La dictature des sondages

Publié le 17 janvier 2011 par Alex75

 

Selon le résultat d’un sondage consacré à son image publié dans Le Monde, l’eurodéputée Eva Joly, l’ancienne juge d’instructions de l’affaire Elf, serait considérée comme la candidate potentielle à la présidentielle de 2012, la plus crédible. 65 % des personnes interrogées estiment qu’elle ait une candidate sincère, arrivant d’ailleurs loin devant tous les autres. Ce qui m’amène à me pencher sur cette dictature des sondages, devenus des armes de guerre politiques, utilisés pour promouvoir une candidature. Ils sont ainsi devenus des sortes de juges suprêmes, dans le vide absolu du monde politique contemporain. Ce n’est d’ailleurs pas tant ce sondage derrière cette candidature d’Eva Joly, qui est ici intéressant, mais plutôt son caractère symptomatique. 

Naguère dans le fonctionnement démocratique républicain, c’étaient plutôt les partis - avec les militants derrière -, qui choisissaient les candidats représentant le mieux l’idéologie de leur mouvement. Ce fut ainsi le cas de Mitterrand en 81 contre Rocard ou encore celui de Chirac au RPR. Aujourd’hui, au moment même où on fait de plus en plus voter les militants, « ceux-ci ont des comportements de parieurs de courses de chevaux, misant sur le gagnant », comme ce fut le cas pour Ségolène Royal en 2006. C’est d’ailleurs pour cette raison que ce sondage est si important, pour Eva Joly ou pour d’autres candidats potentiels. Il conjure le reste pour l’instant, les risques de déstabilisations liées aux piètres prestations publiques, l’absence de réel programme, sans oublier que « les résultats de ce sondage ne règlent rien », comme le décriait le journaliste Eric Zemmour justement, empêtré à l’heure actuelle dans les démêlés judiciaires. L’ancienne juge d’instruction est certes considérée comme honnête, sincère, compétente, efficace, inspirant confiance… Mais personne n’en doutait sérieusement. Ce n’est d’ailleurs pas le fonds du débat, car cela ne signifie nullement qu’elle puisse prétendre à la magistrature suprême pour autant, qu’elle ait des solutions sur le chômage, l’insécurité, la crise monétaire, ou la désindustrialisation. 

Elle serait la personnalité écologique la plus à même de répondre à la crise économique et financière. Mais est-ce réellement cela que l’on attend d’une candidature écologiste ? D’ailleurs de circonstance, certains en tenant rigueur à Eva Joly, au sein des verts. « Elle n’est même pas environnementaliste, comme disent les apparatchiks verts disent avec mépris, de ceux qui ne s’occupent pas des sans papiers ou du mariage homosexuel », pour citer M. Zemmour. « Mais elle est le produit d’un casting intelligent, apparemment validé par les sondages ». Elle appellera par ailleurs, à voter au second tour, pour le candidat socialiste. Ce qui n’était pas si évident dans son positionnement de départ. Il est vrai que ses rapports avec les socialistes n’ont pas toujours été au beau fixe, sa boutade sur Strauss-Kahn qu’elle avait mise en examen, ayant fortement déplue rue de Solférino. Elle était d’ailleurs plutôt séduite par François Bayrou, avant de tomber par défaut, dans les bras de Cohn-Bendit. D’autant plus, que l’alliance de programme entre les socialistes et les verts, peut paraître fragile. « Reste pour les unir, une sorte de mondialisme naïf », une philosophie plutôt antinationale, affichée et assumée « chez Cohn-Bendit et la plupart des verts, mieux dissimulée chez la plupart des socialistes ». 

Il est vrai, cette candidature d'Eva Joly, avec son accent charmant ou horripilant selon les moments, “incarne de manière subliminale ce dépassement des nations“. Mais sans même qu'elle et les verts ne s'avisent même que leur internationalisme si sympathique ne fasse de fait, le lit de toutes les tractations post-électorales et celui du Front national. Dans tous ces débats, on cherche encore, quel est le positionnement d’Eva Joly, sa philosophie. Une campagne présidentielle est une épreuve « féroce », et une bonne image ne suffit pas.

   J. D.