"Rubicon" : le charme discret des agents secrets paperassiers

Par Vierasouto


28 - 01
2011
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  Pitch.
Après les attentats du 11 septembre à New York, un analyste d'une agence de renseignements gouvernementale, masquée dans un institut de recherche, soupçonne une conspiration à grande échelle dans les lieux-même où il travaille.

La série à une seule saison, "Rubicon", qui n'aura jamais de saison ultérieure, faute que les producteurs l'aient renouvelée, vient de démarrer sur OCS, et il faut alors regarder ces 13 épisodes comme une mini-série. L'ambiance, le ton, sont uniques, le héros, Will Travers, désenchanté, désespéré par la mort de sa femme et sa fille dans les tours du 11 septembre, promène son cartable en bandoulière et son regard perdu dans les locaux de l'institut géo-politique, couvrant une agence de renseignements (l'American Policy Intitute/API),
un repaire d'agents secrets discrets noyés dans la paperasserie administrative. On y distribue des piles de dossiers ficelés comme des armes et leurs cartouches, des analystes surdoués épluchent des kilos de documents, y décodent des messages, des signes, afin de débusquer des attentats, des guerres, des menaces sur le monde. Sauf que même à l'intérieur de l'institut, la hiérarchie est ambigue, tout le monde soupçonne tout le monde, l'institut de recherche géopolitique étant la façade d'une agence de renseignements type CIA où seuls certains des employés dans la hiérarchie sont au courant des véritables missions de l'agence.

James Badge Dale (Will) dans "Rubicon", photo OCS
Dans cette ambiance de parano et de complot, Will, désabusé, malheureux, taraudé par l'envie de tout plaquer, brille comme une étoile froide, le cerveau en ébullition à des millions de kms de la réalité, un personnage séduisant, attachant, presque sexy tant il ne cherche pas à l'être, survivant élégant, look british, regard noyé dans ses pensées, immergé dans l'étude de ses dossiers. Une musique hypnotique discrète, en sourdine,  des images grisâtres, ternes (
une image faisant référence à certains thrillers politiques des années 70), des univers confinés, bureaux, halls d'hôtel, caféteria d'entreprise, immeubles à New York, des rituels immuables, la série montre les aventures immobiles, presque intérieures, d'une agence d'espions sur dossiers, ce qui fait l'originalité du projet mais explique sans doute qu'on ait interrompu la série. Il y a un ton, une ambiance, un rythme dans "Rubicon", à la fois fascinant et narcotique, entraînant le spectateur dans un univers administratif pas comme les autres, languissant, parano, déprimé.
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On se souvient que la saison 1 de "Mad men" (la meilleure, à mon avis) avait un rythme très lent et donnait la priorité à l'atmosphère, unité de lieu (l'agence de pub), ce qui a été corrigé dans les saisons suivantes en y ajoutant de l'action, en zappant d'un lieu à l'autre, en ajoutant des histoires périphériques, ce qui a peut-être distrait certains spectateurs férus d'action toujours, mais ôté une partie du ton si particulier de la saison 1. Ici, c'est pareil, cette saison 1 de "Rubicon" qui demeurera unique, a une atmosphère lymphatique, vénéneuse, émolliente, à l'image de ce qui se passe (et ne se passe pas) à l'écran, dans laquelle il est tentant de s'enliser... Et quel charme a James Badge Dale (Will), inconsolable qu'on voudrait tant consoler...
Episode 1 (Pilote).
Un homme se suicide dans un château, il vient de lire un journal où est posé un trèfle à quatre feuilles. Plus loin, Will arrive à l'institut géopolitique, une collègue demande de l'aide pour une définition de mots croisés qui renvoie à un trèfle à quatre feuille. Chemin faisant, toutes les grilles de mots croisés des journaux convergent, il en réfère à son chef, David, qui est aussi son beau-père. Après avoir donné à Will un livre sur les voyages et les clés de sa moto pour son anniversaire avec un mot lui conseillant de prendre le large, le lendemain, David est tué dans l'attentat de son train de banlieue, on conclue à un accident. Will, malgré ses réticences, accepte de remplacer David à son poste...

photo OCS
Diffusion : "Rubicon", réalisé par Jason Horwitch ;
sur Orange CinéMax à partir du mardi 25 janvier 2011, 13 épisodes.


Mots-clés : CinéTV, Série, Orange, Rubicon