Wikileaks révèle le double langage de Borloo sur les négociations climatiques : que fera NKM à Cancun ?

Publié le 08 décembre 2010 par Greenpeacefrance

Cancun est la première conférence mondiale sur le climat à laquelle assiste Nathalie Kosciusko-Morizet en tant que ministre de l’Écologie. Elle arrive aujourd’hui à Cancun et va avoir fort à faire pour clarifier la position de la France sur au moins trois points essentiels.

crédit : wikileaks

La France est elle pour ou contre un accord international contraignant ?

La publication par Wikileaks de télégrammes diplomatiques émis par l’ambassade américaine à Paris en début d’année met en lumière le double jeu de la France et de son ministre de l’époque, Jean-Louis Borloo, au sujet des négociations internationales sur le climat.
Dans le télégramme diplomatique (code : 10PARIS183 à consulter sur le site de wikileaks) JL Borloo confiait qu’un « accord contraignant » est illusoire et impossible…. tout en soutenant en public la position européenne !

D’un coté, la France s’est illustrée par des discours enflammés sur la nécessité d’un accord ambitieux et contraignant alors que, de l’autre, dans les couloirs, Jean-Louis Borloo défendait officieusement une approche fondée sur des engagements non contraignants, totalement inefficace, voire dangereuse.
Une telle approche, soutenue notamment par les Etats-Unis, a déjà fait la preuve de son inefficacité. Il est illusoire de croire que la somme des actions volontaires de chacun formera un tout cohérent et suffisant pour faire face à la crise climatique !

C’est précisément la question clef à l’agenda de Cancun.

Les signataires du Protocole de Kyoto vont-ils accepter une 2e période d’engagement et maintenir leurs actions dans un cadre contraignant sur la base d’un objectif commun de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre ? Ou abandonner le Protocole de Kyoto et s’engager sur une base volontaire ?

C’est la ligne rouge pour les pays en développement. Le Protocole de Kyoto est le seul cadre juridique contraignant permettant de lutter contre les changements climatiques à l’échelle globale. Sans un signal clair des signataires de leur volonté d’agir dans ce cadre, les négociations seront bloquées. Or le Japon a exprimé de fortes réticences à s’engager sur une 2e période et la position de l’Europe semble plus fragile que jamais… comme le prouvent les fuites de Wikileaks.

-20 ou -30 % de réduction des émissions européennes d’ici à 2020?

Autre enjeu de taille de la conférence de Cancun : reconnaitre et combler le fossé entre l’objectif des et les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés.

Jean-Louis Borloo défendait (en public…) le passage de l’Europe d’un objectif de - 20% à - 30% d’ici à 2020, sans conditions. Quelle est la position de la toute nouvelle ministre de l’Écologie ? Face au ministère de l’Industrie et de l’Énergie, ce dernier portefeuille lui ayant été retiré, Nathalie Kosciusko-Morizet saura-t-elle défendre cet objectif de - 30 %, qui est le minimum que l’Europe puisse faire pour retrouver une forme de leadership sur la scène des négociations internationales ?

Aller plus loin :
Lire le billet d’Audrey Garric sur le Monde.fr : Pas d’accord climatique sans petits arrangements entre amis

Voir les billets précédents sur Cancun :
Après l’amère déception de Copenhague, en route vers Cancun
Cancun ne doit pas être une impasse pour la forêt !