Le même ou le même avec plus

Par Oliviernda
Distrait et incapable de me concentrer, je pense à ce dicton populaire et plus j’y pense plus je suis frappé par sa stupidité et sa nocivité par rapport à la vérité de notre condition. Quand je réalise que j’ai moi aussi longtemps pensé et dit: « l’on ne peut changer, les gens ne changent pas … » ou simplement « les chiens ne changent pas leur façons de s’assoir donc…» je comprends l’impact négatif de ce point de vue. Bien que chacun d’entre nous naissent avec d’unique trait de caractère, nous n’en sommes pas pour autant prisonnier ou esclave. Nous pouvons changer et nous devons tous croire en la capacité de l’autre à se métamorphoser. Décider de croire que nous ne pouvons pas changer nous encourage subtilement à accepter et demeurer esclaves de nos faiblesses.

Combien de personnes avec différents degrés d’addiction en tous genres déclarent qu’ils ne peuvent corriger leurs habitudes? Il leur est plus facile de demeurer attachés à leurs comportements nocifs en plaçant la responsabilité de leurs actes sur des forces extérieures telles que de quelconques prédispositions génétiques ou autres héritages, ou souvent même sur leur soi-disant personnalité plus sujette a des dépendances que d’autre.


En Côte d’Ivoire la corruption est transformée en problème de société dont le gouvernement est le seul et unique responsable. Personne ne remet en cause sa propre attitude et tous accusent « le système », justifiant leur choix en se répétant que tous le monde le fait donc… Non ! On peut changer, mais il faut le vouloir.
Dire que l’on ne peut changer revient à dire que l’on ne peut s’instruire. Quand nous apprenons quelque chose de nouveau, cette nouvelle connaissance nous transforme fondamentalement. Chaque information ajoutée à notre « base de donnée» personnelle vient créer des ressources d’informations additionnelles sur lesquelles nous pourront nous appuyer lors de futures interactions avec le monde qui nous entoure.
Nous faisons face aux mêmes tentations alimentées par nos habitudes qui, avec le temps, sont devenues des réflexes, des traits de caractère. Mais en apprenant et donc en changeant nous sommes à même de construire un fond d'expériences qui nous indique que la récompense finale est bien plus importante que l’échec du perpétuel recommencement.
D’une certaine façon nous changeons perpétuellement en restant les même. Je m’explique. Quand je compare ma personne à celle d’il y a quelques années, j'observe que je suis le même mais avec plus. Je suis le même dans ma façon de penser et d’analyser les informations mais l'expérience a changé ma manière d’interpréter le résultat des informations produites par mon cerveau. Le désir de changer et les efforts journaliers (lecture, rejet du négativisme, optimisme, refus de juger l’autre) consentis à la réalisation de ce désir ajoutent de la matière à nos caractères. Nous devrions envisager les années qui passent, « le vieillissement » avec optimisme, comme un phénomène d’accumulation d’expériences plutôt que d’en redouter les conséquences. Ne pas croire au changement, et à fortiori de soi-même et d’autrui, est dommageable et ôte toute possibilité de rédemption. Il y a quelque chose de profond et transcendant dans le rachat, cela étant une décision qui, même difficile à réaliser, transforme profondément le sujet de l’intérieur. L'homme qui est éprouvé, au plus bas de l'échelle, et qui réussi à dompter ses démons personnels développe une reconnaissance, une empathie, une humilité qui très souvent manque à des personnes n’ayant jamais fait d’effort de permutation.
Dans une société censée être établie sur la doctrine de la rémission, il est remarquable de réaliser l’enthousiasme que nous avons tous à identifier les autres personnes uniquement à travers le prisme de leurs erreurs, en leur collant une étiquette, persuadé que nous sommes de leur incapacité à changer. Les circonstances et les difficultés de la vie très souvent poussent même des gens très bien à faire des choses regrettables. Considérer que ces personnes ne peuvent se racheter et changer est hypocrite ! Si pour chacun d’entre nous l’on ne voit et ne retient que nos erreurs je ne donne pas cher de notre réputation.
Tout le monde peut changer et les gens changent.
Aucune de nos ordonnances ne doit être liée à notre passé mais elles doivent être des décisions fraîches qui correspondent à notre situation actuelle et à notre désir de changer. Même si nous ne contrôlons pas grand chose de nos vies, nous contrôlons nos propres pensées et comportements. Si l’on ne peut rien améliorer, nous pouvons au moins nous améliorer nous-mêmes.
Par Olivier N’da