Lettre morte

Par Lafillesurlepont
X.,
Je ne t’ai jamais écrit, j’ai écrit à tous ceux qui ont comptés pour moi, mais pas à toi. Je leur ai écrit parce que, tu le sais, je ne suis pas à l’aise à l’oral. Pourquoi je ne t’ai jamais écrit ? Parce que tu ne m’aurais certainement pas lu.
X. , aujourd’hui j’ai compris qu’il fallait grandir. C’est soudain, c’est parce que je n’en peux plus de penser à toi, de parler de toi … ce n’est plus possible. Je n’ai plus 17 ans, tu n’es plus la, il faut que ça s’arrête.
Il faut que je te tue une bonne fois pour toute, on n’avance pas en regardant derrière soi. Mon premier « copain » sérieux m’a entendu dire : « je ne t’aimerais jamais autant que X., jamais ». Mon deuxième copain a vécu dans ton ombre, il savait que le soir, parfois, tu me parlais sur msn, et que je choyais ces moments. Je te tue pour Y., parce que je ne veux plus qu’il pense être une pâle copie de toi. Il te ressemble, mon dieu si tu savais comme je me suis sentie mal le jour où je m’en suis rendue compte.
Alors voila, je te tue X. Je tue toutes les miettes de toi qui bousillent mon cerveau depuis cette soirée délirante. C’est ce soir là que je suis passée de l’adolescence naÏve à la post-adolescence. Au moment précis où je t’ai embrassé, complètement bourrée, pathétique, m’accrochant à toi pour ne pas tomber. Après ça, plus rien n’a jamais été pareil dans ma vie. Sais-tu à quel point tu as compté pour moi ? En as-tu quelques choses à faire ? Moi, tu vois, je n’en ai plus rien à foutre, à quoi ça sert de se rappeler de ton influence ? Ça me fait stagner.
Jamais plus je n’aurai ce pincement au cœur lorsqu’on me demandera « quel est ton livre préféré ? » et que je m’entendrai répondre « Belle du Seigneur » et penser : « celui qu’il avait mis en favoris ». Jamais plu je ne répondrai, méprisante « arrête avec ces mots d’amour » à son « je t’aime ». Te souviens tu de ces échanges de sms où tu m’avais demandé « écris que tu m’aimes, regarde, c’est simple moi je le fais : je t’aime » ? Moi, je me souviens que ça m’avait fait frissonner, mon cœur avait raté un battement. Pourtant, je savais que c’était faux, comme toutes ces fois où tu m’as embrassée, les yeux grands ouverts. Pour faire semblant, pour me faire espérer. Ça te prenait comme ça, comme une envie de te moucher. Jamais plu je ne penserai à cette soirée où je t’avais volé un baiser devant ta porte, « oh et puis merde » et paf, un tout petit baiser, timide. Et toi, qui t’étais laissé faire, qui souriais … Tu laissais faire, tu as laissé faire plutôt que de m’envoyer chier. Regarde comme je t’en veux encore aujourd’hui. Je t’en veux d’avoir tant compté, je t’en veux de ne pas m’avoir dit au revoir ; de ne pas avoir conclu une histoire qui n’avait déjà pas eu de début. Jamais plus je ne chérirai ton souvenir, jamais plus je ne parlerai de « sourire parenthèse ». Jamais plus de sourire triste quand on me demandera : « et, ta première cigarette, c’était où » … dans les bras d’un mort. 

Ewan Mc Gregor by David La Chapelle


Je te mets en boite, voila, c’est fini, tu es mort.
Il te faut une épitaphe, un jour, tu m’as dit : quand je serais mort, tu écriras « putain, l’était trop beau » sur ma tombe. J’écrirai plutôt « crachez sur cette tombe, il aimait bien Boris Vian, je crois ».
Une de tes phrases me revient en tête : « une question chouchou, pourquoi t’exposer comme ça sur la place publique avec ton blog » ? Parce que vois-tu Dear, l’article 221-1 du Code Pénal m’interdit de te tuer sur la place publique réelle, alors, je le fais ici.