La Sera en interview et chronique

Publié le 12 février 2011 par Hartzine

Chaque année, c’est pareil. Les diverses cures vitaminées et autres traitements de renforcement du système immunitaire qui existent sur le marché n’y feront rien : la grippe me rend hors service et complique la moindre de mes tâches élémentaires pendant des jours entiers. C’est malheureusement aussi à ce moment‑là que vous arrive un contrat que vous ne pouvez refuser, que vous déménagez votre ami le plus proche qui quitte sa femme, que votre fille fait des cauchemars et que vous devez conduire votre mère à l’aéroport en fin de nuit. C’est aussi en cette période peu tranquille qu’a lieu mon entretien avec Katy Goodman, tiers de Vivian Girls, venue défendre son projet personnel La Sera, un jour après Londres et 15 jours avant Paris, au Charlatan de Gand, dans la partie flamande et hyperactive de mon pays d’adoption. Me voilà donc, le nez phosphorescent et les yeux vitreux, attablé en compagnie de la rouquine Katy, effrayée de me voir consommer une boîte de kleenex jusqu’à épuisement.

Interview

Salut Katy, tu as fait bon voyage ?

Hello ! Oui, pas mal. On vient d’arriver.

Comment s’est passé ton concert d’hier soir à Londres ?

C’était super, on s’est bien amusé !

C’est facile pour toi de quitter ta famille et tes amis pour tourner ? Ca te plaît ?

Oui, ça me plait beaucoup. Je ne dirais pas que c’est facile de quitter mes proches mais, comme j’aime voyager, j’arrive à profiter de la tournée.

Ton projet, c’est « La Sera » ? Ca vient du mot italien « le soir »?

Oui oui, c’est ça…

Comment la musique est-elle rentrée dans ta vie ?

Je n’ai pas vraiment de souvenirs liés à l’enfance mais quand j’étais ado, mes copains formaient des groupes auxquels j’ai pu participer avant de vraiment avoir un projet plus personnel un peu plus tard…

Tu consacres ta vie entièrement à la musique?

Oui, je n’ai pas d’autre occupation rémunérée, ah ah!

Que faisais-tu avant?

Je suis allée à l’université… J’ai étudié la physique.

Les morceaux de La Sera évoquent souvent des échecs amoureux ou même la mort. Quel était ton état d’esprit au moment de la conception de l’album ? Tu te définis comme une personne pessimiste?

Non, je ne sais pas pourquoi les sujets des morceaux de cet album ont été ceux-là… J’ai passé quelques semaines seule, sans voir d’amis dans le but de composer et cela m’est venu naturellement. Mais je ne suis pas quelqu’un de négatif dans la vie.

Tu parles vraiment quand tu dors (chanson sleeptalking)?

Ah ah ah ! Non, pas du tout !

Ah, j’allais te demander ce que tu avais dit de flippant pendant ton sommeil …

Non, en réalité cette chanson évoque le fait de parler trop à quelqu’un en général. C’est une personne qui parle trop, qui se dévoile toujours trop, ah ah… J’ai juste voulu pousser à l’extrême ce manque de retenue verbale qu’on peut avoir envers son partenaire…

Ta voix est pratiquement toujours au second plan. Les paroles sont-elles malgré cela importantes pour toi  ou est-ce juste une question de « son » ?

J’envisage les paroles comme un tout. J’aime choisir les mots pour leur sens mais je me concentre sur le son aussi. Je pense sincèrement que les deux sont importants pour moi.

Y a-t-il des exemples de carrières pop que tu aimerais suivre?

Oh ! Je ne sais pas, il y en a trop !

Y a-t-il des artistes actuels dont tu te sens proches?

Je considère la musique comme une grande famille dont je fais partie et donc je me sens proche de tous les membres de cette famille.

Pourquoi Brady Hall a-t-il joué et enregistré tout l’album seul alors que tu es toi-même multi-instrumentiste et l’auteur-compositeur de tous les morceaux?

