Sweeney Todd – le come-back de Tim Burton

Par Bebealien

En ce dimanche après-midi, je suis heureux de constater que les patrons des majors se foutent bien de nous avec leurs « oh mon dieu le cinéma va mal » et autres « le piratage tue le cinéma ». La preuve ? Petite séance de 16h dans mon multiplexe du coin. Files d’attente blindées. Plein de film affichent complet, malgré un temps plutôt joli. Pas dur à comprendre pourtant… quand il y a de bons films à l’écran, les gens vont les voir… Quand on produit du film franco-français sur les trentenaires célibataires en mal d’amour, çà n’intéresse personne. Donc messieurs les producteurs, de la qualité, et vous ferez des entrées. Voilou, c’était pour l’intro qui n’a rien à voir avec le sujet, mais revenons à nos moutons.

Sweeney Todd – L’égorgement en chantant.

Depuis quelques années, Tim Burton à perdu de sa superbe artistique. En fait, depuis l’unique film de commande qu’il aie fait : La Planète des Singes. C’est un peu comme si le fait de se commettre lui avait fait perdre sa créativité. Le sujet particulièrement barré de Sweeney Todd, semblait de prime abord un terreau fertile pour son retour en grâce (Ouah, je suis lyrique quand j’écris des fois).

L’affiche, totalement Tim-Burtonienne

Sweeney Todd est l’adaptation d’une comédie musicale anglaise ayant fait un beau carton. Elle raconte l’histoire d’un barbier, injustement envoyé au bagne par un juge convoitant sa femme. Quinze années plus tard, le barbier revient à Londres et entend bien se venger du juge indélicat en jouant du rasoir. Il va pour cela s’allier avec une fabricante de tourtes secrètement éprise de lui. Ensemble, ils vont tomber dans une spirale sanglante.

Comme dit plus haut, c’est une comédie musicale. Et de ce fait, 80% des dialogues sont chantés. Et c’est là que réside la grande force mais aussi la grande faiblesse du film. Mais avant de parler de ce point négatif, attardons nous sur ce tout qui est réussi. Déjà, le film est splendide visuellement. On à l’impression de retrouver un vieux film des années 50, presque en noir et blanc tellement les couleurs sont peu contrastées. C’est du au travail magnifique du chef opérateur Darius Wolski. Londres est rarement parue aussi sale, poisseuse, sombre.

Sweeney Todd retrouvant ses meilleurs amis…

Deuxième point important : le casting. Johnny Depp, alter-égo habituel de Burton, est comme d’habitude impeccable dans son rôle de timbré. C’est un petit peu le rôle opposé de celui qu’il tenait dans Edward Aux Mains d’Argent. Au lieu d’utiliser ses appendices tranchants pour faire le bien et tailler les arbres, il taille ici les gorges avec un sourire diabolique. Auprès de lui, Helena Bonham Carter, alias madame Tim Burton dans la vie, campe sans problème une femme à la fois forte, amoureuse et presque aussi folle que Todd. Enfin, dans le rôle du méchant, le grand Alan Rickman, qui sait comme personne jouer les salopards. Petite apparition également de Sacha Baron Cohen, alias Ali G ou Borat dans le rôle d’un barbier italien.

Comme je l’ai annoncé plus haut, les chansons sont omniprésentes dans le film. Burton a décidé de les reprendre telles qu’elles sont jouées au théâtre. Du coup, son compère habituel Danny Elfman ne s’occupe pas de la musique. On aurait pu craindre une baisse de tension, il n’en est rien. Les chansons servent à la fois à illustrer les émotions des personnages, mais également à faire avancer l’intrigue. Jusqu’ici tout va bien dans le meilleur des mondes. Sauf que…

Helena Bonham Carter, comptant sur l’homme qu’elle aime pour fournir de la viande pour ses tourtes

Sauf que… Sweeney Todd est un film sombre, gothique. Les chansons, souvent ironiques, viennent un peu « casser »l’ambiance que Burton impose dans ses phases dialoguées. Du coup on n’a pas peur, mais on ne rit pas franchement non plus. On rentre dans l’intrigue, mais sans se sentir très concerné… en fait chaque nouvelle chanson, aussi bonne soit elle (et elles le sont vraiment) désamorce le travail de mise en scène entamé dans la scène dialoguée précédente.

C’est étrange, car c’est la première fois qu’une comédie musicale me fait cet effet au ciné. Peut être étais je mal luné, mais quoi qu’il en soit, j’ai finalement eu du mal à rentrer dans le film. Pour être plus précis, je ne suis pas arrivé à m’abandonner totalement, j’ai toujours eu conscience que j’étais en train de regarder un film. Un petit peu dommage…

Sacha Baron Cohen / Borat / Ali G, concurrent barbier de Sweeney Todd

Alors qu’en penser au finish ? Clairement, Tim Burton montre qu’il est de retour et en grande forme. On retrouve son sens du gothique, du conte macabre, de l’horreur qui fait sourire. Cependant il manque ce petit je ne sais quoi, qui empêche de ressortir de la salle en se disant « wahou ». Techniquement le film est irréprochable, le casting est au poil, les chansons bien écrites… mais il manque cette petite chose indéfinissable qui m’aurai fait totalement accrocher. Peut être n’aurai-je pas du en attendre autant du nouveau film de Burton…