussent avec la main sur le Q de celui qui le précède. Une chaine homogène peut tenir une vitesse de 40km/h de moyenne ou plus suivant le terrain et la puissance du meneur. Il faut rester bien à l’abri dans l’alignement du cul de devant avec une grande confiance en ses réflexes pour les écarts dus aux surprises de la route. Si l’on fait abstraction de la vue, qui n’est pas celle d’un chalet à la montagne et si l’on ne craint pas de finir en suppositoire, c’est la façon efficiente de transformer son énergie en camaraderie et la connivence en efficacité. La pluie change la donne et mes trois mois sans roulage aussi. Je me la sens pas du tout au milieu de tous ces morts de faim chasseurs de temps dans la descente après la mairie plein pot comme des morceaux de beurre dans une poêle chaude. Alors je cède l’idée d’un chrono honorable à mon instinct de conservation puisque que, sans son complément kairos, le temps est bancal et je me tape en solo les montées dés la sortie de la ville, la grande ligne droite en faux plat montant et vent contraire vers Adé, longue, éprouvante, comme la fidélité. L’ennemi est identifié, ici la vie est plus lisible. Des difficultés, de la pluie, des nids de poule, du goudron qui gratte. Quel ennemi? la nature qui fait son boulot./ Elle n’aime pas les immobiles. Le principe d’entropie est la règle universelle, il pleut pour tout le monde. Des cuissards  bleu loin devant, ça vaut le coup de me déchirer : Je rattrape le groupe de filles des « Zénith » de Bilbao, prend un peu de repos puis relance la cadence. Elles s’accrochent derrière et se crament en deux bornes. Je me relève pour les attendre et finir ensemble. Trop lentes, épuisées je me retrouve de nouveau en solo, les cuisses en feu, le palpitant en folie, je me relève à l’entrée de Louey. Reste dix bornes. Plus rapide, plus fraiche, plus unie, une famille me dépasse … La mémoire bannie comme tous les exilés rentre au bercail et c'est maintenant. Pourtant il y a longtemps que j’avais tourné la page. ….Le père costaud, entraine la maman à l’aspi mais le lapinou est en train de lâcher l’affaire. Trouvant de l’aide et de l’utilité, je m’insère dans la cadène  pour raccrocher le maillon faible. Nous faisons un bout de chemin ensemble. Treize, puis quatorze bornes mais dans cette configuration c’est le chef de meute qui choisit la trajectoire et le mâle dominant n’évite pas les flaques d’eau….  Il me souvint que je partais parfois à l'école accompagné d'un amour de parent dans chaque main. Nous jouions à saute flaques les jours de pluie, tandis que je riais, ils m'enlevaient en tirant sur mes bras. J'ai trois ans. Je vole au dessus des lacs, elle et lui sont mes ailes. Un jour d’impasse et d’échéance, il fallut choisir :
-Tu préfères ton papa ou ta maman ? Ben, ça m’arrange pas, il me fallait un père et un re-père. J’peux pas arrêter le mouvement des planètes avec mes petits bras, mais arrêter de grandir, ça je peux ! L’enfance volée est  un bon prétexte pour faire l’adulte médiocre.
...A chaque foulée les roues gorgées d'eau perdent leur inertie, reprenant le contact avec la planète, elles sont en pauses et il faut relancer en bouffant de l’énergie comme pour  un saut en longueur sans élan. Nous n'avançons plus assez vite à mon goût et j'opte pour la désunion. Solo encore, je cherche de la compagnie vers l’avant. L'homme croit s’alléger , il ne fait que charger son fardeau. Au kilomètre 16 je ramasse un des roll’Landes qui a explosé, parti trop fort. On se relaie jusqu’à l’entrée de Tarbes lorsqu'il me fait un grand écart sur une bande blanche bien gluante. En évitant de prendre un double aller simple pour le goudron, je me rencarde sur son état et nous finirons ensemble comme deux bras cassés avec une pendule vieillie d’une heure, piteux mais solidaires. Sous la halle Mercadieu j’ai les gambettes glacées qui tremblent comme le chihuahua cocaïnomane de Desproges. La fatigue ? Non ! la trouille : Demain, y a piquouze et un mec en blanc me dira les mots des pauvres gens : « surtout ne prends pas froid, fous ta cagoul’ et mets ta stase. Merci docteur, combien je vous dois ? » Franchement, quelques euros pour un horoscope qui tient la route, elle est pas belle la vie ?
Du temps j’ai fait le tour....  ...et me voilà courant derrière moi, déjà et encore à sauter dans les flaques à pieds joints, me rouler dans la folie des herbes et le piquant des orties des jardins mal fréquentés." "Mèmoires d'un fuyard, schizophrène et plus si affinités" à Tarbes le 21/11/2010