Chant d'une bouilloire

Publié le 24 décembre 2010 par Brunetisa

En ce 24 décembre, je vous propose un extrait du conte de Noël de Charles Dickens "Le grillon du foyer".

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"Or, ce fut en ce moment, remarquez bien, que la bouilloire commença la soirée. Ce fut en ce moment que la bouilloire, devenant tendre et musicale commença à sentir dans sa gorge ses glouglous irrésistibles et à se permettre de courts ronflements qu'elle arrêtait dès la première note comme si elle n'était pas encore bien sûre qu'ils fussent de bonne compagnie. Ce fut en ce moment qu'après avoir fait deux ou trois tentatives vaines pour étouffer ses sentiments expansifs, elle secoua toute humeur chagrine toute réserve et laissa échapper tout à coup un ruisseau de notes si gaies si joyeuses que jamais rossignol stupide n'en a conçu la moindre idée. Et si simples aussi vous auriez pu, Dieu merci, comprendre ce chant comme un livre, mieux peut-être que certains livres que vous et moi pourrions nommer. Avec sa chaude haleine s'exhalant en un léger nuage qui montait gracieux et coquet à une hauteur de quelques pieds, puis demeurait suspendu vers l'angle de la cheminée, comme dans son ciel domestique, la bouilloire se mit à poursuivre sa chanson tant de verve et d'énergie, que son corps de fer en bourdonnait et se trémoussait de plaisir sur le feu ; et le cou­vercle lui-même, le couvercle rebelle naguère (tant est grande l'influence du bon exemple), exécuta une sorte de gigue et fit un bruit semblable à celui d'une jeune cymbale sourde et muette qui n'a jamais connu le contact de sa sœur jumelle.

Que ce chant de la bouilloire fût un chant d'invitation et de bienvenue adressé à quelqu'un du dehors, à quelqu'un qui se dirigeait en ce moment vers le bon petit intérieur domestique et le feu pétillant, il n'y a là-dessus aucun doute. Mme Peery­bingle le savait parfaitement, tandis qu'elle rêvait assise devant le foyer.  « Il fait nuit noire, chantait la bouilloire, et les feuilles mortes jonchent le chemin ; au-dessus, tout est brouillard et ténèbres ; au-dessous, tout n'est que fange et boue ; dans l'atmosphère triste et sombre il n'y a qu'un point où puisse se reposer le regard ; encore n'est-ce qu'une lueur d'un rouge foncé et sinistre à l'endroit où règnent le soleil et le vent. Ce n'est qu'un feu rouge dont sont flétris les nuages pour les punir de faire un pareil temps. La vaste campagne, dans toute son étendue, n'est qu'une longue bande noirâtre à l'aspect lugubre. Les frimas couvrent le poteau indicateur. Il y a du verglas sur le sentier ; l'eau n'est pas encore devenue glace, et pourtant elle n'est déjà plus libre ; rien n'a gardé sa forme naturelle ; mais le voilà qui vient, qui vient, qui vient !... »

Joyeux Noël à tous