Toute enfance abandonnée peut-elle être sublimée ?

Publié le 31 janvier 2011 par Lommedesweppes
Bonsoir,
vous connaissez peut-être l'écrivain Jean genet (1910-1986), mais savez-vous qu'il fut un enfant abandonné et qu'il fut élevé par l'Assistance publique ? Il est le fils d'une mère célibataire, qui ne travaillait pas plus pour gagner plus, mais qui travaillait dur pour gagner peu, très peu, voire même trop peu. C'était en 1911. Il y a tout juste 100 ans, à la "Belle époque". Elle gagnait alors tellement peu qu'elle dut se résigner à laisser son fils à l'Assistance publique. Elle s'appelait Camille Genet, et c'est ce qu'elle esplique au directeur de cette institution, dans une lettre datée du 28 mars 1911, et conservée aux Archives de Paris :
"Monsieur,
je suis obligée de prendre une bien pénible détermination. Malgré mon travail et toute ma bonne volonté, il m'est absolument impossible d'arriver à payer les mois de nourrice et les divers frais pour mon enfant. Je suis seule, absolument seule. j'avais un ami qui m'a laissée seule et n'étant pas le père de mon enfant, je ne peux rien lui demander. Il me reste en poche trois francs et quelques sous. Je ne puis même pas aller voir mon bébé qui est à Santeuil chez Mme Roger Seine et Oise. Je suis obligée de vous l'abandonner, malgré tout mon chagrin et les sacrifices imposés jusqu'ici. Veuillez avoir la bonté de l'envoyer chercher ou de le faire amener par la nourrice. je ne puis pas y aller moi-même et puis à vrai dire je n'en aurais pas le courage et puis l'argent me manque. Pardonnez-moi, Monsieur, mais je ne puis le garder.  Je n'ai même pas un logement à moi, pas d'argent, un travail si peu payé que j'ai grand-peine à vivre et Dieu sait comment. Il sera certainement plus heureux, le pauvre petit, et j'espère que plus tard il pardonnera à sa pauvre maman.
C. Genet"
Jean Genet n'aura connaissance de l'existence de son dossier qu'au soir de sa vie et aura ces mots : "trop tard".
Pour combien d'enfants et de parents est-il encore trop tard aujourd'hui ? Qu'avaons-nous à proposer pour que la situation évolue, pour que de telles lettres déchirantes n'aient plus à être pensées ni écrites ?"