La révolution tunisienne (mal) racontée aux Français

Par Haykel

Ecrit à la hâte, “Vivre libre”, petit livre de Claire Gallois, consacré à la révolution tunisienne, est pleins d’imprécisions voire d’intox. Haykel Ezzeddine, Genève


Après avoir inspiré plusieurs «rues arabes», la révolution tunisienne investit le monde des livres. Le dernier à trouver le chemin des libraires est “Vivre libre” de Claire Gallois publié par les éditions L’Editeur.
Livre court (une vingtaine de pages) écrit visiblement dans l’urgence pour restituer les derniers jours de Mohamed Bouazizi et la fin de règne de l’ex-président Ben Ali. Romancé à souhait, jouant sur le conditionnel pour masquer l’absence de vérifications des faits et à la limite superficiel, ce livre ne fera pas date. Et pour cause : il embrouille plus qu’il n’informe.

Fausses fuites à propos de la fuite de Ben Ali  
“Vivre libre” se lit en un seul trait en une dizaine de minutes et ne nous apprend rien hélas à part le fait que son auteur, qui n’est pourtant pas un débutant, se contente de relayer des rumeurs sans prendre la peine de vérifier les informations  présentées.
On a prélevés au moins quatre erreurs, qui concernent le départ précipité du dictateur Ben Ali vers son exil en Arabie Saoudite. L’auteur de “La vie n’est pas un roman” (Grasset 1978) écrit: «L’avion (présidentiel l’A340) compte parmi les biens volés au peuple dont la restitution est exigée suite au mandat d’arrêt international lancé contre le président criminel»). Et poursuit sur sa lancée: «Ben Ali n’a emporté que le strict nécessaire pour un honnête voyageur: une tonne et demie d’or et de bijoux», avant de continuer quelques lignes plus loin: «on raconte aussi que son pilote attiré aurait refusé de prendre les commandes de l’avion et que le fils de celui-ci aurait été tué en représailles. On ne sait pas».

Le pilote de Tunisair qui a ramené Ben Ali à Djeddah
Et bien, nous à Kapitalis, on le sait. On a contacté ce pilote qui est en fait un commandant de bord chevronné doublé d’un instructeur connu et reconnu. Sa longue carrière atteste de ses compétences et de son dévouement à son employeur Tunisair. Sur son lieu de travail et parmi ses amis, on ne tarit pas d’éloges à son égard. Employé modèle, sérieux et honnête, ce commandant de bord, qui veut rester loin des feux de l’actualité plus par modestie que par peur de s’exposer, nous a confirmé ce que nous savons déjà. L’avion présidentiel est à Tunis 24h00 après avoir fait le voyage vers l’Arabie-Saoudite et c’est un Boeing et non l’Airbus. Donc, parler de restitution est le moins que l’on puisse dire incorrecte et archi-faux. Pour ce qui est de son refus supposé de conduire l’ex-président déchu vers son exil, c’est également faux. Faux aussi, la tonne et demie d’or et de bijoux dans la soute de l’avion qui est parti vers Djeddah et, enfin, le fils du pilote, dieu merci, continue de piloter les avions de Tunisair. Claire Gallois parle de l’A340 alors que c’est le Boeing 737-700 qui a été utilisé.
Ce genre de littérature, il faut s’en méfier et rester vigilant pour que la chronique de la révolution tunisienne ne soit pas atteinte par l’imprécision et la rumeur véhiculée pas seulement par la rue et relayée comme des vérités par des écrivains soucieux de surfer sur la vague de l’actualité.

Article paru dans Kapitalis le 7 avril

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