L'Egypte demain, for dumies

Publié le 18 mars 2011 par Jujusete

Ca va prendre du temps pour que tout roule un peu bien en Egypte. Même les spécialistes le disent. Beaucoup de temps. Demain, samedi, l’Egypte vote pour ou contre, plutôt contre, d’ailleurs, sa nouvelle constitution.


Voter contre, pourquoi ?

- sa mise en place par des ex proches de Moubarak et Chafic, voir des ex membres de leur gouvernement. Les gens ne veulent pas se faire voler la révolution.

- la non prise en compte des demandes des Chrétiens de changer le second amendement qui fait de l’Egypte un état dont la loi est calquée sur la Charia

- et surtout, précipitation puisque si le Oui passe, les prochaines élections législatives verraient triompher les Frères Musulmans et surtout le PND, seules forces politiques à être structurées actuellement.

C’est bien beau de s'imaginer que Facebook est sponsor officiel de la révolution, idée que je ne partage pas, mais ce n’est pas sur Facebook que naissent les leaders et ce mouvement révolutionnaire a aujourd’hui du mal à se structurer. Aucun leadership ne se dégage, Baradeï en profite pour essayer de se placer… ce que les révolutionnaires ne veulent pas.

Ce qu’ils veulent, c’est du temps. Du temps pour se structurer, trouver des leaders, des candidats à présenter aux législatives qui, si le Non passe, seront reportées en octobre, après les présidentielles prévues en septembre.

Leurs idées sont déjà actées

Voilà ce que demandent les jeunes de la révolution : Formation d’un conseil présidentiel de trois membres, formation d’une assemblée constituante pour rédiger une nouvelle constitution, annulation de l’Assemblée consultative et de la loi sur les partis politiques.

Jusque là, toujours si le Non l’emporte, l’armée aurait les pleins pouvoirs en ce qui concerne la gestion du pays. Je ne sais pas vous, mais je ne me sens pas vraiment rassurée par cette gestion même si, pour une vraie retombée de la révolution sur l’échiquier politique, il faut un Non massif pour prendre le temps de construire.

Admettons que l’armée gère

- Elle veut déjà remettre le peuple au boulot même si jusqu’ici des petites manifs sont tolérées. L’armée envoyait des SMS jusqu’à il ya quelques jours pour dire aux gens « retournez bosser, c’est l’heure de reconstruire le pays, blabla… »

- Des manifs sont encore tolérées sur Tahrir contre le gouvernement même si c’est parti en caillassage la dernière fois. L’armée sera aujourd’hui en droit de rentrer dans le lard aux gens et c’est ce dont j’ai peur. Ils pourront leur dire « OK, nous avons modifié la constitution, ok, nous avons supprimé la sécurité d’état… comme vous le demandiez donc maintenant, fini la bronzette à Tahrir ! » Comme une impression que le peuple est pris au piège. Obligé de rentrer dans le rang parce qu'au niveau communication, effectivement, on l'a joué fine pour faire croire au monde qu'on avance et surtout qu'on écoute le peuple. C'est à nous tous de regarder de nouveau vers l'Egypte, si on s'endort, ils crèvent. Pas comme les Lybiens, non. Mais leur révolution n'aurait servi à rien.

- Il est très simple, actuellement, de sortir hors couvre feu, rentrer à 4h du matin sans souci, les contrôles nocturnes sont sympas mais si ça se gâte entre l’armée qui voudra de l’ordre et le peuple qui sera possiblement dans la rue, inflation oblige, ça risque de ne pas être la même.

La nouvelle donne, c’est l’inflation

Fin mars, le salaire de base va augmenter de 15% et les industriels ne sont pas cons, plus d’argent dans les chaumières, c’est plus d’argent pour consommer. Les prix vont augmenter. L'inflation devrait atteindre 18 à 20% en fin d'année. Et pas qu’à cause des salaires. Entre les entreprises qui n’existent plus, celles qui sont parties, ou celles qui ont gelé leur activité en attendant que tout se tasse un peu, il peut y avoir, dans certains secteurs, des difficultés d’approvisionnement, ce qui explique aussi la hausse des coûts, donc des prix.

La nourriture de base est subventionnée, les médicaments aussi, mais pour combien de temps ? cela représente 52% du budget, cherchez l’erreur. L'Egypte consomme 14 millions de tonnes de blé, les deux tiers sont importés... et subventionnés. La bourse est toujours fermée, je dis ça, je dis rien…

Samedi, demain, l’Egypte vote

Avec 60% de la population agée de moins de 30 ans, l’Egypte joue son histoire. Je crains que le Oui passe et que le peuple se fasse spolier la gestion du pays aux prochaines législatives. Je crains aussi de voir passer un vote négatif qui donnerait les pleins pouvoirs à l’armée.

Les Frères Musulmans et le parti Wassat appellent à soutenir cette nouvelle constitution.

Baradeï, Zakariya Abdel Aziz, ex président du Club des Juges, la Coalition des Jeunes de la Révolution, les partis Wafd, Karama, Tagamouh, le Front démocratique, appellent à voter Non.

Demain, l'Egypte vote

Demain soir, mes copains reprennent les petits concerts clandos dans les bars, hors couvre-feu. Ils avaient participé à leur manière à la révolution par leur musique, en bravant le couvre feu pour aller jouer, en pleine revolution, histoire de donner du bonheur aux gens et chanter tout un tas de trucs sur l'humanité et l'espoir.

Demain, l'Egypte vote. Demain soir, je serai  deux pas de Tahrir dans un troquet mal éclairé pour écouter les copains qui m'ont tant manqué lorsque je n'avais plus de nouvelles. Demain, l'Egypte peut exploser, nous serons tous ensemble.