Le cul en l'air

Publié le 20 décembre 2010 par Jujusete

Désolée pour le titre mais oui, j’étais obligée, ça fait plus d’un an que j’essaie de le placer. Pour tout ceux qui sont nés à la fin des 70’s ou au début des 80’s, ça évoque la parodie de Supercopter qui pourrait finalement bien coller à l’Egypte.

Je réponds donc ici à ce billet de Rimbus qui peut mourir virtuellement tranquille puisqu’il sera difficile pour lui de faire mieux que ce billet sur la police de la pensée. Je réponds aussi à ses quelques commentaires que j’ai pu lire dans la volière (t’ain le coup de pub multilink !).


Prier dans la rue, ce n’est pas faire du prosélytisme, c’est juste prier, au même titre que se balader en chantant je ne sais pas quoi dans la rue le dimanche des rameaux avec une branche d’hibiscus à la main parce qu’on n’a rien trouvé d’autre. C’st juste prier, c’est juste avoir sa foi. Perso, je suis athée, chose qu’ils ont encore du mal à comprendre en Egypte, mais je me marre bien en voyant la tête des chauffeurs de taxi qui me disent que j’irai brûler en enfer : « dans ma conception du monde, l’enfer n’existe pas, champion ! » Faut voir comment je les scotche à chaque fois.

Idem pour ceux qui me parlent de Tariq R. qu’il faut que j’aille à tout prix écouter sur Youtube et bla bla, pendant que je me tape un sandwitch au taramrya dans un street food. A chaque nationalité son penseur. Si je me trouve avec un couchsurfeur américain, on va lui parler de je ne sais quel penseur de l’Islam anglophone, etc… C’est assez hallucinant la capacité à faire du prosélytisme qu’ont les Egyptiens.

Culturellement, c’est intéressant. Même si je n’adhère pas, j’ai appris plein de trucs en allant voir des vidéos, en lisant des textes… faut dire que le « trouvez les infidèles, convertissez les ou donnez leur la mort » ça fait flipper, quand même… mais finalement beaucoup moins que les cathos intégristes qui manifestent aux USA contre le fait que des gamines aient le droit d’avorter.

La religions, les religions devrais-je dire, ne devraient avoir aucun rapport avec la société selon moi. C’est entre le/les dieu(x) et les particuliers. Du moins, dans ma conception du monde. Ici, en Egypte, c’est différent : Il FAUT monter sa religion qu’il s’agisse d’une petite croix tatouée sur le poignet, d’une marque de prière sur le front ou d’un voile, on est quasi obligé d’avoir une religion et de le montrer. CA, c’est du prosélytisme.

Ca n’existe pas en Syrien ni au Liban, d’ailleurs. Je me souviens quand je suis arrivée à Damas, je me disais « il manque un truc. z’ont des têtes bizarres, les gens… » j’ai mis plusieurs jours à me rendre compte qu’il s’agissait de la marque de prière.

Qu’après, certains s’en servent au niveau politique. Oui, t’as Marine, mais c’est Blanche Neige à côté des Frères. Il n’y à qu’à voir les films des années 1950-60-70 qui ont fait la gloire de l’Egypte dans tout le Moyen-Orient avec des nénettes en minijupes, des amoureux qui se bisoutent, des danseuses… Aujourd’hui des avocats se battent pour que des scènes trop « osées » de bouquin Les Mille et une nuits soient supprimées et avoir une édition light. On parle des Mille et une nuit, (tu sais le truc que t’as raconté 50 fois à tes gosses) pas du journal de Katsuni, hein… CA, encore une fois, c’est du prosélytisme.

Le petit père Rimbus me disait que c’était de la pire provocation de prier dans la rue, me demandant sur twitter comment cela se passe ici vu qu’il y a plus de mosquées. Et bien on pris dans les rues aussi ! Et ce ne sont ni les mosquées ni les croyants qui manquent ! Il y a des salles de prière à moitié vides et des gens qui prient dans la rue juste à côté… il faut rappeler que la part du public non musulman en Egypte est rikiki, on n’a pas besoin de convertir du monde. Il s’agit juste là de prier entre amis, membres de la même famille.

Il y a aussi des salles de prière dans tous les lieux publics et même des tapis dans les stations de métro pour que les gens aient la possibilité de prier même s’ils ne sont pas à côté d’une mosquée. A l’université du Caire, dans la fac de journalisme, il y a une salle de prière à chaque étage. Une pour les garçons, une pour les filles, une pour les garçons, une pour les filles… encore une fois. Il s’agit là de prière, pas de prosélytisme.

Perso, je m’en fiche un peu que les gens m’étalent leur foi à la face, j’ai même trouvé super drôle d’avoir des moutons dans mon jardin ou de me faire offrir des verres dans le microbus et des dates à l’heure où on rompt le jeun. Ce qui m’emmerde, par contre, c’est que les religions, peu importe lesquelles, s’invitent dans le débat politique.

La religion concerne l’intime, le privé, l’un. La politique concerne la vie en communauté, la manière d’avancer (ou de régresser quand on voit la France). La politique ne concerne pas une partie des gens.

Alors au lieu de se laisser embarquer et de suivre une belle blonde, mon petit Rimbus, je sais que tu n’es qu’un homme… fais tourner un peu l’usine à gratter et refais nous des bons billets comme tu sais les faire… en faisant attention aux mots.

« Les mots justes, je veux des mots justes. »
Celui qui trouve le film dont est tirée cette citation
gagne un papyrus pour de vrai
envoyé jusque dans sa boite aux lettres.