L'inattendu Nuyens, vainqueur du Tour des Flandres

Publié le 03 avril 2011 par Jeanpaulbrouchon

Nick Nuyens. Vous connaissez ? C’est un coureur comme beaucoup d’autres, mais qui, à l’occasion du Tour des Flandres, a su saisir sa chance et remporter l’épreuve que les Flamands considèrent comme la plus belle et la plus significative du monde.

Nuyens est âgé de 31 ans. Depuis une décennie, il use ses fonds de cuissard dans les courses cyclistes. Toujours au sein de formations huppées : Quick Step, Cofidis, Rabobank et cette année Saxo Bank. Il estime qu’on ne lui a jamais fait confiance, qu’on lui a attribué dans chaque équipe un rôle subalterne, sauf Bjarn Rijs qui voulait, au cours de l’inter-saison, bâtir une équipe autour de Contador pour les courses à étapes et une autre autour de Nuyens pour les classiques. Force est de reconnaître que le rusé danois Rijs a une fois de plus bien joué son coup. Nuyens n’a maintenant que vingt victoires à son actif ce qui est peu pour un coureur de son âge, mais il possède pour un coureur flamand celle qui va marquer à jamais le reste de son existence.
Dans ce Tour des Flandres, il y avait un grand favori : le suisse Fabian Cancellara, vainqueur de l’épreuve l’an dernier, et qui, samedi dernier lors du Grand Prix E 3 à Harelbecke, a fourni une telle impression que les autres tenors du peloton ont été obligés de tenir avant le départ de la course un langage de prudence. Pas de déclaration belliqueuse, pas de propos agressif, mais un immense respect pour ce suisse en espérant que la chance viendrait pour une fois se porter sur un autre candidat à la victoire que lui.
Dans ce contexte si particulier un homme s’est détaché. Un français : Sylvain Chavanel. Il ne termine qu’à la deuxième place, juste devant Cancellara, mais peut à juste titre nourrir de fort légitimes regrets. Jamais Chavanel ne retrouvera une si belle occasion de remporter le Tour des Flandres. Il a été, à mon avis, l’homme le plus fort de la course.
Dans l’ascension du Vieux Kwaremont, à 85 km de l’arrivée, notre fier Sylvain attaque sèchement et provoque la premier écrémage du peloton. Chavanel poursuit son effort. Il connaît l’enchaînement Vieux Kwaremont-Patersberg-Koppenberg, trois monticules abrupts, pavés des intentions les plus sournoises. Rejoint par Clarke (Astana), Chavanel mène toujours la course. Quelques coureurs viennent se joindre à lui dont Boom et Boassen-Hagen mais Chavanel veut être seul. Dans le Mollenberg, à 37 km de l’arrivée, Chavanel attaque à nouveau et se porte une nouvelle fois seul en tête de la course. Dans le mont suivant, le Leberg, Cancellara tente sa chance. Personne ne le suit. Il rejoint Chavanel. Le français, dont le chef de file Tom Boonen n’est pas très loin, ne relaie pas le suisse. A 15 km de l’arrivée, se présente le Mur de Gramont, avec sa pénible montée de la Rue de la Chapelle, que parfois les coureurs franchissent à pied. Cancellara baisse le rythme. Il dira après l’arrivée que des crampes sont venues le handicaper. C’est le regroupement avec une trentaine de coureurs, dont le champion de France Thomas Voeckler, auteur d’une belle course. Dans le dernier mont, le Bosberg, Philippe Gilbert joue son va-tout. Finalement, à 2 km de l’arrivée, trois hommes se détachent : Cancellara, Chavanel et Nuyens. Chavanel est inquiet. Boonen n’est pas loin. Que doit-il faire ? Protéger le retour de Boonen, le plus rapide de tous au sprint, ou faire sa propre course ? Chavanel hésite. Il hésite encore lorsque le sprint final est lancé aux 400 m. Il se retourne pour voir où est Boonen. Cette action lui fait perdre le sprint. Nuyens n’a pas de problème à régler. Seule pour lui compte la victoire. Et cette victoire il l’obtient. On l’a peu vu dans la course, il a su se faire oublier. Il s’est montré rusé, malin comme un singe. Il a su composer avec les innombrables schémas tactiques qui, tout au long de cette épreuve, se sont construits les uns après les autres, avant de s’effondrer aussitôt remplacés par d’autres.
Dans l’espace réservé au pied du podium, aux trois premiers de la course, Sylvain Chavanel, assis dans un fauteuil, se change avec lenteur. Ses yeux ont l’air dans le vague. Il est triste. Le sourire, qui bien souvent orne son visage, a disparu. Chavanel est dans ses pensées. Sans aucun doute, il pense qu’il avait les jambes pour gagner, qu’il était le plus fort de la journée, qu’il a perdu le sprint final pour quelques centimètres et que sans avoir voulu trop favoriser l’éventuelle victoire de Boonen, c’est lui qui à la place de l’inattendu Nuyens, s’apprêterait à monter sur la plus haute marche du podium. Nuyens que l’on a peu vu à l’attaque alors que lui, Chavanel, peut revendiquer 85 km d’échappée.

Jean-Paul

J’ACCUSE

J’accuse la Télévision Française d’assassinat du Tour des Flandres cycliste. Le Tour des Flandres est une des plus belles épreuves du calendrier international. Depuis plus d’un an, on connaît son parcours, ses horaires de départ, ses horaires d’arrivée. Que nous propose la TV française dans cette conjoncture ? Du différé de près de trois quarts d'heure sur l’une de ses chaînes (France 3). Sans doute parce qu’il fallait laisser de la place à une série vue et revue plusieurs fois (Louis la Brocante ), dont l’épisode diffusé ce dimanche datait de 1990 !!! Du coup, pas de montée du Koppenberg, pas d’attaque de Chavanel. Rien du Patersberg. Même topo sur Eurosport qui a diffusé uniquement les 40 derniers kilomètres en direct, car Eurosport ne peut commencer sa diffusion sur cette épreuve qu’en même temps que France Télévisions.
Pour les Ardennaises, mes amis, faites comme moi, trouvez un ingénieux qui vous branchera sur la RTBF, la télévision belge.