Publié le 23 janvier 2008 par Caramelito

Pourquoi dit-on parfois à l'ancienne "avoir la scoumoune", s'agissant d'avoir sacrément la guigne, la poisse, la débine? Ecoutons plutôt!

audio mp3 1'39 minute

Une production de l'Atelier de Création Grand-Est de Radio France. Texte, voix, réal.: Serge Fournel. Coach: Max Chari.

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Ce type, je ne sais pas ce qu’il a, mais tout ce qu’il touche se transforme en...comment dire, pas en or, justement, c’est tout le contraire. Chaque fois qu’il est sur un coup, invariablement, ça foire. Il fout la poisse à tout le monde, il vous colle, comme on dit, la scoumoune !
Mais qu’est-ce que ça ? A part un bon film ! La scoumoune. cette malchance, cette débine, cette guigne, cette déveine, ce manque de bol. Avec cette fin en moune, the moon, ça pourrait nous venir du british, une sorte de mauvaise lune maléfique ! Mais qui nous la s’coue ? Ou bien, c’est un truc mou.
Mais oui, c’est ça ! La scoumoune, dans le port, à Marseille, autrefois, c’était un genre de poulpe, que si on vous le collait dans la main, forcément, ça vous faisait la main poisseuse !
Eh bien non, lâchez-moi ce calmar, et suivez-moi !
C’est dans un livre intitulé « Trésors des racines pataouètes », de Roland Bacri, qu’on découvre que la scoumoune est née chez les français d’Alger, du côté de Bab-el-Oued, vers 1920. On a identifié la scoumoune du côté de la Corse : le scomum vient de l’italien scomunica, venu lui-même du latin excomunicatio. C’est une malédiction, une malchance. Comment porte-t-on la scoumoune ? De préférence en pointant le sol de l’index et de l’auriculaire, les autres doigts étant fermés, et en souhaitant le pire à la personne en cause. C’est la mano cornuta italienne, la main cornue qui jette le mauvais sort. En métropole, c’est dans l’argot du milieu corse et marseillais qu’il débarque, dans les années 50. José Giovanni l’évoque dans son roman « L’excommunié » en 1958, l’histoire d’un truand de Marseille qui a des soucis avec un caïd de la pègre. Deux films en sont tirés: « Un nommé la Rocca », puis « La Scoumoune », que Giovanni réalise lui-même, avec Belmondo, et cette musique de François de Roubaix, que vous avez sûrement reconnue...
Or donc... la scoumoune ou chkoumoune est née chez les français d’Algérie. Pierrot Perret nous offre une belle citation pour expliquer le mot dans son Dico personnel en 1982 : « Dany la Scoumoune, qui portait bien son nom, s’était fait décoller le cigare une semaine avant l’abolition de la peine de mort ». Ca, c’est pas de chance !
Voila ! En un mot comme en cent, c’est ça !