Vases communicants : bienvenue à Arnaud Maisetti

Par Ancion

Demain, dis-tu — il fera jour

Demain, il fera jour

Au moins, le sais-tu : il fera lentement

Tu ajoutes — plus lentement encore

Jour. Il fera même

Sur nous qui passons

De la pluie sur le jour :

Peu importe — qu’il pleuve : le jour percera, se laissera voir : on ne verra

Que lui

Et puis

Jour sur jour : la vie se laissera recouvrir sans rien dire

Par le jour.

Non pas —

Non, pas du tout

Je dis, je refuse :

Car nos silhouettes élancées loin à présent

Je les vois déjà.

Et nos mains qui se serrent, je les vois, aussi.

Je vois d’ici où je suis, ce qu’elles deviendront : et je refuse ;

Elles seules sauront résister : resteront ici et maintenant.

Je le vois, le sais ;

Il faudrait qu’un les rattrape demain ; qu’un vienne et les rattrape

Mais si loin qu’on est, déjà, demain quand tous

Aujourd’hui meurent maintenant —

Nous qui demeurons —

Demeurerons à jamais

Oui.

Demain tu le sais, ce n’est pas de temps qu’il nous faut ;

Ce n’est pas de temps en temps ignorer ce qu’il faut, je dis :

Au jour mort qui suit immédiatement celui où l’on est

À présent meurt où l’on est ; qui le sait ?

Ta silhouette élancée sur le devant des cours,

La mienne qui rejoint

Des quais à peine mouillés au bruit des fontaines d’août — dans la question :

Qui sait si nous serons demain ?

Qui sait demain si nous serons à présent toi,

Et qui sait, toi, dans la morsure des corps qui se cherchent

Tant que le noir les trouve

Tant le noir pourrait trouver une épaule une bouche où s’épandre

Dans l’ombre d’un doute :

On dit qu’à ciel ouvert la nuit parait plus longue —

Qu’une robe froissée sur le lit si défait du fleuve

Y pourrait flotter peut-être — jusqu’à demain,

Une robe froissée aux fatigues de se donner : que j’ai refusée, mais pourquoi —

Si demain il fera jour,

Oh comme tu es loin ;

Demain il fera et

Je ne le désire pas ;

Le présent où je suis compte seul ;

Où je suis, ce que nous sommes :

Car demain n’est pas sûr :

Car demain n’est jamais sûr où tu es :

Demain deviendra quelque chose comme de l’aujourd’hui mal désiré mal éprouvé ;

Non, Plus de lendemain, Braise de satin, Votre ardeur

Est le devoir !

Et votre jour ce jour qu’en ce lieu j’ai dit

Au devoir de poussière

Mordu jusqu’à ne plus sentir qu’à mordre hier qui de vous ou de moi j’ai

La chair d’un jour sans lendemain mort né d’avoir été

Perdu

Comme un corps épuisé laissé sur ce lit ouvert, comme demain

Des paumes froissées en demandant : viens ; et de l’avoir dit

Comme on demande au lendemain de s’abattre —

Qu’on en finisse —

Qu’on me donne à boire, et : des baisers de sa bouche

Pour ajouter, demander :

Demain qu'aura-t-il de moins rude ? As-tu ce terme dans ta main ?

Et vois-tu quelque certitude D'arriver jusqu'à ce demain ?

Non — quelqu’un pose sa main sur la porte sans frapper.

Je n’ouvre pas.

J’attends.

Demain viendra peut-être.

Je serai toujours là.

Il me trouvera en même place, aujourd’hui.

Et de l’autre côté de la porte

Le bruit frôlé de la main

Restera seul hors ce qui comptait sur tout, ô le désir et son refus absolu d’y céder

Pour toujours.

Alors : de la main, tout le désir d’entrer là

Demeure quand moi, je reste l’instant dans l’instant planté :

Ta silhouette élancée en mémoire de moi

Tournera lentement la clé du jour rompu

Je ne dormirai pas.

Je veillerai ce jourd’hui jusqu’à plus soif.

Demain dis tu, il aurait fait jour. Il aurait pu faire jour si je ne m’étais pas autant entêté.

Quel orgueil.

Aujourd’hui je demeure et quand tout sera parti avec toi.

Quel jour de quelle heure me faudra-t-il tuer ?

Le temps de quelle minute pour pouvoir habiter

Demain qui s’efface déjà —

Texte d'Arnaud Maisetti, hébergé dans la cadre de l'opération Vases Communicants, qui propose aux blogueurs littéraires d'échanger un texte entre blogs le premier vendredi du mois.

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