Fukushima – état des lieux au 28 mars

Publié le 28 mars 2011 par Greenpeacefrance

Le 11 mars dernier, le Japon était frappé par une série de catastrophes, naturelles et industrielles. Aujourd’hui, après le tremblement de terre et le Tsunami, le bilan est particulièrement lourd pour le pays. Selon l’OMS, le bilan est de 10 489 morts, 16 621 disparus et 2 285 blessés. Plus de 88 000 maisons et bâtiments ont été complètement ou partiellement détruits. Dans les abris d’accueil d’urgence, ils sont 20 000 évacués de la zone des 20km autour de la centrale nucléaire de Fukushima. Car au Japon, et à Fukushima, la catastrophe est en cours.


A Fukushima, le cauchemar n’est pas terminé

L’ASN française le déclarait ce 28 mars lors de son point presse matinal  : « la situation reste précaire ».
En effet, en analysant les informations parcellaires et chaotiques transmises par les autorités japonaises et TEPCo, l’exploitant de la centrale, l’état des réacteurs et de leurs piscines est extrêmement préoccupant.

Dans les réacteurs 1&2, l’électricité a été partiellement rétablie, les salles de contrôle sont alimentées, les éclairages allumés. Mais les systèmes de refroidissement de ces réacteurs n’ont pas été re démarrés. De l’eau, chargée en radioactivité a été détectée dans les bâtiments de ces deux réacteurs, avec plus de 1 000 millisieverts (1 000 mSV) de concentration dans le réacteur n°2, une dose extrêmement élevée (la dose annuelle limite pour les travailleurs du nucléaire est de 250mSv ! ). Ces niveaux de dose rendent très difficile toute intervention humaine dans les bâtiments.
Le réacteur 3 est celui qui concentre toutes les inquiétudes, en effet, ce réacteur est « moxé » donc particulièrement chargé en plutonium. L’ASN souligne d’ailleurs que « les relevés de pression au sein des enceintes semblent permettre de conclure, pour les réacteurs 2 et 3, à une perte d’étanchéité de l’enceinte métallique ; »

La présence de cette eau fortement radioactive confirme les suspicions d’inétanchéité des enceintes ou des circuits de refroidissement des réacteurs n°2 et 3.
Le réacteur 4 a également été raccordé au circuit électrique, mais les équipements ne sont pas encore sous tension. Dans les réacteurs 5&6, les systèmes de refroidissement sont alimentés en électricité et fonctionnent.

Dans les piscines de stockage des réacteurs, le niveau d’eau est à priori remonté grâce aux aspersions d’eau douce, et la température aurait été ramenée à des températures moins inquiétantes. Voir la note de l’IRSN sur le sujet.

Il faut élargir la zone d’évacuation


View Map of Radiation Measurements by Greenpeace team in a larger map

Greenpeace a envoyé une équipe d’experts en radioprotection dans la zone de la centrale de Fukushima. (voir les portraits de l’équipe ici - en anglais

Cette équipe a confirmé des niveaux de rayonnement de dix micro Sievert par heure dans le village de Iitate, à 40km au nord-ouest de la centrale de Fukushima / Daiichi et à 20 km au-delà de la zone d’évacuation officielle. Ces niveaux sont suffisamment élevés pour exiger l’évacuation.

D’un point de vue sanitaire, il n’est pas anodin de rester dans cette zone, tout particulièrement pour des personnes « à risques » comme les enfants et les femmes enceintes, qui pourraient recevoir, en quelques jours la dose annuelle maximale de rayonnements.

Claude-André Lacoste, lors du point presse quotidien de l’Autorité de sûreté nucléaire, ce lundi 28 mars déclarait d’ailleurs : « il y a l’évidence une contamination, qui va s’étendre sur des zones considérables » [...] Ce n’est « pas du tout étonnant qu’on trouve ici ou là des contaminations, bien au-delà d’un rayon de 100 km » [...] « L’ASN ne dispose pas de « chiffres globaux » sur ces contaminations. La gestion de ces zones prendra des années, voire des décennies« .

Il est temps de faire face et d’entendre les recommandations des scientifiques

Le bureau allemand de Greenpeace a préparé un rapport, rédigé par un spécialiste en sécurité nucléaire, le Dr Helmut Hirsch qui établit qu’en raison des quantités de radioactivité libérée, l’accident de Fukushima relève du niveau 7 sur l’échelle INES.
Le rapport du professeur Hirsch se base sur les données publiées par l’ IRSN (institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire) et le ZAMG, l’institut de météorologie et de géodynamique autrichien. La quantité totale des isotopes iode-131 et Césium-137 libérés entre le 11 et le 23 mars est tellement élevée que l’accident de Fukushima se place au niveau 7 de l’échelle INES (International nuclear event scale).

Ce rapport peut être téléchargé ici en anglais

Les autorités japonaises doivent impérativement mettre en place des mesures pour protéger la population des risques qu’elle encourt. L’heure n’est pas à rassurer : les responsables japonais doivent agir en fonction de ce que les scientifiques recommandent.