En fait, j’ai enregistré une démo de mes morceaux. Brady l’a écoutée et ça lui a plu. Il m’a proposé d’enregistrer ça chez lui dans son home studio. Je trouvais que c’était une bonne idée et en plus, j’étais en tournée avec Vivian Girls, donc je n’avais pas trop le temps de le faire. Après la tournée, j’ai pris un avion jusque chez lui à Seattle et j’ai placé mes voix. J’étais vraiment très occupée à ce moment-là pour que cet album se fasse autrement.

Tes morceaux sont relativement courts ; c’est intentionnel pour rappeler le format des fifties et des sixties ?

Je ne sais pas… Je pense que c’est plutôt dû à ma manière d’écrire. Je compose rapidement et des formats plutôt courts mais je ne le fais pas exprès.

Tu penses que quelque chose va changer pour les Vivian Girls avec la signature sur Polyvynil Records?

Notre album va sortir en avril, ce sera fun mais, fondamentalement, rien ne vas changer. Je ne pense pas. Ceci dit, nous sommes contentes d’être sur Polyvynil Records.

Que penses-tu du side-project de Cassie Ramon, The Babies?

Oh, je l’adore !

Ton autre projet All Saints Day va-t-il continuer?

Non, je pense qu’All Saints Day n’était qu’un projet d’enregistrement et ce n’était pas vraiment un groupe. On a enregistré quelques morceaux et voilà… Mais sait-on jamais…

Merci pour l’interview…

Merci à toi !

Pour terminer : Comment vois-tu ton futur Katy?

Je vais essayer de jouer aussi longtemps que possible. Sinon, je pourrais aussi enseigner la physique. Mais, si je devais choisir, j’aimerais enregistrer beaucoup d’autres albums et continuer la musique pour toujours.

Chroniques

Après cette entrevue mémorable et en attendant la prestation du groupe de Kickball Katy qui enchaînera rapidement et sans surprise une douzaine de morceaux de 23h à 23h40, s’offraient à moi quelques instants de quiétude que je décidai d’apprécier seul dans mon carosse avec pour musique de fond, le bel album de la new-yorkaise. Je décidai de reprendre ma respiration en m’abandonnant à Beating Heart et à ses voix aériennes apaisantes qui mettent d’emblée du baume au cœur et ralentissent son pouls. Le premier opus de La Sera commence en quelque sorte par la fin : « My time is up, the end is now ; my time is up, I’m ready now ». La voix lead de Katy, dominante sur le titre d’ouverture, s’efface quelque peu dès l’arrivée du 1er single Never Come Around, réussite revival 50’s aux teintes garage déjà évoqué par Benoît ici. Nous serons maintes fois confrontés, à l’instar de You’re going to cry et Left This World aux sujets négatifs de prédilection de La Sera : l’amour, l’absence, la mort qui, traités de manière légère et ponctués par des sketches pop charmants comme Sleeptalking et I promise You (« I won’t ever let you go, you’ll get sick of me soon…»), évoluent en fil conducteur original. Les arrangements sont d’une délicatesse extrême exemplaire à l’image de Hold. Si les voix sont à l’arrière-plan, elles prennent malgré cela une place primordiale en se frottant les unes aux autres pour tisser une toile d’apparence ingénue qui, encouragée par des arpèges byrdsiens, la rythmique sale et la basse sautillante, perd son caractère inoffensif. Si l’album est aussitôt accessible, il prend une vraie place d’œuvre classique à ranger aux côtés des groupes menés par la douce Amelia Fletcher, le côté dirty Brooklyn en plus. Arrive déjà la géniale guitare grasse de Been here Before, puis de Lift Off, lorsque j’aperçois par la fenêtre un cours de claquettes dont les pas se marient rythmiquement et visuellement à merveille avec les dernières notes et les dernières pensées d’espoir de Katy « I hope we all get saved some day, get saved some day ». Et je me sens presque guéri.

Audio

La Sera - Devils Hearts Grow Gold

Vidéo

Tracklist

La Sera -La Sera (Hardly Art, 2011)

01 Beating Heart
02 Never Come Around
03 You’re Going to Cry
04 Sleeptalking
05 I Promise You
06 Left This World
07 Hold
08 Under The Trees
09 Devils Hearts Grow Gold
10 Dove Into Love
11 Been Here Before
12 Lift Off