Kanye West, une décennie de Hip Hop (1/2)

Publié le 14 décembre 2010 par Soulbrotha

PREMIERE PARTIE : THE FRESHMAN

Nous sommes à quelques jours de la fin de cette décennie et c'est bien évidemment l'heure des bilans globaux. Je suis bien trop flemmard pour préparer une rétrospective totale de janvier 2000 à aujourd'hui (puis ce serait forcément un travail imparfait et soumis à l'humeur du moment) mais quelques tendances apparaissent comme évidentes. La consécration de Kanye West comme acteur majeur du Hip Hop de la décennie est de celles-ci.
C'est assez drôle d'assister au triomphe de My Beautiful Dark Twisted Fantasy, toute cette admiration hystérique rassemblant la bulle médiatique mondialisée (10.0 sur Pitchfork...) et même les Hip Hop heads. Pour tout dire, ce succès me semble bien trop massif pour être normal. Il me fait vaguement penser, si on peut se tenter à une analogie, à la trajectoire de Michel Houellebecq, cet autre surdoué souvent lapidé par la critique, vainqueur du Prix Goncourt 2010 avec son roman le moins réussi (ceci est mon opinion personnelle, chacun ses gouts blablabla). Car si MBDTF vaut un 10/10, que valent ses précédents opus? Ne nous leurrons pas, cet album est comme il est parce qu'il synthétise une décennie où KW s'est imposé comme la figure majeure d'une musique Hip Hop totalement sur les rotules, à court d'idées. Il s'agit ici de retracer son parcours contrasté et peut être même de le comprendre.
L'aventure de Kanye Omari West débute véritablement en 2000 avec un premier coup d'éclat, le tubesque Hip Hop des Dead Prez. Trainant avec la famille Roc-A-Fella, il produit un tiers du Blueprint de Jay-Z en 2001. Cet album et sa suite parue deux ans plus tard mettent Hova sur le toit du Hip Hop, en grande partie grâce aux tubes "Izzo" ou "Takeover". C'est comme ça que Kanye s'est fait un nom, en poussant Jay-Z vers le trône new-yorkais et mondial.
Il attendra 2004, porté par une hype grandissante (dopée par quelques bangers produits pour Hova, Alicia Keys ou Ludacris)pour sortir son premier album, "The College Dropout". Le moment où le monde découvre véritablement un mec qui se déguise en peluche sur sa cover, sensible, concentré sur des thèmes à la fois sérieux et légers. Quelques prods incroyables ("The New Workout Plan", "All Falls Down", "Jesus Walks" etc) et une liste d'invités de haut niveau (Common, Talib Kweli, Mos Def, Jay-Z, Freeway...) en feront le carton de cette année là.
Voila, Kanye est une star et, visiblement, ça lui fait pousser des ailes. Il ne lui faudra qu'un an pour composer Late Registration, un sophomore album proche de la perfection. Si Pitchfork met un 10 à "My Beautiful Dark Twisted Fantasy", celui-ci mérite un 14 tant il symbolise l'apogée du Hip Hop à la Kanye. Dans son délire toujours plus grandiloquent, le natif de Chicago déploie son riche univers musical et textuel. Sur ces 21 pistes, il parle de sa maman adorée, du trafic de pierres précieuses au Sierra-Leone ou encore des filles vénales sur des prods toujours plus variées et brillantes. Kanye tire le maximum de sa formule "samples Soul + voix pitchées", il s'offre même le luxe de convier des artistes comme Adam Levine (Maroon 5) ou Jon Brion (compositeur des OST de "Magnolia" ou de Eternal Sunshine Of The Spotless Mind). En passant, il lance dans le grand bain son poulain Lupe Fiasco sur l'imparable "Touch The Sky" avec le succès que l'on connait.
Le Hip Hop est donc sous la coupe de ce mec totalement décalé (ah, oui, en passant, il en profite cette année là pour produire Be, le plus grand carton de Common à ce jour), inventant chaque jour de nouveaux codes, au niveau de son style vestimentaire, de son attitude et, simplement, de sa musique. Une sorte de Willy Wonka rapologique. Malheureusement, dans un monde aussi versatile que le Hip Hop Game, ces choses ne sont pas faites pour durer...
A SUIVRE...
* La playlist Kanye West (morceaux d'albums, featurings, productions...) sur Spotify