La Lesbienne invisible

Par Gjouin @GilbertJouin

Les Feux de la Rampe
2, rue Saulnier
75009 Paris
Tel : 01 42 46 26 19
Métro : Cadet / Grands Boulevards
Ecrit et interprété par Océanorosemarie
Mis en scène par Murielle Magellan
Ma note : 7,5/10

Présentation
: La Lesbienne invisible, c’est le parcours initiatique et humoristique d’une jeune lesbienne dont personne ne croit à l’homosexualité ; à contre-courant des clichés habituels, elle aime les femmes mais aussi le rouge à lèvres et les robes à fleurs.
Du club de foot féminin aux boîtes ultra-branchées parisiennes, de L World à l’inévitable coming-out parental, Océanorosemarie dresse lles portraits de celles et ceux qui croisent sa routes, hétéros et homos confondus, et raconte sa « lesbiennitude » de façon joyeuse et décomplexée.
La Lesbienne invisible nous parle de relations amoureuses, mais aussi de sujets de société, de choix personnels, de situations ubuesques ; et au terme de ce spectacle, vous aurez enfin toutes les réponses aux questions profondes ou frivoles que les hétérosexuel(le)s se posent sur les lesbiennes…
Mon avis : Je le dis tout net : voici un one-woman show remarquablement troussé… J’ai découvert aux Feux de la Rampe une comédienne très ardente, un peu allumée, qui bouge et ondule comme une flamme, et qui se consume pour que SA vérité soit admise et acceptée. Dans une salle emplie à 90% de jeunes femmes, dont beaucoup en couples, je craignais de faire un peu tache avec ma barbe et ma calvitie. Mais que nenni. Il flottait dans la salle une atmosphère douce, joyeuse et, n’ayons pas peur des gros mots, œcuménique. Bref, je me sentais bien.
Océanerosemarie a construit son spectacle comme un livre ; avec un préambule puis une succession de chapitres abordant différents thèmes et situations. Son premier sketch est très habile car il synthétise en quelque sorte tout ce qui va suivre. Une maman psy essaie d’aider son adolescente de fille de 15 ans à envisager une première expérience amoureuse avec son copain Thomas. Or, au fur et à mesure de la conversation, au fil des informations que lui livre la gamine, ses codes se brouillent peu à peu. Charge à elle de décrypter les signaux…
Le ton est donné. On dit les choses, mais on s’ingénie à rester dans le flou. Car tout le problème est là : Oceanerosemarie se réclame lesbienne, mais elle souffre d’un terrible handicap, elle n’en a pas l’air. Du moins d’après les clichés largement répandus dans l’hétérosphère. Alors, à la fois pour s’expliquer et nous convaincre, elle va se livrer à un véritable cours sentimentalo-technique sur son long chemin de croix vers la Vérité. Une vérité qu’elle assume et que les autres refusent le plus souvent d’admettre. Intelligemment, la jeune femme nous propose une véritable étude ethnologique sur les milieux homos et hétéros, en en classifiant les individus selon différentes types bien caractéristiques.
Avec son allure qui nous fait parfois penser à Isabelle Huppert, Océanerosemarie est très agréable à regarder. Et encore plus lorsqu’elle sourit ! Il se dégage de sa personne énormément de charme et de sensualité. Elle le sait mais, à grand coups d’auto-dérision, elle s’efforce de l’atténuer en prenant de temps à autre des postures un peu caricaturales, des attitudes théâtrales… Du coup, elle nous trouble encore plus sur son propre trouble. Elle pourrait aisément nous émouvoir en nous contant par le menu ses efforts pathétiques pour se faire admettre par la diaspora de son cœur. Elle a beau en faire des tonnes, y compris à s’inscrire au club de foot féminin de Rosny-sous-Bois et en adoptant la panoplie et la cosmétologie idoines, mais rien n’y fait, on ne veut pas la croire. Mais, pour notre plus grand plaisir, elle tourne tout en dérision. Son désarroi, son impuissance, elle les laisse en filigranes pour mieux nous amuser avec son analyse savoureuse et truculente de ses tribulations. De toute façon, tout le monde en prend pour son grade. Elle n’épargne personne, et surtout elle ne se fait pas de cadeau à elle-même. Elle s’en tape complètement de commettre un crime de lesbienne majesté.
Océanerosemarie est une excellente comédienne doublée d’une remarquable caricaturiste. Tour à tour tendre, ironique ou féroce, elle campe une galerie de personnages si bien dessinés qu’on les matérialise sans aucune difficulté tant physiquement que psychologiquement. Certaines des personnes troquées sont réellement attachantes. Et, le plus souvent, ce sont des hommes comme « Papa Ours » ou « L’Homme-Tintin ». Terriblement féminine, n’hésitant pas à prendre des poses provocantes, elle est toujours en mouvement (elle danse admirablement bien) et ne ménage jamais sa peine. Son spectacle, d’une haute tenue générale, contient quelques passages un peu plus pittoresques ou accomplis : sa version « gouinasse » de la Harley-Davidson de Brigitte Bardot, la chorégraphie d’Aurore la danseuse bi, l’hétéro allumeuse, son mime d’un film porno uniquement avec les doigts, sa parodie de Mylène Farmer, la delphinophile… Il ne faut pas oublier que, dans une autre vie, sous le nom d’Oshen, elle est aussi chanteuse. Et une bonne chanteuse (j’avais beaucoup apprécié son dernier album). Si bien que c’est très agréable quand son histoire l’amène à pousser la chansonnette…
Voilà ! Tout ça pour vous dire que j’ai passé une bonne soirée en compagnie d’Océanerosemarie. En dépit du thème abordé, ce n’est jamais vulgaire, jamais équivoque. C’est un spectacle très sain qui, sous le couvert du rire, laisse poindre un soupçon de souffrance. Pas facile d’être « invisible ». Quoi que… Et si elle s’amusait à nous mener par le bout du nez. Car finalement, avec une dose de sadisme raffiné elle efface brusquement tout ce qu’elle venait d’écrire au tableau noir de sa « lesbiennitude » pour laisser planer un doute… Il n’y a qu’une chose à faire : vous rendre aux feux de la Rampe et juger sur pièce.
Lesbien défendue ???