[Veille antifasciste] Skinhead – Bonehead : Ce qui préfigura les arrestations récentes de néo-nazis en Lorraine…

Publié le 07 avril 2011 par Yes

D’abord l’avis des Redskins français sur les Nationalistes autonomistes lorrains :

http://www.redskinheads-de-france.fr/article-skinhead-et-nationalistes-autonomes-comprendre-la-manipulation-mediatique-67119761.html

et un petit historique de l’affaire :

Le 18 juin 2009, RésistanceS.be, le web-journal de l’Observatoire de l’extrême droite, avec le réseau flamand AFF-Verzet, dévoilait l’organisation d’un nouveau concert néonazi. Initialement prévu dans le «sud de la Belgique», il eut pour finir lieu en Lorraine (). Le politologue Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite et correspondant de RésistanceS.be en France, a publié un article sur ce sujet pour le web-journal français Rue 89. Dans cet article, il explique comment les néonazis de la Hammerskin Nation (HSN) ont tenu en toute liberté leur concert NS… «national-socialiste». Jean-Yves Camus détaille également son public. Il y avait des Français, des Allemands, des Hollandais et des Belges. Voici son article qui décrit aussi les coulisses des Hammerskins.


Concert de naziskins : un style bien particulier.


Cela devait se passer en Wallonie et a finalement eu lieu en France : quelques centaines de skinheads nazis se sont retrouvés en Meurthe-et-Moselle, le 20 juin, à l’occasion de la «European Hammerfest» organisé par la Hammerskin Nation, un mouvement transnational de crânes rasés dont la progression inquiète actuellement les autorités de plusieurs pays, est-européens notamment.

Pourtant, bien que largement relayé dans l’ensemble des media belges francophones, ce rassemblement est passé totalement inaperçu en France. Ce qui serait, certes, peu grave tant les skinheads nazis sont un mouvement underground très minoritaire, si la multiplication des profanations anti-musulmanes et antisémites et les agressions racistes n’étaient pas en hausse dans le Nord et l’Est de la France. Retour sur l’événement.

Eviter la surveillance policière
Le 18 juin, RésistanceS.be, le web-journal de l’Observatoire belge de l’extrême droite, annonce en exclusivité la tenue, quelque part «dans le sud de la Belgique», d’un rassemblement de skinheads nazis. Comme cette revue est une source très fiable et qu’un tel concert serait une « première » en Wallonie, l’information est immédiatement reprise dans tous les grands medias télévisuels et écrits belges francophones.

Avec ce résultat que les organisateurs décident dans l’urgence de déplacer leur réunion vers la partie de la France la plus proche de la Belgique et de l’Allemagne, afin d’attirer un public le plus large possible. Il s’agit aussi pour eux d’éviter à tout prix l’annulation d’un concert qui doit leur rapporter de l’argent et non leur en coûter, une partie des groupes invités venant des Etats-Unis occasionnant des frais conséquents.

Comme d’habitude, le mode opératoire de ce genre de concert reposait sur une semi-clandestinité, afin d’éviter la surveillance policière et les éventuelles mobilisations des anti-fascistes : le lieu précis était tenu secret (il existe en général un «lieu de repli» si le lieu principal devient indisponible) et les spectateurs potentiels avaient rendez-vous entre 17 heures et 19 heures, sur l’aire de repos Toul-Dommartin, de l’autoroute A31 Paris-Nancy, d’où ils étaient acheminés vers le concert proprement dit.

«White Power music»
Pour avoir une idée de la teneur idéologique de ce rassemblement, il n’y a qu’à s’intéresser aux groupes musicaux qui ont joué et qui tous, appartiennent à la scène de la «White Power music».

Selon un témoin, le public a commencé à arriver dans la salle vers 19h30. Le concert a débuté avec les death-métalleux slovaques de Before the War et leur vindicte anti-chrétienne : dans leur album «Les Flammes de la haine», leur chanson «Barbare», s’adresse à Jésus en lui disant : «Ma vie, c’est ta mort».

Les allemands de Rotte Charlotte ont pris la suite, jouant des morceaux de leur album «Vol 1488», un chiffre qui fait référence aux quatorze mots de la devise des nazis américains («Nous devons garantir l’existence de notre peuple et un futur pour (les) enfants blancs»), le nombre 88 signifiant «Heil Hitler» (deux fois la huitième lettre de l’alphabet).

Ont joué ensuite les allemands de Ü Band et de Gigi, les hollandais de Carpe Diem qui ont assuré la partie musicale de la manifestation du 1er mai organisée à Dortmund par le NPD et enfin, vedettes de la soirée les américains Bully Boys dont les «hits» ont des titres aussi explicites que «Six millions more» (référence au nombre des victimes juives au génocide nazi)ou «Sieg Heil», et dont un des CD porte en jaquette la photo d’un four crématoire avec la mention «Over six millions served» («Déjà six millions de servis»). Le batteur du groupe a été condamné en 1990 à dix ans de prison pour sa participation à la vandalisation d’une mosquée et d’un centre communautaire au Texas.


Le 18 avril dernier, Crew 38, la branche française de la Hammerskin Nation, organisait un concert en hommage à Adolf Hitler. C’est elle qui est à l’initiative du concert du 20 juin dernier de la HSN.


Et en guise de protestation ? Silence radio
Avec un programme pareil, on aurait pu penser que l’événement aurait suscité des protestations, des compte-rendus outrés, voire une tentative d’interdiction. Or, rien de tout cela : silence radio, personne n’a rien vu ni entendu. Au point que dans la région, certains doutent que le concert ait bien eu lieu. En Belgique, le parti politique démocrate chrétien, le CDH, a publié un communiqué de presse indiquant que «de tels rassemblements antidémocratiques, véhiculant des idéologies antisémites et racistes, doivent à tout prix être interdits.» Cette déclaration aurait sans doute déclenché une mesure d’interdiction si le rassemblement avait eu lieu en Belgique, elle devenait évidemment inopérante une fois le concert transporté en France.

Pourtant, les spécialistes de la violence politique savent que la Hammerskin Nation possède une section française nommée Crew 38, et un noyau de militants confirmés en Meurthe-et-Moselle, notamment dans la région de Toul. Ils constatent aussi que ce genre d’événement rassemble des néonazis venus de plusieurs pays : des témoins ont ainsi reconnu, en plus des Français, Belges et Allemands, des Néerlandais appartenant à la Nationaal Socialistische Actie et aux Dietse Kameraden.

Jean-Yves Camus
Spécialiste de l’extrême droite, rédacteur au web-journal français Rue 89 et correspondant de RésistanceS.be en France

Article publié initialement par le site d’informations français Rue 89, le 28 juin 2009. Republié, avec un titre modifié et des illustrations rajoutées sur le site de RésistanceS.be le 6 juillet 2009.

Merci à ResistanceS.be pour ses sources.

Concert néonazi en Lorraine: il a eu lieu mais personne ne l’a vu.